NATIONS UNIES, 11 fév (IPS) – Au cours des six prochains mois, les Nations Unies envisagent de déployer une nouvelle force militaire composée de 10.000 hommes pour observer l'accord de paix récemment conclu au Soudan, qui a mis fin à une guerre civile de 21 ans entre le nord et le sud.
La force d'observation actuelle de l'Union africaine (UA) au Darfour, dans l'ouest du Soudan — dont l'effectif devrait passer de 900 à 4.000 — "n'est pas assez importante" et son "déploiement est trop lent", a déclaré au Conseil de sécurité, Jan Pronk, représentant spécial de l'ONU pour le Soudan, mardi, 8 février.
Pronk a indiqué qu'on avait besoin d'avoir une "tierce force robuste" pour maintenir la paix au Soudan dévastée par la guerre. Mais la nouvelle force de l'ONU sera principalement basée au Sud-Soudan, et non dans l'ouest du Soudan.
Le conflit, entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), a officiellement pris fin avec la signature d'un accord de paix, début janvier, cette année.
Dans un rapport au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a dit que l'accord de paix met fin à "l'une des plus longues et très difficiles guerres d'Afrique, durant laquelle plus de deux millions de personnes ont été tuées, quatre millions ont été déracinées et quelque 600.000 ont été contraintes de chercher asile au-delà des frontières du Soudan en tant que réfugiés".
"Le Conseil de sécurité sera disposé à mettre sur pied une véritable opération de maintien de paix (au Soudan) afin d'appliquer l'accord de paix nord-sud", a indiqué aux délégués, Joël Adéchi du Bénin, président du Conseil de sécurité.
Sur les 16 opérations de maintien de paix actuellement en cours d'exécution, sept sont en Afrique : au Sahara occidental, en Sierra Leone, en République démocratique du Congo, en Ethiopie et en Erythrée, au Liberia, en Côte d'Ivoire et au Burundi.
Pendant ce temps, Pronk peignait un "tableau sombre" de la situation dans la région du Darfour où quelque 400.000 Soudanais ont été tués dans la violence ethnique.
Ann-Louise Colgan de 'Africa Action' basé à Washington, a souligné à IPS que même si la mise en œuvre réussie de l'accord de paix est très importante pour l'avenir du Soudan, une telle force de maintien de paix, ayant un gros effectif, "est nécessaire de manière beaucoup plus urgente pour sauver des vies au Darfour, à l'heure actuelle ".
"Pour certains commentateurs, le déploiement d'une force de maintien de paix de 10.000 hommes au Sud-Soudan pourrait apporter finalement 'un maintien de paix à la dérobée" au Darfour, parce que, notent-ils, une fois que ces soldats seront en place au Soudan, il sera plus tard possible de les redéployer pour satisfaire les besoins urgents au Darfour", a-t-elle déclaré.
Mais ceci ne fait pas grand-chose pour aider les populations du Darfour dans l'immédiat. "C'est honteux que la communauté internationale ne réagisse pas plus directement et avec plus de fermeté au génocide au Darfour", a affirmé Colgan.
Elle a également souligné la nécessité d'une force beaucoup plus grande et plus robuste au Darfour que ce que la présence de l'Union africaine actuelle fournit.
" A l'heure actuelle, les troupes de l'UA sur le terrain manquent d'effectifs, de capacité logistique et de mandat pour protéger les grands nombres de déplacés et de civils vulnérables dans le Darfour", a-t-elle ajouté.
Pronk a déclaré que la pression exercée par la communauté internationale et la présence de l'UA avaient eu un certain effet sur le Darfour, "mais pas assez".
"Le conflit au Darfour était très compliqué, avec diverses dimensions", a-t-il expliqué.
C'était plus qu'une guerre civile, a-t-il dit, parce que le conflit incluait une bataille économique, avec des impacts environnementaux. "Les milices (Janjaweed) étaient fortes et bien-organisées. Et il y avait des forces au Soudan — non pas dans le gouvernement, mais puissantes tout de même — qui étaient capables de répandre la terreur sur le terrain", a-t-il ajouté.
S'adressant au Conseil de sécurité mardi, le leader du SPLM John Garang a indiqué qu'ayant conclu son propre accord de paix avec le gouvernement, son mouvement rebelle était sûr que ceci pourrait également accroître les chances d'une solution durable au conflit du Darfour.
"Toutefois", a-t-il averti, "la milice des Janjaweed doit être maîtrisée et finalement traduite en justice après l'obtention d'une solution". Le SPLM est prêt à offrir son assistance.
Dans son rapport au Conseil de sécurité, Annan a déclaré que malgré les nombreux rounds de pourparlers de paix, "le processus politique du Darfour n'a pas réussi jusqu'ici à porter les fruits espérés".
"Ceci est principalement dû aux complexités de la crise au Darfour, le manque de confiance entre les parties, alimenté par les violations continues du cessez-le-feu et aggravé par le fait que les deux parties succombent à la tentation de consolider leurs positions militaire et politique avant d'aller à la phase critique de négociations", a ajouté Annan.
Une commission de l'ONU sur le Darfour, qui a publié un rapport la semaine dernière, a conclu que les crimes actuellement commis au Darfour n'étaient pas moins graves qu'un génocide.
Le Conseil de sécurité de 15 membres est maintenant divisé sur la manière dont il devrait traiter des atrocités perpétrées actuellement dans le Darfour.
La commission onusienne a "fortement" recommandé que la situation au Darfour soit soumise à la juridiction de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, qui a pour mandat de juger des affaires impliquant des crimes de guerre et le génocide.
Mais les Etats-Unis, qui sont demeurés opposés à la création même de la CPI, veulent qu'un tribunal séparé de l'ONU, chargé de connaître des crimes de guerre en Tanzanie, traite des crimes au Darfour.

