ECONOMIE-KENYA: Les commerçants informels luttent pour rester au cur de

NAIROBI, 16 fév (IPS) – Au moment où IPS lui parlait, les pressions de l'organisation d'une manifestation de 24 heures sur 24, devant les bureaux des Nations Unies dans la capitale du Kenya, Nairobi, commençaient à se faire sentir. Le visage de Leah Njoki était trempé de sueur alors qu'elle marchait, clopinant, devant les locaux de l'ONU la semaine dernière.

Le fait de dormir à la belle étoile lui avait également provoqué un accès de grippe.

Njoki faisait partie des quelque 300 vendeurs ambulants handicapés qui manifestaient devant les locaux depuis plusieurs jours, dans l'espoir de contraindre l'ONU à intervenir dans une décision du gouvernement local visant à interdire aux commerçants informels de faire des affaires dans le centre-ville.

Les fauteuils roulants de certains d'entre eux avaient également été confisqués. "Premièrement, nous voulons que le conseil municipal de Nairobi nous retourne nos fauteuils roulants. Secundo, nous voulons qu'il nous autorise à vendre dans le centre-ville", a déclaré Njoki, qui vend des bonbons.

"Je suis une femme célibataire, mère de quatre enfants allant à l'école.

Je compte sur ce travail pour payer mon loyer, les frais de scolarité pour mes enfants, la nourriture et d'autres besoins. Si le conseil municipal nous expulse de la ville, ils veulent alors que mes enfants et moi mourions", a-t-elle ajouté.

En 2003, les autorités ont institué une politique de transfert de milliers de vendeurs travaillant à Nairobi vers des routes plus calmes dans le quartier central des affaires, en vue de réduire la congestion dans ce secteur. Toutefois, des efforts sont maintenant en cours pour réinstaller les vendeurs beaucoup plus loin : au début de ce mois, le conseil a commencé par expulser des vendeurs ambulants du centre-ville – exigeant qu'ils aillent dans la banlieue de Nairobi.

"La vente ambulante a été largement perçue comme un important facteur contribuant à la congestion dans les centres urbains. Par ailleurs, on attribue aux vendeurs ambulants les niveaux croissants d'ordures dans les villes", affirme un rapport rédigé par le 'Nairobi Central Business District Association' (NCBDA), intitulé: 'Vente ambulante à Nairobi : Une étude socio-économique dans le quartier central des affaires-Nairobi'. La NCBDA est une organisation non-gouvernementale qui travaille pour améliorer la propreté et la sécurité dans la capitale.

Alors qu'une décision du tribunal rendue publique le jeudi, 10 février, a soutenu la réforme politique du gouvernement local, un groupe représentant les vendeurs ambulants – 'Nairobi Informal Traders Consultative Forum' (NITCOF) – exige qu'on les autorise à reprendre leurs activités dans la ville.

"Chaque vendeur ambulant a payé 1,7 dollar en 2003 et a reçu une autorisation écrite pour travailler à partir des 23 ruelles de l'arrière.

L'autorisation n'a aucune date d'expiration et nous ne voyons pas pourquoi le même gouvernement qui a délivré les permis refuse maintenant de les honorer", a indiqué à IPS, le président du NITCOF, Benson Mbui Ng'ang'a.

Les vendeurs ambulants affirment également qu'il n'y a aucune garantie qu'ils pourront ouvrir des magasins sur la parcelle qui leur est attribuée aux alentours de Nairobi. Trois écoles dans la zone soutiennent que c'est un terrain de jeu, tandis qu'un politicien aurait l'intention d'y construire un parking.

Il y a ensuite la question des installations sanitaires.

"Il n'y a pas d'eau, et il y a un seul W.C. mobile pour le nombre croissant de vendeurs ambulants opérant actuellement dans le quartier central des affaires et les ruelles arrière", souligne Ng'ang'a qui vend également des chaussures d'occasion.

Les vendeurs ambulants exigent que le gouvernement construise pour eux des marchés permanents dans Nairobi, indiquant que les zones périphériques – et même certaines des ruelles arrière dans le centre-ville – n'attirent pas assez de gens pouvant servir de clients aux commerçants informels.

Même si elle se tient étroitement au courant des perceptions négatives au sujet des vendeurs ambulants, la NCBDA recommande également que le gouvernement adopte une position plus conciliante par rapport aux commerçants informels.

"La NCBDA a récemment parrainé des représentants du Conseil municipal de Nairobi et certains députés pour se rendre en Afrique du Sud voir la situation de la vente ambulante dans ce pays, et ils étaient impressionnés", a indiqué à IPS, un responsable de l'association. "A vrai dire, ils ne croyaient pas que la vente ambulante pouvait être faite d'une façon organisée au milieu des rues principales".

Mais, cela se passe dans d'autres villes comme Johannesburg et avec des politiques claires, cela peut également se passer ici", a ajouté le responsable.

L'adoption de "politiques claires" pour réguler les vendeurs ambulants nécessiterait, toutefois, la légalisation du commerce informel. Ceci doit se faire encore, même si diverses sources estiment que le secteur informel – dont la vente ambulante constitue une part importante – représente près de 20 pour cent du produit intérieur brut du Kenya.

Des efforts pour légaliser le commerce informel étaient en cours depuis 2001, au moment où des vendeurs ambulants faisaient partie d'une commission pour réfléchir sur les amendements possibles à apporter à la loi.

"J'étais dans l'équipe et nous avions recommandé que la vente ambulante soit légalisée pour une réglementation facile du secteur, et également pour que les vendeurs ambulants aient un moyen de recours lorsqu'ils sont maltraités. La question a simplement disparu sans faire de bruit", a noté Ng'ang'a. IPS n'a pas pu recueillir les commentaires du gouvernement sur la raison pour laquelle cette initiative semble être au point mort.

Légaliser le commerce informel permettrait également à plus de vendeurs d'obtenir de crédit pour développer leurs affaires.

Ceci permettrait aux commerçants d'employer des gens, quelque chose qui est d'une importance cruciale dans un pays où près de 15 pour cent de la main d'œuvre est au chômage, selon des statistiques gouvernementales.