DROITS-NIGERIA: Garder les enfants hors des ''go-slows''

LAGOS, 4 juin (IPS) – C'est un phénomène qui est devenu visible dans les années 1980, et est maintenant une caractéristique permanente du paysage urbain au Nigeria : des enfants vendant à la criée des marchandises dans les rues.

Prenons par exemple Bimbo Dada, âgé de 10 ans. La semaine dernière, IPS l'a vu en train de serpenter entre les véhicules dans l'un des nombreux embouteillages de Lagos – également connus sous le nom de "go-slows" – vendant des sachets d'eau aux automobilistes. Bien que le gouvernement ait interdit la vente dans des embouteillages à cause des dangers que cela constitue pour les vendeurs ambulants, la pratique a continué sans répit à cause de la non-application de la loi.

"Je ne vais pas à l'école. Ma maman va au marché, mais moi, je vends de l'eau potable pour l'aider. Je vends un sac par jour (Je ne vais pas à l'école; je vends des sachets d'eau pour aider ma mère qui est commerçante.

Je vends un sac par jour)", a affirmé Bimbo dans un anglais pidgin largement parlé au Nigeria. Un sachet d'eau est vendu à moins d'un cent US.

John Obinna, un jeune déscolarisé de 15 ans, qui a quitté la partie orientale du Nigeria pour venir à Lagos il y a environ deux ans, se débrouille tout seul. Obinna et trois autres amis vendent des cartes de recharge de téléphones portables aux automobilistes. A la fin de la journée, les quatre retournent à leur appartement d'une chambre loué à Makoko, un bidonville situé sur la partie continentale de Lagos.

"Avec l'argent que nous rapporte la vente dans les embouteillages, nous cotisons tous pour payer le loyer du studio à Makoko parce nous n'avons personne avec qui rester. La chambre coûte 200 nairas (environ deux dollars US) le mois. Nous nous alimentons également avec l'argent que nous gagnons", a indiqué Obinna à IPS.

Une loi d'envergure sur les droits de l'enfant a été promulguée par le président Olusegun Obasanjo en juillet 2003 pour enrayer le phénomène d'enfants vendeurs ambulants en prescrivant des pénalités pour les parents et tuteurs qui laissent leurs enfants aller dans la rue.

Il stipule, entre autres, qu'aucun enfant ne devrait être soumis à un quelconque travail forcé ou d'exploitation – ou employé à quelque titre que ce soit, excepté un endroit où l'enfant est employé par un membre de sa famille pour faire un travail peu fatiguant de nature agricole, horticole et domestique.

Les gens qui enfreignent cette disposition risquent de se voir infliger une amende d'environ 500 dollars, ou d'être emprisonnés pendant une période de cinq ans – ou les deux. Toutefois, la loi doit encore être appliquée convenablement.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), huit millions d'enfants sont engagés dans une forme ou une autre de travail d'exploitation des enfants au Nigeria – le terme 'd'exploitation' se référant aux situations où les enfants ont moins de 15 ans, et reçoivent des paies en dessous du salaire minimum. Ces enfants travaillent comme domestiques, et font des travaux subalternes dans les marchés, les garages et usines. Certains sont également utilisés comme guides par leurs parents mendiants.

La vente ambulante, notamment par les enfants, semble avoir commencé avec l'introduction d'un plan d'ajustement structurel du Fonds monétaire international à la fin des années 1980, qui a conduit à la dévaluation de la monnaie, au retrait des subventions sur les produits comme le pétrole, l'eau et l'électricité – et aux suppressions d'emplois.

Les parents, qui ne pouvaient plus payer les frais de scolarité pour les enfants, les ont retirés du système éducatif. Pour aider les familles à joindre les deux bouts, certains de ces enfants ont été engagés comme domestiques dans des maisons fortunées, comme laveurs de voiture et gardiens, conducteurs de bus – et vendeurs ambulants.

Une lueur d'espoir a été lancée sur la situation le week-end dernier, lorsque le gouvernement a promulgué une loi rendant gratuite et obligatoire l'éducation pour les enfants nigérians jusqu'au niveau du premier cycle de l'enseignement secondaire. (Le pays exécute actuellement ce qui est appelé le système éducatif "six, trois, trois, quatre", qui prévoit six années d'école primaire, trois années de cours secondaire du premier cycle, trois de cours secondaire du second cycle et quatre années d'études universitaires).

La sénatrice Florence Ita-Giwa, assistante spéciale du président sur les questions de l'Assemblée nationale, a averti que les parents qui ne se conformeront pas à la nouvelle loi seront punis.

Peter Ebigbo, président de la section nigériane du Réseau africain pour la prévention et la protection contre la maltraitance et l'abandon des enfants, estime que la législation pourrait jouer un rôle important dans la réduction de la vente ambulante par les enfants : " Si c'est rendu obligatoire, cela aidera à réduire le travail des enfants".

Shina Loremikan, directeur de la Commission pour la défense des droits de l'Homme, a également loué le gouvernement pour avoir pris cette initiative.

"C'est bien que le gouvernement soit maintenant en train de prendre au sérieux l'éducation gratuite et obligatoire, puisque cela sortira de la rue la plupart des enfants vendeurs ambulants", a indiqué Loremika à IPS.

Il a souligné que la vie dans les rues avait tendance à rendre plusieurs enfants agressifs. Ils étaient alors ouverts à la manipulation de politiciens résolus à causer des troubles, a-t-il ajouté, puisqu'ils se laissent facilement entraîner dans des actes de vandalisme, s'ils sont payés.

"C'est mieux s'ils sont à l'école (et) cela n'empêche pas ceux qui aident à augmenter les recettes de leurs parents à vendre après les heures d'école. Plusieurs de ces enfants de la rue deviennent un grand handicap pour la nation lorsqu'ils deviennent des criminels endurcis, ayant passé leurs vies dans les rues", a observé Loremikan.

"Lorsqu'ils grandissent, ils sont susceptibles d'être entraînés dans des activités inadmissibles à cause de la baisse de leur estime de soi".

Loremikan a également demandé au gouvernement d'encourager les parents à garder leurs enfants à l'école en introduisant des incitations fiscales à cet effet.

Bien que le Nigeria soit actuellement l'un des six premiers plus grands producteurs de pétrole au monde, la corruption a empêché cette ressource de profiter à la majorité des habitants du pays. Selon le Rapport des Nations Unies sur le développement humain pour 2003, environ 70 pour cent de Nigérians vivent avec moins d'un dollar par jour.