MUANDA, Congo, 21 sep (IPS) – Des flammes jaunes des plates-formes pétrolières éclairent le ciel obscur, aidant Richard Vuadi à guider son bateau au moment où il entreprend de jeter son filet le long de la côte de la République démocratique du Congo (RDC).
Les plates-formes pétrolières qui sont éparpillées à l'horizon ont tellement pollué l'eau que les pêcheurs affirment qu'elles constituent des risques pour la santé.
"Nous n'avons pas d'autre choix, nos familles doivent manger", déclare Vuadi, un pêcheur de 50 ans, au moment où il sort de sa pirogue le matin avec un seau plein de poissons qu'il a attrapés pendant la nuit. Il dit que plusieurs des poissons sont contaminés.
Il a été démontré pendant longtemps que la pollution provenant des compagnies pétrolières contamine les populations de poissons du Congo. Mais la négligence durant la guerre civile de 1996-2003 et la préoccupation du pays au sujet des élections de juin 2006 signifient que les personnes consommant du poisson contaminé sur la côte seront à peine remarquées par le reste du pays.
Les élections du Congo seront parmi les opérations les plus complexes et les plus coûteuses jamais entreprises en Afrique. Le gouvernement du président Joseph Kabila a été miné par des problèmes financiers et logistiques depuis qu'un processus national d'enregistrement des électeurs a commencé en juillet de cette année.
"Nous voulons des élections, mais nous avons d'abord besoin de nourriture de bonne qualité", affirme Vuadi. "Même avec un nouveau gouvernement, feront-ils quelque chose pour nous aider?".
Avec le début de la saison sèche, qui commence généralement en mai, des pêcheurs comme Vuadi doivent faire plus de 100 kilomètres en haute mer au cas où ils voudraient attraper beaucoup de poissons. Malheureusement, ils se retrouvent en train de pêcher au milieu des centaines de plates-formes implantées dans les eaux environnantes, où le pétrole brut se colle à leurs filets et ils retournent à la maison avec des poissons infectés parmi leur prise.
"Nos enfants tombent malades lorsqu'ils mangent le poisson", se plaint Winston Ngoma, un pêcheur âgé de 50 à Muanda, une ville sur la côte congolaise. "Et nous nous battons pour enlever la nappe de pétrole".
Au ministère de l'Environnement dans la capitale Kinshasa, des responsables produisent des documents montrant une contamination extrême dans les eaux autour des raffineries.
"La pollution à l'hydrocarbure est plus de sept fois supérieure au niveau normal", affirme Maurice Matanda, un agent du ministère de l'Environnement, qui était membre de la commission qui a enquêté, pour la première fois, sur la pollution à Muanda en 1996.
Selon Matanda, le gouvernement avait envisagé de prendre des mesures contre les compagnies pétrolières en réponse à cette enquête. Mais les années 1990, tumultueuses, qui ont vu des conflits, ayant entraîné la chute de deux régimes au Congo, ont montré que la pollution est passée au second plan, pendant que les politiciens luttent pour le pouvoir. Le conflit en RDC également a impliqué cinq pays africains. Et il a fait près de quatre millions de morts et exposé 2,4 autres millions de personnes déplacées au risque de la famine et de la maladie, selon les Nations Unies.
Des responsables gouvernementaux à Kinshasa estiment que l'exploration du pétrole a nui aussi bien aux communautés locales qu'aux gens vivant à des centaines de kilomètres de cela.
"Les poissons contaminés sont vendus même à Kinshasa", indique François Gayo, directeur national des pêches en RDC. "Et les gens sont en train de contaminer leurs corps sans le savoir".
La pollution sera difficile à enrayer, selon le ministère de l'Environnement, puisque les plates-formes pétrolières bordent les côtes aussi bien des eaux angolaises que congolaises.
"Il est difficile de dire que ce sont seulement les compagnies présentes au Congo qui causent le problème", confie Matanda. "Qu'en est-il de toutes les plates-formes en Angola et au Congo-Brazzaville?" La côte du Congo s'étend seulement sur 40 kilomètres environ, ce qui amène Matanda à spéculer sur le fait que l'exploration de pétrole en Angola a beaucoup contribué à la pollution en RDC.
"Nous devons analyser cela à un niveau régional", a-t-il dit. "La guerre n'avait pas permis cela, mais peut-être que maintenant, c'est possible".
La compagnie pétrolière du Congo, Perenco, n'a pas voulu admettre des journalistes dans ses locaux, et a refusé de faire des commentaires sur les effets de la pollution.
Le porte-parole de Perenco, Nganga Mundele, a dit à IPS d'aller chercher sur Internet toutes les informations nécessaires sur la société.
La compagnie est la première source d'emploi à Muanda. Elle a également participé récemment à l'infrastructure de la ville, construisant une école, un hôpital et une bibliothèque à un usage public.
"Le pétrole apporte beaucoup d'argent à Muanda; il finance la ville", déclare Christophe Mvika, coordonnateur d'Action pour le développement de la communauté, une organisation non gouvernementale (ONG) locale, mettant en lumière la raison pour laquelle plusieurs autorités ne veulent pas se mettre à dos la société pétrolière.
Au marché central de Muanda, où le gros du poisson est vendu sur des sachets plastiques étalés sur le sable, les femmes sont de plus en plus angoissées.
"Ce ne sont pas seulement les poissons infectés qui constituent le problème", estime Charlotte Dienzi, une femme de 49 ans qui tient une poissonnerie dans le marché. "Il y a eu un changement graduel du goût de tous les poissons – ils étaient auparavant doux, maintenant ils sont pour la plupart fades".
Des responsables locaux à Muanda peuvent faire un plus que de s'asseoir dans leurs bureaux pour collecter des rapports de la compagnie pétrolière et de diverses ONG, qui sont limitées par une grave pénurie de ressources.
"Nous n'avons même pas un instrument pour mesurer les niveaux de pollution de l'air", affirme Sambo Polo Soko, responsable du ministère de l'Environnement à Muanda, qui, comme la plupart des responsables dans les ministères congolais mal financés, n'a même pas de voiture.
"Avec une voiture, nous pourrions au moins faire des patrouilles sur la côte", dit-il.
Mais avec le gouvernement préoccupé par l'ampleur des élections imminentes, il est peu probable que quelque chose soit fait dans les prochains mois pour s'attaquer aux préoccupations des populations sur la côte congolaise.
Des années d'inaction les ont rendues pessimistes par rapport à l'impact de la démocratie dans leur pays.
"Nous sommes comme des citrons à Muanda. Ils nous pressent et tirent le maximum de nous et ensuite, ils nous laissent tomber", a déclaré Vuadi.
"Rien ne changera après les élections, en particulier pour nous les pauvres".

