SPECIAL-OMC: Le coton d'Egypte à cheval sur ses intérêts

LE CAIRE, 2 déc (IPS) – A l'instar d'autres pays de la région, l'Egypte a beaucoup à vendre, mais elle se heurte à des barrières. Et tout comme d'autres, elle souhaite que quelque chose sorte de la conférence des ministres du Commerce plus tard dans ce mois à Hong-Kong afin de briser ces barrières – tout en doutant que cela arrive.

En tant que membre du G20, groupe des nations en développement qui négocient collectivement – et fort – pour un accord équitable pour le monde en développement, l'Egypte est en quête de marchés, pas seulement pour devenir un marché elle-même. L'adhésion au G20 a varié depuis sa création à la conférence des ministres du Commerce au sommet de Cancun, au Mexique, il y a deux ans, mais elle est restée sous la domination de puissances économiques comme la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. On estime que le G20 représente en gros 65 pour cent de la population mondiale. “L'Egypte suit une stratégie de croissance orientée vers l'exportation et veut organiser l'accès à son marché”, a déclaré à IPS, Khaled Sewelam, un analyste économique basé au Caire. “Si les barrières douanières sont allégées, cela fournira à l'Egypte d'importantes opportunités”. A la réunion des ministres du Commerce de 2003, les pourparlers se sont bloqués quand les nations en développement ont insisté sur un plus grand accès aux riches marchés occidentaux. Dans le même temps, les pays en développement ont protesté contre l'usage massif de subventions agricoles, en particulier au sein de l'Union européenne et aux États-Unis qui, ont-ils dit, perturbent le commerce libre des produits de l'agriculture. “Les barrières douanières restent une question majeure, de même que la suppression des subventions internes”, a indiqué à IPS, Waleed El Nozahi, chef du département central de l'OMC au ministère égyptien de Commerce extérieur et de l'Industrie. Pour l'Egypte, grenier traditionnel de la région, la question du commerce agricole est d'une importance particulière. “Le grand problème avec cette phase concerne l'agriculture, comme pour le reste du G20”, a souligné Simon Kitchen, un analyste du Moyen-Orient au cabinet-conseil en risques politiques, Eurasia Group basé à New York. L'Egypte s'inquiète également des subventions américaines à ses producteurs de coton; le coton a été une exportation principale pour l'Egypte pendant des siècles. Ces subventions ont fermé l'accès du marché américain aux producteurs et exportateurs égyptiens de coton. “Le genre particulier de coton à fibre long cultivé par des fermiers américains est le principal concurrent du coton égyptien dans le marché américain”, a dit Sewelam. “Et d'autres pays du G20 ont eu leurs marchandises agricoles stratégiques bloquées hors du marché à cause de ces distorsions et barrières commerciales”. L'Egypte espère parler à Hong-Kong pour elle-même et également pour les Etats africains. L'Egypte est l'économie la plus forte au sein du groupe des pays arabes nord-africains. Le ministre du Commerce extérieur et de l'Industrie, Rachid Mohamed Rachid, a précédemment déclaré aux médias que l'Egypte espérait jouer un rôle actif dans la défense des positions africaines sur les questions en débat à l'OMC. L'agriculture figure également en bonne place parmi les préoccupations d'autres Etats africains, a-t-il indiqué. “L'agriculture est cruciale pour le développement, la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire en Afrique”. Des sources officielles au Caire ne sont pas optimistes au sujet de la rencontre de Hong-Kong, mais elles comptent mener dur les négociations afin d'obtenir un résultat l'année prochaine, ou même en 2007. “Nous voulons la réciprocité”, a déclaré El Nozahi. “Nous voulons un accord équilibré qui prenne en compte les intérêts de tous”. Sewelam a indiqué qu'il y avait également “des considérations politiques et économiques bilatérales” pour l'Egypte quand elle négocie aux côtés d'Etats compagnons du G20. Un Accord de libre échange (ALE) avec les États-Unis, recherché par Le Caire depuis des années, pourrait être menacé si Washington se sent se sentait repoussé par l'Egypte. “Si Le Caire accule trop les Etats-Unis à Hong-Kong sur les questions du commerce, comme ce qui s'est passé à Cancun, elle pourrait le payer par la perte d'un ALE”, a dit Sewelam à IPS. “Là réside toute l'équation”. L'Egypte a longtemps fait pression sans effet pour un accord commercial avec les États-Unis. D'autres pays plus petits de la région, tels que le Bahreïn et le Maroc, ont été récompensés par Washington avec un ALE bilatéral. L'Egypte est devenue au sein de l'OMC un membre modèle, a affirmé Sewelam.

“L'Egypte a rempli la plupart de ses engagements à l'OMC. Les récentes réductions de tarifs de douane nous ont complètement placés en phase avec la réglementation de l'OMC”. Sans se préoccuper des concessions faites par l'Occident, beaucoup d'Egyptiens jettent un regard froid sur les perspectives de Hong-Kong, et au sujet de l'OMC elle-même. “Le lancement de ce nouveau round signifie seulement l'imposition de plus de règles de libre échange sur les biens et services des pays du Tiers-Monde”, a déclaré à IPS, Dina Heshmat, membre du Groupe égyptien anti-mondialisation (AGEG). Le groupe organise une série de conférences sur la position de l'Egypte par rapport aux questions liées à l'OMC et leurs conséquences sur l'économie locale avant le sommet de Hong-Kong. “Le nouveau round sera un fiasco, comme Cancun et Seattle”, a dit Heshmat.

"Pas seulement à cause des anti-mondialistes, mais à cause des problèmes internes et économiques associés au commerce libre”.