NAIROBI, 7 fév (IPS) – A New York la semaine dernière, des membres du Conseil de sécurité des Nations Unies se sont activement occupés à un débat visant à savoir si un génocide se déroulait dans la région occidentale du Soudan, le Darfour.
Toutefois, pour ceux qui sont directement impliqués dans la fourniture de l'aide à la région, la bataille quotidienne pour acheminer la nourriture et les vivres aux populations était probablement d'un intérêt plus immédiat.
"La situation est fluide. Le manque de sécurité aura un impact sur la fourniture de l'aide humanitaire aux populations", a déclaré à IPS par téléphone, Roshan Khadivi, chargé des relations extérieures du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Darfour, depuis la région ravagée par la guerre.
"Nous allons de l'avant, mais chaque jour est imprévisible. Nous suivons simplement la situation de très près", a-t-il ajouté.
Environ 150 personnes auraient été tuées dans l'une des récentes attaques au Darfour, qui a eu lieu le mois dernier à Shangeltobayi, une ville du sud.
Des centaines de personnes ont été également déplacées dans l'incident.
"Certaines des organisations d'aide se sont retirées à cause d'une violence similaire et ceci a créé un vide énorme. Nous travaillons avec d'autres homologues – mais ceci signifie qu'il n'y a pas un accès régulier aux camps", a noté Khadivi. Il a souligné que l'UNICEF gérait actuellement 12 camps dans le nord et l'ouest du Darfour, et fournissait de l'aide à plus de deux millions de personnes.
A la fin de l'année dernière, l'organisation 'Save the Children' basée au Royaume-Uni a mis un terme à ses opérations au Darfour après la mort de quatre travailleurs humanitaires.
Le conflit au Darfour a commencé en 2003 lorsque des rebelles de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan et du Mouvement pour la justice et l'égalité ont pris des armes pour protester contre la marginalisation présumée de la région par des autorités à Khartoum.
La réponse du gouvernement a été d'attaquer des communautés issues des tribus Fur, Masaalit et Zaghawa, pour priver les rebelles d'une base d'appui. Des milices arabes connues sous le nom de janjaweed ("cavaliers") ont été également transformées en une force déléguée contre les communautés. Avant ces événements, le Darfour avait connu des conflits sur la terre et des ressources en eau entre des Arabes nomades et des groupes plus sédentaires.
La campagne dans l'ouest du Soudan aurait inclus des tueries en masse, des viols et la destruction de biens. Selon des sources des Nations Unies, plus de 70.000 personnes sont mortes dans le conflit – tandis que près de deux millions ont été contraintes de quitter leurs maisons.
Les Nations Unies ont fait des efforts répétés renouvelés pour mettre fin à la violence au Darfour, jusque-là sans grand effet. Une commission de l'ONU a également enquêté sur des affirmations des Etats-Unis et d'autres selon lesquelles les tueries au Darfour équivalent à un génocide.
Le rapport de la commission, publié la semaine dernière, n'est pas d'accord avec Washington sur cette question. Toutefois, la commission a recommandé que ceux qui sont responsables de violations des droits de l'Homme dans la région soient jugés par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.
Cette idée n'est pas partagée par des responsables américains qui ont refusé de souscrire à la CPI, citant des craintes selon lesquelles elle pourrait être utilisée pour intenter des poursuites pour des faits politiques contre des citoyens américains. Au lieu de cela, Washington a proposé la création d'un tribunal spécial pour juger les crimes commis au Darfour. Ce tribunal, qui sera géré par les Nations Unies et l'Union africaine (UA), serait basé en Tanzanie.
Les efforts faits par IPS pour recueillir les commentaires des responsables soudanais par rapport aux allégations de génocide au Darfour ont été infructueux.
Pour sa part, l'UA assure la médiation dans les discussions entre Khartoum et les rebelles du Darfour. Ces discussions ont été ajournées dans la capitale nigériane, Abuja, en décembre 2004, avec peu de progrès enregistré.
Le président nigérian Olusegun Obasanjo, le président en exercice de l'UA, a maintenant convoqué une réunion pour plus tard ce mois dans la capitale égyptienne, Le Caire, afin que des pourparlers puissent continuer. Le Gabon, la Libye et le Tchad enverront également des délégués à la rencontre.
"Le prochain round politique de discussions doit commencer bientôt. Nous sommes en pourparlers avec l'Union africaine et la première rencontre pourrait se tenir à la fin de février", a dit à IPS, Jan Pronk, l'envoyé spécial de l'ONU au Soudan, vers la fin du mois dernier à Rumbek – la capitale administrative du Sud-Soudan.
"Je veux la paix au Darfour en 2005. Le gouvernement d'union nationale devra prendre les devants à travers l'organisation d'une conférence nationale pour discuter de cette question. La conférence devrait se tenir au cours du premier semestre de l'année pour ne pas perdre l'élan politique", a-t-il ajouté.
Le gouvernement d'union nationale auquel fait allusion Pronk est le produit de plusieurs années de négociations entre Khartoum et un autre groupe rebelle, le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan, pour mettre fin aux combats au Sud-Soudan. Ce conflit était le plus long conflit d'Afrique jusqu'à ce qu'il prenne fin avec un accord de paix signé le 9 janvier dans la capitale kényane, Nairobi.
Le SPLM/A combattait pour la liberté politique et religieuse pour le Sud-Soudan, qui a pendant longtemps résisté au contrôle du nord musulman.
Ce conflit a conduit à la mort de plus de deux millions de personnes et au déplacement de plus de quatre millions d'autres.

