YAOUNDE, 8 oct (IPS) – Seize candidats représentants briguent la magistrature suprême du Cameroun pour les sept prochaines années, dans un scrutin majoritaire à un tour, le 11 octobre, dont la campagne, en cours, laisse présager de chaudes empoignades.
Face au président sortant, Paul Biya, membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir depuis 1982, et qui promet au peuple camerounais "plus de pugnacité dans la lutte contre la pauvreté, la résorption de la crise énergétique, l'assurance de la paix et de la sécurité", il y a notamment, John Fru Ndi, un anglophone, opposant radical, président du 'Social Democratic Front' (SDF).
Fru Ndi propose une transition politique de trois ans nécessaires pour la mise en place des institutions démocratiques assorties de l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle à laquelle il ne se représentera plus. Comme deuxième challenger de l'opposition et troisième candidat de poids, Adamou Ndam Njoya est le représentant de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), mais également de la Coalition nationale pour la réconciliation et la réconciliation (CNRR), un regroupement hétéroclite de partis politiques de l'opposition.
La dernière élection présidentielle dans ce pays d'Afrique centrale a eu lieu, le 12 octobre 1997, et s'était soldée par la victoire de Biya, aujourd'hui âgé de 71 ans.
Selon le ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, 4,6 millions d'électeurs sont appelés à voter, sur une population estimée, en 2004, à 16,1 millions d'habitants.
"Contrairement aux deux précédents scrutins présidentiels de 1992 et 1997 où le président sortant n'avait été élu qu'au prix de manipulations éhontées, celui-ci sera déterminant pour la paix sociale", a dit par téléphone à IPS, Jean Jacques Ekindi, candidat du Mouvement progressiste (MP).
"Nous formons nos militants aux diverses techniques de fraude qu'utilise le régime. Cette fois-ci, le peuple ne se laissera pas faire", ajoute-t-il.
Concédée en 1990 sous la pression de plusieurs événements et une crise économique grave, la démocratisation du régime de Yaoundé avait été immédiatement dévoyée par des pratiques condamnables – comme la corruption et les détournements de deniers publics – de la part de proches fidèles qui entourent, dans l'ombre, le chef de l'Etat.
Une kyrielle de problèmes sociopolitiques, restés irrésolus tout au long du règne de Biya, n'en continue pas moins de hanter la scène politique. Ces problèmes constituent aujourd'hui des thèmes favoris de la campagne électorale des 15 challengers du président sortant. Ce sont notamment la lutte contre la pauvreté, la décentralisation, la lutte contre corruption, la bonne gouvernance, le fédéralismeà, et la question anglophone qui est une véritable épine sous le pied du pouvoir.
Constituant environ 20 pour cent de la population du pays, les anglophones, originaires de l'ouest du Cameroun – frontalier avec le Nigeria – s'estiment "lésés, marginalisés, frustrés" et, plus souvent, disent-ils, "en proie en permanence à la persécution des compatriotes francophones".
Ils revendiquent le retour au fédéralisme qui prévalait dans le pays avant le 1er octobre 1961, au lendemain de l'indépendance acquise en 1960.
"Si nous sommes élus", a confié Ndam Njoya à IPS, "Nous trouverons rapidement des moyens de réconciliation avec les anglophones". "La seule solution à leur problème si le chairman (Fru Ndi, président du SDF) est élu, c'est le retour au fédéralisme", a affirmé à IPS, Pascal Zamboué, un des porte-parole du candidat du SDF.
En revanche, pour Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du RDPC, parti au pouvoir, "Un retour au fédéralisme est une remise en question de l'unité nationale". Il a déclaré à IPS : "Ce qui est urgent pour notre candidat (Biya), c'est de continuer la lutte contre la pauvreté et de consolider l'Etat de droit, la démocratie, la stabilité, la paix et la cohésion sociale".
Selon Garga Hama Adji, candidat de l'Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), "la lutte contre la pauvreté seule ne peut suffire à relever ce pays de l'état où l'a laissé le régime de M. Biya". Il ajoute : "Nous militons en faveur de la décentralisation politique et administrative et pour une économie humaniste qui vise à associer le capital financier au capital travail".
De son côté, Victorin Hameni Bieuleu, candidat de l'Union des forces démocratiques du Cameroun (UFDC), indique à IPS : "Dès notre prise de pouvoir le 12 octobre, ce serait le désengagement de l'Etat des secteurs productifs, la création des emplois, et l'encouragement d'une politique nataliste. Nous sévirons contre les auteurs de détournements de deniers publics; et le combat contre la misère devra s'accélérer".
Joint par IPS au téléphone, le cardinal Christian Tumi, 74 ans, archevêque de Douala, capitale économique située à environ 250 kilomètres à l'ouest de Yaoundé, la capitale politique, a déclaré : "A voir l'état misérable du pays en ce moment, on ne peut plus parler de pauvreté, mais de misère".
Tumi ajoute : "Je rencontre, toutes les semaines, les Camerounais de base.
En voyant sur le terrain dans quelles difficultés ils vivent et en les écoutant, je me demande vraiment ce que le pouvoir a fait depuis 22 ans".
"La misère est partout", affirme à IPS, Dominique Djeukam Tchameni, candidat du Mouvement démocratique pour l'interdépendance (MDI). "Voilà pourquoi, nous proposons le plein emploi. Mais une fois élu, j'instituerai le service national obligatoire qui concerne les Camerounais âgés de 18 à 25 ans. Il s'agit d'un sacrifice que tous les jeunes doivent consentir, en travaillant pendant deux ou trois ans pour le compte de l'Etat, dans tous les secteurs de l'activité".
"Nous allons barrer la route à la fraude qui seule pourrait mener le pays au bord de la guerre", ajoute-t-il.
Maurice Tadadjeu, professeur à l'Université de Yaoundé I et coprésident de Fédération des organisations de la société civile camerounaise (FOSCAM), déclare à IPS : "Nous demandons, à tous les candidats, la garantie de la paix sociale et la création des emplois, l'authenticité de la démocratie, la résolution du problème anglophone, et un combat contre l'impunité"..
Pour Tadadjeu, "les expériences d'accès au pouvoir, et en particulier par les élections, se concluent souvent par des contestations et la violence.
Elles sont des points de départ de conflits qui causent beaucoup de dégâts au sein du petit peuple".
Pour sa part, l'Association pour la défense des droits des étudiants camerounais (ADDEC) souligne, dans un mémorandum remis aux états-majors des différents candidats, "la condition misérable de l'étudiant camerounais". Selon le Bureau central de recensement et des études de la population, plus de 50 pour cent des Camerounais vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, en 2004.
(* Dans cet article diffusé vers 20H40 GMT le 8 octobre 2004, il manquait juste un dernier paragraphe contenant le taux de pauvreté au Cameroun.
C'est juste ce dernier paragraphe qui est ajouté à la fin du texte).

