DEVELOPPEMENT-LIBERIA: Des femmes combattantes essaient de reprendre uneexistence normale

MONROVIA, 3 mars (IPS) – Le retour à la vie normale n'avait jamais été facile pour les ex-combattants de la guerre civile du Liberia. Mais, on pourrait dire que des femmes combattantes sont confrontées à un défi particulièrement rude.

Bien que l'ancien président Charles Taylor, maintenant en exil au Nigeria, ait remporté par une victoire écrasante les élections générales en 1997, le Liberia a très tôt connu une résurgence de l'activité rebelle.

L'année dernière, les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL) avaient pris le contrôle de plusieurs secteurs du pays.

Au moment où des milices gouvernementales luttaient pour conserver le territoire qui restait sous le contrôle de Taylor, des femmes et des filles se sont retrouvées entraînées dans le conflit – aussi bien comme combattantes que comme victimes d'abus sexuel de la part des divers groupes.

"Nous étions soumis à des agressions sexuelles sans distinction et à d'autres abus entre les mains de nos chefs et de leurs combattants", rappelle Rebecca Gartor, 19 ans.

Khadi Williams, 20 ans, a été kidnappée dans la ville de Macenta, à la frontière guinéenne alors qu'elle combattait pour le LURD. Elle déclare avoir été contrainte à avoir des rapports sexuels avec plusieurs combattants, et craint maintenant que cela n'ait pu l'amener à contracter des maladies.

Quant à Katuma McCauley, 22 ans, la guerre lui a laissé un héritage qui est beaucoup plus permanent : un bébé garçon dont le père est un combattant qui a été tué plus tard au front.

Des filles et des femmes, qui étaient loin du champ de tir, se sentaient également obligées d'accepter des travaux plus domestiques. "Ils nous utilisaient comme des esclaves sexuels, des cuisinières, des porteuses, des femmes de ménage et des combattantes", affirme Gartor. Elle parlait à IPS dans un camp qu'une organisation non gouvernementale (ONG) a ouvert pour aider des femmes combattantes à se réadapter à la vie civile.

Des statistiques sur l'étendue de l'implication des femmes sur diverses périodes du conflit du Liberia sont difficiles à obtenir.

Toutefois, des activistes locaux, qui travaillent avec d'anciens enfants soldats, croient que beaucoup plus de filles ont été enrôlées dans les combats qui ont commencé après l'arrivée au pouvoir de Taylor. Avant l'élection de 1997, le dirigeant exilé a mené une rébellion de sept ans à la tête du Front national patriotique du Liberia qui a déposé Samuel Doe.

Avec la paix fragile qui prévaut dans le pays depuis le départ du pouvoir de Taylor, en août dernier, diverses ONG offrent une formation professionnelle et des conseils aux femmes combattantes désarmées pour les aider à reprendre une existence normale.

L'une d'entre elles est le 'Samaritan Home' (le Foyer du samaritain) dans les banlieues sud de la capitale du Liberia, Monrovia, qui est dirigé par Thomas Geoffrey.

"Le comportement des filles était anormal lorsqu'elles ont été conduites à nous pour la première fois, par leurs chefs. Elles provoquaient des troubles et se battaient entre elles", a-t-il dit à IPS.

"C'était ainsi parce que ces filles avaient été exposées à des années d'une guerre horrible et à l'indiscipline. Elles sont traumatisées. Mais, après avoir suivi certains conseils psychosociaux avec nous, vous pouvez voir maintenant qu'elles s'améliorent et retournent petit à petit à une vie normale".

Les filles et les femmes au 'Samaritan Home' faisaient partie des 1.800 combattants gouvernementaux qui ont été désarmés à la fin de l'année dernière dans une opération qui a pris fin brusquement lorsque l'échange des armes contre l'argent a tourné au vinaigre. Une autre tentative pour désarmer les quelque 40.000 combattants devrait commencer sous peu.

Evelyne Diggs, 20 ans, était affectée à une unité de guérilla loyale à Taylor qui était connue sous le nom de "Jungle Fire" (Feu de la jungle).

Elle revenait de l'école en mars 2003 lorsqu'elle a été enlevée pour aider à repousser des rebelles en progression.

"Ils voulaient que je devienne leur femme, mais j'ai refusé. Ils m'ont alors donné un fusil et m'ont envoyée au front", a-t-elle dit.

Theresa Bangura, une fille de 17 ans, a combattu avec la division de la marine de l'armée de Taylor : "Ils m'ont donné des armes pour combattre sans une formation militaire adéquate. Mais je veux retourner à l'école pour avoir une vie meilleure".

Selon l'administratrice de 'Samaritan Home', Gladys Zangaa, l'organisation s'est occupée des filles et des femmes venant de diverses parties du Liberia.

Les 40 femmes ex-combattantes vivant actuellement dans le foyer suivent une formation professionnelle et des études scolaires pendant neuf mois. A la fin de cette période, les femmes retrouveront leurs familles et amis.