ELECTION AMERICAINE: Avec Bush, l'Afrique s'attend à une approche''habituelle des affaires''

JOHANNESBURG, 5 nov (IPS) – Alors que l'élection présidentielle américaine était angoissante, il semble y avoir peu de suspense parmi les analystes sur ce que la réélection de George W. Bush, en tant que président, signifiera pour l'Afrique.

"Je ne pense pas qu'il y aura une nouvelle politique sur l'Afrique.

L'engagement sélectif va continuer… L'administration Bush est plus encline aux relations bilatérales – elle n'a aucun intérêt à s'engager en Afrique à travers l'Union africaine", a déclaré à IPS, Martin Rupiya de l'Institut pour des études sur la sécurité, basé à Pretoria, le mercredi 3 novembre.

Le degré de l'implication bilatérale des Etats-Unis aux côtés de plusieurs Etats africains sera sans aucun doute influencé par ses préoccupations sur le terrorisme dans le monde entier. Pour nombre de personnes aux Etats-Unis, c'était une question décisive dans la campagne présidentielle.

La Somalie, où le gouvernement central s'est effondré en 1991, aurait servi de refuge pour des terroristes d'à peu près la même manière que l'a fait l'Afghanistan – tandis qu'on craint que la montée des pratiques fondamentalistes islamiques dans le nord du Nigeria ne fasse le jeu des groupes comme al-Qaeda.

Ousama ben Laden, perçu comme le cerveau des attentats terroristes du 11 septembre contre New York et Washington, a vécu au Soudan durant les années 1990.

Par ailleurs, deux des plus importants assauts contre des installations américaines à l'étranger ont eu lieu en Afrique : en 1998, les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie ont été détruites par des attentats à la bombe.

L'universitaire John Yoh, qui est basé à l'Université d'Afrique du Sud, croit que l'administration Bush se focalisera sur cinq pays – la Somalie, le Soudan, la République démocratique du Congo, le Nigeria et l'Afrique du Sud – afin d'éviter que des terroristes ne prennent davantage pied sur le continent.

Deux années de pourparlers de paix tenus au Kenya sous les auspices de l'Autorité intergouvernementale pour le développement ont abouti à mise en place d'un nouveau parlement pour la Somalie – et à l'élection d'un président, Abdullahi Yusuf Ahmed.

Actuellement, des préoccupations sécuritaires empêchent Yusuf de retourner dans la capitale somalienne, Mogadiscio. Une décennie de conflit a vu des milliers d'armes entrer dans ce pays de la Corne de l'Afrique, et désarmer les militants somaliens en possession de ces armes, sera une tâche complexe.

"Le nouveau gouvernement en exil a demandé à l'Union africaine de fournir 20.000 hommes pour stabiliser la Somalie. C'est là où les Etats-Unis pourraient jouer un rôle important en aidant le nouveau gouvernement somalien", souligne Rupiya.

Toutefois, n'importe quelle initiative concernant la Somalie sera inévitablement éclipsée par les événements désastreux d'octobre 1993 pendant lesquels 18 soldats américains ont été tués durant une bataille contre des forces loyales au chef de faction somalien Mohammed Farah Aideed.

Les soldats américains faisaient partie d'une mission destinée à alléger la famine répandue en Somalie, causée par la sécheresse, et aggravée par la guerre entre les leaders des divers clans qui ont morcelé le pays en fiefs après 1991.

On pense généralement que la vue des corps des soldats américains traînés à travers les rues de Mogadiscio est à la base de l'hésitation de Washington à déployer de nouveau des forces en Afrique. Et, leur façon d'aborder des points chauds ailleurs sur le continent semblerait indiquer qu'une approche "de non-intervention" est toujours à l'ordre du jour pour les Etats-Unis.

Alors que les dirigeants américaines n'ont pas mâché leurs mots dans leur condamnation de la crise politique et humanitaire dans le Darfour, la région de l'ouest du Soudan, par exemple, ils comptent sur des pays africains pour diriger les activités de maintien de paix dans cette région.

Le conflit dans le Darfour a commencé au début de l'année dernière lorsque deux groupes rebelles vaguement liés, l'Armée/Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l'égalité, ont pris les armes pour protester contre la soi-disant marginalisation des personnes vivant dans cette région, par Khartoum.

Depuis lors, les membres de trois groupes ethniques dans le Darfour – les Fur, les Masaalit et les Zaghawa – ont été ciblés par des milices arabes connues sous le nom de "Janjaweed" (signifiant "cavaliers") dans ce qui semble être une campagne de la terre brûlée. Des conflits de terre entre des agriculteurs sédentaires de ces trois groupes ethniques et des arabes nomades sont à la base des affrontements.

Plus de 50.000 personnes seraient mortes, et plus de 1,2 million ont été déplacées dans le Darfour. Environ 120.000 individus ont également fui la région pour le Tchad voisin.

Le besoin de pétrole jouera également un rôle important dans l'élaboration de la politique américaine vis-à-vis de l'Afrique durant les quatre prochaines années du second mandat de Bush – notamment si la situation au Moyen-orient devient encore plus instable.

A l'heure actuelle, 16 pour cent du pétrole américain est fourni par des pays d'Afrique subsaharienne. Un rapport de 2001 du Conseil national américain de renseignements a prévu que d'ici à 2015, 25 pour cent des importations américaines de pétrole viendront d'Etats africains comme le Nigeria. "Le Nigeria est crucial pour les Etats-Unis en termes de pétrole", affirme Yoh.

Rupiya a repris en écho cette observation, soulignant : "L'administration Bush a pleinement conscience de la (nécessité) des ressources africaines comme le pétrole".

Alors que des analystes espèrent une approche "habituelle des affaires" des Etats-Unis vis-à-vis de l'Afrique durant le second mandat de Bush, on a noté également que cette approche pourrait être influencée par des discussions, l'année prochaine, au sein du Groupe des huit (G8). Le G8 comprend les huit pays les plus industrialisés au monde : le Japon, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Allemagne, le Canada, les Etats-Unis et la Russie.

Le Premier ministre britannique, Tony Blair, a demandé qu'on mette l'Afrique en tête de l'ordre du jour du G8 lorsqu'il assumera la présidence du groupe l'année prochaine.