GENEVE, 12 août (IPS) – Les abus commis à l'encontre des indigènes ou d'autres femmes minoritaires, que des experts et des activistes considèrent simplement comme "double discrimination", ne sont pas compris dans toute leur dimension.
Bien qu'aussi bien des hommes et des femmes, qui appartiennent à des minorités ethniques et aux peuples indigènes, subissent la discrimination, ce sont les femmes qui en souffrent de plusieurs façons, ont déclaré Fareda Banda et Christine Chinkin, chercheurs du Groupe des droits des minorités (MRG), une organisation internationale basée en Grande-Bretagne.
"La violence sexuelle, d'une proportion quasi épidémique, et les formes multiples de discrimination contre les minorités et les femmes indigènes, pouvaient être mieux évitées", indiquent les experts. Cependant, ils "sont mal compris et sont confrontés au mécanisme des droits existants et aux instruments juridiques", ont-ils déclaré dans un rapport produit pour la session actuelle de la Commission des Nations Unies sur l'élimination de la discrimination raciale (CERD), qui se réunit du 2 au 20 août à Genève.
Banda, de l'Université de l'Ecole des études orientales et africaines de Londres, a dit à la session que les agences de l'ONU devraient commencer à se focaliser sur "la manière dont l'approche genre s'occupe des problèmes des minorités et des indigènes". Les auteurs du rapport du MRG appellent le phénomène "discrimination intersectionnelle", et déclarent que "la race, le genre, la clase et autres formes de discrimination ou de subordination sont les voies qui structurent le terrain social, économique ou politique".
"Ces voies apparaissent comme séparées et sans aucun lien commun, mais en réalité, elles se rencontrent, se croisent et se chevauchent, formant des intersections complexes", et les femmes qui sont marginalisées, à cause du sexe, de la race, de l'identité ethnique ou d'autres facteurs, se retrouvent à ces intersections, affirment Banda et Chinkin.
Au cours d'un débat lors de la session de l'ONU, Banda a souligné que le "sexe" d'une personne se rapporte aux différences biologiques entre hommes et femmes, tandis que le genre se réfère aux aspects des relations sociales qui ne sont pas basés sur le sexe, mais qui sont enracinés dans des attitudes culturelles et sociétales "socialement construites". L'étude du MRG indique que les principales questions du genre et les indicateurs sont ignorés dans des études sur les droits humains et les minorités, tandis que dans le même temps, les droits des minorités sont ignorés par des experts qui se focalisent sur l'égalité de genre et les droits des femmes — un problème qu'elles ont dénommé le "silence institutionnel sur la discrimination intersectionnelle".
Pour l'illustrer, les auteurs citent les rapports de l'expert mexicain Rodolfo Stavenhagen, rapporteur spécial de l'ONU sur les droits humains des indigènes qui, selon eux, "présentent les droits des femmes indigènes comme un accessoire pour ceux des hommes".
Elles estiment que pendant que son premier rapport soulignait cette marginalisation, particulièrement celle des femmes indigènes et des enfants, il demeure un problème persistant, il a fait une "petite référence plus loin aux femmes", lorsqu'il examine des questions comme les droits sur la terre, la patrie, l'éducation et la culture.
"Il critique, par exemple, l'absence d'une maternité dans un des centres publics du peuple Atacameño au Chili, et le taux élevé de la mortalité infantile", mentionnent Banda et Chinkin.
Mais "Les conséquences de l'absence d'une maternité locale et accessible pour les soins des femmes Atacameño, sont examinées en termes d'effet sur le groupe plutôt qu'un fardeau supplémentaire pour les femmes".
Et par respect pour le Mexique, il mentionne la violence subie par les femmes dans l'Etat appauvri du Chiapas, dans le sud, sans expliquer la nature de cette violence, le contexte élargi ou les conséquences, déclarent les deux auteurs. Il ne s'est pas non plus référé spécialement à la violence sexuelle, ajoutent-elles.
"Le rapport de Stavenhagen a également examiné le génocide perpétré il y a une décennie au Rwanda par le groupe ethnique hutu. Mais pendant que "l'accent était mis sur l'ethnicité, les femmes tutsi étaient visées différemment des hommes tutsi parce qu'elles étaient tutsi et parce qu'elles étaient des femmes", affirme le rapport du MRG. "Les hommes tutsi étaient tués tandis que les femmes tutsi étaient sujettes à une violence sexuelle — partie intégrante du génocide — et ensuite, elles sont tuées", ajoute-t-il.
La situation des femmes au Soudan, et dans la région orientale du Darfour, en particulier, était soulevée par Mary James Kuku, de l'Organisation de développement des femmes de Delibaya Nuba au Soudan.
Kuku a déclaré que les indigènes et les femmes minoritaires au Soudan "n'ont aucun statut. Elles sont marginalisées parmi les marginalisés".
"Notre problème est que nous sommes illettrées, nous n'avons pas la chance d'aller à l'école, parce que nous sommes minoritaires et indigènes. Et même si vous avez l'occasion d'aller à l'écoleà, vous êtes censée renier votre langue, vous êtes censée nier que vous êtes africaines, vous devenez un Arabe, même si vous ne ressemblez pas aux Arabes" par la couleur de votre peau, a dit l'activiste soudanaise.
Et dans la région du Darfour, déchirée par un conflit, les femmes ont besoin de médicaments et de la nourriture, mais elles ont besoin également d'éducation, parce que "sans éducation, vous n'avez aucun moyen de réclamer vos droits", a ajouté Kuku.

