NAIROBI, 23 nov (IPS) – Les Kényans ont rejeté, sans hésitation, un projet de constitution qui a été soumis à un référendum lundi.
Selon des chiffres publiés par la Commission électorale du Kenya (ECK), 3.548.477 personnes ont voté contre la nouvelle constitution (57 pour cent des votants), tandis que 2.532.918 se sont ouvertement prononcés pour le texte.
"Ce vote a montré clairement que plusieurs Kényans ont rejeté le projet de constitution", a déclaré le président Mwai Kibaki, abattu, dans un discours télévisé mardi. "C'est un pas géant vers le renforcement de la démocratie. Mon gouvernement respectera le verdict du peuple".
Kibaki et son 'National Alliance Party of Kenya' (NAK) avaient fait pression pour l'adoption de la constitution, provoquant une scission au sein de la Coalition nationale Arc-en-ciel au pouvoir. Le ministre des Routes et des Travaux publics Raila Odinga, a fait pression pour le "non" dans le scrutin de lundi, faisant équipe avec la 'Kenya African National Union', de l'opposition, pour convaincre les Kényans de rejeter le document.
Ceux qui soutiennent la constitution ont adopté la banane comme leur symbole, tandis que ceux qui y sont opposés ont utilisé l'orange — ceci pour aider les Kényans illettrés à exprimer leurs votes.
Les opposants au projet de constitution ont dit qu'il accordait trop de pouvoir au chef de l'Etat; et, ils ont exigé le retour à un précédent projet de constitution qui partageait l'autorité exécutive entre le président et le poste de Premier ministre nouvellement créé.
Cette précédente version est dénommée 'Projet de Bomas', en référence au 'Bomas of Kenya' : un lieu culturel à la périphérie de la capitale, Nairobi. La Conférence constitutionnelle nationale — comprenant des délégués du gouvernement et de la société civile — y ont tenu des discussions au cours de 2003 et 2004 sur la forme que la nouvelle constitution du pays devrait prendre.
Leurs discussions faisaient suite à des consultations nationales de la Commission de la révision de la constitution du Kenya, nommée en 2000 pour recueillir les points de vue des Kényans sur les dispositions qu'ils souhaitaient voir dans leur nouvelle constitution. La commission a rapporté que les citoyens voulaient une réduction du pouvoir présidentiel, apparemment en réaction aux abus sous les anciens chefs d'Etat Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta.
La version de la constitution qui a été présentée aux électeurs lundi est sortie en juillet de cette année lorsque des parlementaires de la NAK ont changé le projet de Bomas pour maintenir des pouvoirs présidentiels forts — et prévoir un Premier ministre non exécutif qui serait nommé par le chef de l'Etat.
Le vote du lundi s'est déroulé en grande partie sans incident, en contraste frappant avec la campagne pour le référendum, qui a fait huit morts.
Seule une poussée de violence s'est produite, à Kibera — qui serait le plus grand bidonville d'Afrique — situé à Nairobi. Le chaos a éclaté dans la circonscription électorale de Langata, dans cette installation, lorsqu'un groupe de jeunes a bombardé de pierres un conducteur de camion soupçonné d'essayer de truquer le vote. Ceci est arrivé après le refus du conducteur de se conformer aux consignes lui faisant obligation de montrer ce qui était dans sa camionnette lorsqu'il entrait dans un bureau de vote.
Près de 20.000 observateurs locaux et 150 observateurs étrangers — et près de 60.000 agents de sécurité — étaient à portée de main pour observer l'exercice historique, qui a vu de longues queues d'électeurs braver la fraîcheur du matin pour se regrouper dans des centres de vote avant qu'ils n'ouvrent à 07 heures locales.
"Je suis venue ici pour voter et je crois que mon vote aura un impact pour ce processus. Mes deux petits enfants, et moi-même étions ici à cinq heures du matin", a déclaré à IPS, Florence Makokha, une électrice de la circonscription électorale d'Embakasi, à Nairobi.
Certaines irrégularités ont été rapportées, comme des noms absents des registres ou apparaissant deux fois. Plusieurs personnes sont arrivées dans des bureaux de vote avec des passeports plutôt qu'avec des cartes d'identité nationales, comme prescrit, mais ont été plus tard autorisées à voter.
Avec le rejet par les Kényans du projet de constitution, la constitution de l'époque coloniale du pays, restera en vigueur jusqu'au moment où une décision sera prise par rapport au lancement d'un autre processus de révision de la constitution.
Pendant la publication des résultats du référendum au Centre International de conférence Kenyatta, le président de l'ECK, Samuel Kivuitu, a exhorté les citoyens à ne pas laisser mettre en veilleuse la révision de la constitution.
"Il est impératif que nous continuions à lutter pour une constitution meilleure, une qui cherche à nous unir, une qui reconnaît que le pouvoir de gouverner reste au peuple", a-t-il souligné, au milieu d'applaudissements délirants de centaines de personnes opposées à la constitution, qui s'étaient rassemblées au centre pour assister à l'annonce officielle des résultats du référendum.
Kibaki avait, au départ, promis de faire voter une nouvelle constitution dans l'intervalle de 100 jours après sa prise de fonction à la fin de 2002.
Près de trois ans après, les Kényans attendent toujours.
Indépendamment de ce qui se passe sur le front constitutionnel, toutefois, des spéculations vont déjà bon train, selon lesquelles le résultat du scrutin de lundi conduira à des changements dans le gouvernement — en particulier avec des élections qui paraissent proches en 2007.

