NAIROBI, 22 août (IPS) – L'apparente bataille sans fin au sujet de la constitution proposée au Kenya s'est poursuivie ces derniers jours avec des organisations non gouvernementales qui ont exprimé leurs inquiétudes à propos des conditions d'un référendum sur l'avant-projet de constitution programmé pour novembre.
"Le pays doit discuter et s'entendre sur le pourcentage d'électeurs qui doivent approuver l'avant-projet de constitution avant qu'il soit déclaré légitimement adopté", a déclaré à IPS, Cyprian Nyamwamu, directeur du Conseil exécutif de la convention nationale (NCEC). Le NCEC est le regroupement des organisations qui supportent la réforme constitutionnelle. "Que se passerait-il si seulement 20 pour cent des électeurs inscrits de deux ou trois provinces venaient à voter, pendant que le reste des électeurs boycotte le référendum? Ces 20 pour cent vont-ils traduire la volonté des Kenyans?", a-t-il demandé.
Les préparatifs du référendum viennent après une vive discussion sur les pouvoirs que la nouvelle constitution devrait accorder au président kényan. Un projet initial du document a réduit les pouvoirs du chef de l'Etat, transférant une large partie de son autorité au Premier ministre : un poste qui n'existait pas précédemment au Kenya. Toutefois, la version finale de la constitution proposée — qui a obtenu l'approbation du parlement le 21 juillet — a maintenu une présidence forte. La semaine dernière, le président Mwai Kibaki a déclaré qu'il conduirait personnellement la campagne pour le "oui" au référendum. Des ministres et des députés du Parti de l'alliance nationale du Kenya, une aile de la Coalition nationale Arc-en-ciel (NARC) au pouvoir, fidèles au chef de l'Etat, ont déjà commencé à faire pression sur leurs électeurs pour voter en faveur de la constitution proposée. Toutefois, des membres de gouvernement proches du Parti démocrate libéral (LDP) ont dit qu'ils travailleraient pour le vote du "non". Le LDP est dirigé par le ministre des Routes et des Travaux publics, Raila Odinga, à qui Kibaki aurait officieusement promis le poste de Premier ministre avant les élections de décembre 2002 qui ont propulsé la NARC au pouvoir. Peu après la déclaration de Kibaki, le LDP s'est également rapproché de l'Union nationale africaine du Kénya, l'opposition officielle du pays, avec pour objectif avoué de faire échec au référendum. L'avant-projet initial de la nouvelle constitution, visant à remplacer celle élaborée à l'indépendance obtenue de la Grande-Bretagne en 1963, s'est fondé sur les conclusions de la Commission de révision de la constitution du Kenya. Cette structure a été nommée en 2000 pour rassembler les opinions des Kenyans sur la forme qu'ils voudraient donner à leur nouvelle constitution — et transcrire ces avis dans un avant-projet de constitution. L'une des principales découvertes de la commission était que les citoyens voudraient voir diminués les pouvoirs de leurs dirigeants — apparemment le résultat de la souffrance créée par certaines actions de deux anciens chefs d'Etat du Kenya : Daniel arap Moï et Jomo Kenyatta.
La Conférence nationale constitutionnelle (NCC) — qui rassemblait 629 délégués du gouvernement et de la société civile — a commencé à débattre de l'avant-projet présenté par la commission en 2003 dans un centre culturel appelé 'Bomas du Kenya', situé à la périphérie de la capitale — Nairobi. Les délégués à la NCC ont approuvé l'avant-projet (mis en place 'l'avant-projet de Bomas') au début de 2004. Initialement, le parlement ne pouvait qu'accepter ou rejeter le texte dans son intégralité. Mais, les députés ont voté l'année dernière la Loi du consensus, donnant au parlement le droit d'amender des sections de l'avant-projet. Cette loi a été utilisée plus tard pour annihiler les efforts visant à réduire les pouvoirs présidentiels – autorisant les députés à amender le texte de Bomas et maintenir un chef de l'Etat fort. Des groupes de la société civile et des activistes isolés ont introduit plusieurs recours en justice contre les actions du parlement. Des rapports ont indiqué, mercredi (17 août), que le procureur général, Amos Wako, avait publié une directive pour l'examen conjoint de ces recours. Ceci fait suite à des appels de groupes civiques afin que ces recours soient examinés avant le référendum de novembre. Le NCEC a également commencé une campagne pour pousser la justice à vite rendre son verdict sur les recours. "Nous voulons que la justice nous explique pourquoi ces recours n'ont pas été examinés jusqu'à présent. C'est sur ce point que nous saurons si la justice est indépendante ou est utilisée par l'Etat comme outil politique pour assurer le président d'obtenir le résultat qu'il veut", a indiqué Nyamwanu. De violentes protestations ont secoué Nairobi, la ville côtière de Mombasa, et Kisumu, dans l'ouest du Kenya, à l'issue du vote, le 21 juillet, de l'avant-projet modifié. La Commission de révision de la constitution du Kenya devrait commencer une campagne civique au sujet du référendum après que Wako aura publié l'avant-projet de loi sur la constitution contenant la toute dernière version du texte – ce qui est attendu pour la semaine prochaine.

