KINSHASA, 11 juin (IPS) – "Le coup de force a échoué. Toutes les institutions sont en place. L'armée a réussi à prendre la mesure de la situation et nous devons maintenir le cap, quoiqu'il arrive. Je ne permettrai jamais à quiconque de faire dérailler la transition en cours".
Cette déclaration a été faite ce vendredi (11 juin) vers la fin de la matinée, à Kinshasa, par le président congolais, Joseph Kabila, dans une interview qu'il a accordée à la presse présidentielle pour annoncer officiellement l'échec de la tentative de coup d'Etat survenue tôt, au petit matin, dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Kabila a d'abord tenu à fixer la population sur son propre sort du fait que la rumeur parlait de son assassinat par les mutins, ensuite pour rassurer la population sur la sécurité de la ville. Après Bukavu, dans l'est de la RDC, Kinshasa, la capitale congolaise, a été réveillée, ce vendredi 11 juin, par de fortes détonations d'armes lourdes dans la commune de Ngaliema, où habite officiellement le président Kabila. Un officier appartenant à la garde présidentielle, le major Eric Lengue, jusqu'ici inconnu du grand public kinois, est particulièrement recherché..
C'est lui qui serait venu à la radio nationale, vendredi matin, vers 2 heures locales (1 heure GMT), faire des déclarations fracassantes annonçant la suspension des institutions de la transition. Le major Lengue s'est notamment plaint de la "panne qui frappe actuellement" toutes les institutions de la transition, raison pour laquelle, dit-il, "de par mon devoir de citoyen, je prends mes responsabilités devant la nation". En raison de l'heure tardive de l'événement, très peu de Kinois ont suivi les déclarations du major à la radio. Bien plus, l'électricité a été interrompue sur toute l'étendue de la ville de Kinshasa. "J'ai été averti de l'incident, vers 2H30, par un technicien de garde complètement terrorisé qui utilisait son téléphone portable, mais la coupure de courant qui venait d'avoir lieu, ne m'a pas permis de suivre ce qui se passait à l'antenne", a expliqué à IPS, Lambert Gusoneka, responsable technique à la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC). Il se confirme, au fil des événements, que c'est un groupe fidèle au major Lengue qui a maîtrisé l'équipe des techniciens de la Société nationale d'électricité et fait couper le courant sur la capitale. Tôt dans la matinée, le ministre de l'Information, Vital Kamerhe, accompagné du chef d'état-major général des Forces armées congolaises, l'amiral Liwanga, sont intervenus sur la radio nationale pour calmer la population et annoncer que la situation était sous contrôle. Douze membres du commando seraient déjà en détention, selon Kamerhe. Quant au major Lengue et le groupe qui l'accompagne, ils sont toujours en cavale. "Ils se dirigeaient vers l'aéroport de Ndjili", a annoncé le ministre, "mais face aux barrages de l'armée régulière, ils n'ont aucune chance de s'en sortir", a-t-il affirmé.
A la suite de Kinshasa, c'est quasiment toute la RDC qui est en état de choc. L'utilisation étendue du téléphone portable permet pratiquement aux Congolais, où qu'ils se trouvent, de joindre la capitale pour se renseigner de l'évolution de la situation. La plupart se demandent si tous ses soubresauts politiques ont des liens entre eux. Le 28 mars de cette année, une première tentative de coup d'Etat, dans la capitale, avait échoué et Brazzaville, la capitale de l'autre Congo voisin, avait été accusée d'être derrière les mutins de l'ex-garde prétorienne de l'ancien président Mobutu. Le 2 juin, des militaires insurgés, issus de l'ex-rébellion du RCD/Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) investissaient la ville de Bukavu, sous prétexte de protéger des populations banyamulenge en danger d'extermination. Le gouvernement a accusé le Rwanda voisin de soutenir l'action des mutins pour torpiller la transition politique au Congo. A la suite des événements de Bukavu, toute la ville de Kinshasa est entrée en ébullition, accusant non seulement la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) de "complicité avec les mutins de Bukavu", mais saccageant également les permanences des différents partis politiques pour "incompétence notoire dans la gestion du processus politique" en cours. Aujourd'hui, c'est un officier très proche du président de la République qui dénonce, à sa manière, le mauvais fonctionnement des institutions. Il semble se dessiner, en filigrane, un message de réprobation adressé à Kabila sur sa gestion de cette période post-conflit que traduit Singa Wabenga, président de l'organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme, Justice et paix, en termes d'impunité : "On assiste actuellement à une matérialisation de la déliquescence de l'Etat", dit-il à IPS. "Le chef de l'Etat aurait dû sévir plus durement contre certains de ses proches dont les comportements et déclarations désorientent les Congolais.
Il ne l'a pas fait quand l'occasion s'y prêtait. La tendance actuelle au laisser-aller en est la conséquence directe", ajoute Wabenga. Wabenga réagit particulièrement contre le comportement de différents responsables du RCD/Goma, militaires comme civils, au cours des derniers événements de Bukavu. Une allusion directe à Azarias Ruberwa, vice-président de la transition et président du RCD, au général Laurent Nkunda et au colonel Jules Mutebusi, tous deux officiers supérieurs du RCD et chefs des insurgés de Bukavu.
Ce vendredi, 11 juin, Kinshasa est de nouveau paralysée à l'image de la journée du 6 juin qui avait vu la capitale perturbée par des manifestants.
Les services de l'Etat n'ont pas fonctionné. On voit plus de véhicules militaires que ceux des civils. Les transporteurs en commun ont préféré garder leurs véhicules au garage, le temps de voir la situation se tempérer. Heureusement, toutes ces opérations de déstabilisation du processus politique n'ont pas reçu une adhésion populaire, soulignent des analystes politiques, ajoutant que les Congolais touchent du bois et croisent les doigts. Les élections, c'est exactement dans une année, observent-ils.

