DROITS-AFRIQUE DU SUD: Ils ne sont pas vraiment les bienvenus

JOHANNESBURG, 25 août (IPS) – Il y a des tendances qui montrent peu de signes de déclin : l'afflux de réfugiés et d'immigrants économiques en Afrique du Sud, et l'ampleur avec laquelle ces personnes deviennent la cible de xénophobie.

"Nous sommes une destination attractive en Afrique : nous ne pouvons échapper à cela", déclare Zonke Majodina, commissaire adjoint de la Commission sud-africaine des droits de l'Homme, la semaine dernière. Elle s'exprimait jeudi (18 août) à une conférence de deux jours, sur la xénophobie, qui a eu lieu à Johannesburg, la capitale économique sud-africaine. (La Commission des droits de l'homme, également basée à Johannesburg, est une institution gouvernementale). Les Africains ont afflué en Afrique du Sud depuis le démantèlement de l'apartheid en 1994. Ils sont estimés, y compris ceux vivant illégalement dans le pays, à plus de cinq millions. Cela inclut un nombre important de Zimbabwéens qui ont fui leur pays à cause de la crise politique et économique qui y prévaut. "Environ trois millions de Zimbabwéens vivent aujourd'hui en Afrique du Sud : on estime à 30.000 le nombre de Zimbabwéens qui franchissent chaque mois les frontières sud-africaines", confie, la semaine dernière à IPS, Gabriel Shumba, président du Forum des exilés du Zimbabwe, basé à Pretoria. Daniel Molokela, un avocat zimbabwéen qui travaille pour le projet Paix et démocratie, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Johannesburg, évalue le nombre de Zimbabwéens vivant en Afrique du Sud à presque deux millions. Tout comme le nombre des nouvelles arrivées grimpe en spirale, ainsi augmente les sentiments d'animosité à leur égard dans un pays rongé par la pauvreté et le chômage officiellement estimé à 26,5 pour cent — mais que plusieurs analystes disent être proche de 40 pour cent. "Depuis 1994, nous avons observé une haine croissante (envers eux) et une ignorance des droits des immigrés et demandeurs d'asile", remarque Majodina. Alors que la police sud-africaine a un rôle à jouer dans la lutte contre l'immigration illégale, d'inquiétants rapports émergent au sujet de leur conduite — même vis-à-vis des étrangers qui ont obtenu des documents qui les autorisent à rester légalement dans le pays. Selon Majodina, la police confisque et détruit régulièrement des papiers de réfugiés pour justifier leur arrestation. "Les réfugiés luttent pendant des mois pour obtenir leurs papiers. C'est alors que des représentants de la loi les déchirent lorsqu'ils les arrêtent pendant qu'ils recherchent des immigrants suspects. Cela doit être une expérience traumatisante", a-t-elle indiqué. "Chaque semaine, nous devons aller récupérer de Lindela des gens qui ont été injustement arrêtés", ajoute Majodina, en référence au Centre de rapatriement de Lindela où sont détenus des immigrés illégaux en attente d'expulsion sont détenus. Le centre est situé à la périphérie de Johannesburg. Un récent sondage réalisé par l'Université du Witwatersrand, basée à Johannesburg, a révélé que 71 pour cent des réfugiés interviewés affirment avoir été contrôlés par la police contre 47 pour cent de Sud-Africains. Dans un article intitulé 'Vies urbaines durables à une ère de migration : impact de la xénophobie sur la courbe de développement de Gauteng', Loren Landau a fait les mêmes observations. (Gauteng est une province d'Afrique du Sud située au nord du pays). "Alors que la police cherche à éliminer les stigmates de l'époque de l'apartheid et compléter leurs maigres revenus, ils exploitent une mauvaise surveillance, la xénophobie et les vulnérabilités des immigrés", note-t-il. "Les non Sud-Africains vivant ou travaillant à Johannesburg, par exemple, rapportent ainsi avoir été beaucoup plus fréquemment contrôlés par la police que les Sud-Africains". Sally Peberdy du Projet de migration en Afrique australe — une initiative de recherche financée par la Grande-Bretagne et le Canada — a déclaré que la xénophobie en Afrique du Sud a été nourrie par la méconnaissance de ce qui se passe au-delà des frontières du pays. Alors qu'elle donnait des cours de géographie dans une université sud africaine, elle a découvert, par exemple, que ses étudiants ne pourraient pas désigner des pays sur une carte d'Afrique australe. "C'était désespéré (mais) ce n'était pas de leur faute", a observé Peberdy. Pendant la période de l'apartheid, peu d'efforts ont été faits pour enseigner l'Afrique aux élèves. Une histoire similaire est rapportée par Michael Neocosmos, professeur de sociologie à l'Université de Pretoria, qui écrit un livre sur la xénophobie en Afrique du Sud, intitulé 'Des autochtones étrangers aux étrangers autochtones'. "J'avais une fois un problème à l'estomac et mon docteur m'a demandé si j'avais été en Afrique. Je me suis demandé 'Où suis-je maintenant? Ne suis-je pas en Afrique'?", s'est-il rappelé. La situation est bien plus compliquée suivant la race, a ajouté Neocosmos.

Plus sombre vous êtes, a-t-il dit, plus vous serez considéré comme un étranger. Plus clair vous êtes, plus vous serez vu comme Sud-Africain. "Trente pour cent des gens arrêtés par la police sur soupçon d'être des immigrés illégaux sont sud-africains. Ils sont choisis parce qu'ils sont trop noirs et se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment", a expliqué Neocosmos. Abeda Mbamjee, de l'Unité des réfugiés à l'Université du Witwatersrand, dit que ces arrestations peuvent avoir des conséquences désastreuses : "Des Sud-Africains sont quelquefois expulsés vers le Swaziland et le Mozambique". Certains immigrants et demandeurs d'asile se fabriquent de faux papiers — quelques-uns en désespoir de cause, après avoir attendu des mois que les papiers sortent par des canaux légaux. "Nous avons évidement des demandeurs d'asile qui abusent du système en se fabriquant de faux papiers. Nous travaillons sur de nouveaux documents qui contiendront des éléments de sécurité", a déclaré jeudi (18 août), à la conférence, Busisiwe Mkhwebane-Tshehla qui est en charge des réfugiés au ministère de l'Intérieur. Depuis 1994, environ 186.000 demandeurs d'asile ont sollicité le statut de réfugié en Afrique du Sud. Mais, seulement quelque 29.000 ont été reconnus comme réfugiés, a souligné Mkhwebane-Tshehla. "De nouveaux chiffres seront publiés vers la fin de l'année. Ils détermineront si les demandes d'asile ont augmenté ou diminué", a-t-elle dit dans un entretien avec IPS. Certains accusent les médias d'exacerber la xénophobie en présentant implacablement les ressortissants de certains pays comme des criminels.

"C'est injuste de la part des médias de peindre tous les seigneurs de la drogue et toutes les prostituées comme des Nigérians", a déclaré, lors de la rencontre, Khathu Mamaila, éditeur adjoint du journal 'City Press'. Il a indiqué que les immigrés d'Europe, d'Amérique du Nord, de Russie, de l'Inde, du Pakistan, et de Chine ne sont pas souvent victimes de xénophobie en Afrique du Sud : "Le visage des immigrés illégaux est exclusivement noir". Ces observations ont été reprises par William Bird, directeur du Projet d'observation des médias — une ONG basée à Johannesburg. "Les étrangers blancs sont rarement représentés comme immigrants illégaux", a-t-il noté. Dans le sondage de l'Université de Witwatersrand, 85 pour cent des Sud-Africains estiment que les crimes ont augmenté à Johannesburg au cours des dernières années — la plupart rejetant la responsabilité de cette tendance sur des immigrés.