NAIROBI, 18 fév (IPS) – Les ministres du Commerce de 18 pays africains ont eu des discussions avec le représentant des Etats-Unis pour le commerce, Robert Zoellick, et le commissaire de l'Union européenne pour le commerce, Pascal Lamy, mardi à Mombasa, au Kenya. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Panitchpakdi Supachai, était également présent.
Les délégués ont l'intention de relancer les discussions sur le commerce international, qui ont été bloquées l'année dernière au cours de la conférence de l'OMC à Cancun, au Mexique.
Les discussions de Cancun ont débouché sur une impasse par rapport aux préoccupations de longue date, relatives aux subventions agricoles dans les pays riches, qui sapent la compétitivité des producteurs dans le monde en développement. Les Etats-Unis, l'Union européenne (UE) et d'autres ont refusé d'opérer des coupures substantielles dans ces subventions, ce qui a poussé les Etats plus pauvres à quitter les négociations.
Les nations en développement étaient également irritées par les propositions de l'UE d'introduire de nouvelles règles pour l'investissement étranger. Certains craignaient que ceci ne conduise à la domination de leurs marchés par des firmes multinationales.
Même si le ministre kényan du Commerce Mukhisa Kituyi avait été cité comme étant l'un des premiers à quitter les discussions de Cancun en signe de protestation, il a adopté un ton résolument conciliant à la rencontre de Mombasa. "Cette fois-ci, nous n'allons attribuer la responsabilité de l'échec des discussions de l'OMC à personne. La discussion de Mombasa est sensible, et nous voulons juste qu'ils (l'OMC, les Etats-Unis et l'UE) nous expriment leurs intentions pour que nous entamions de nouvelles discussions, connaissant notre position", a déclaré Kituyi aux journalistes à Nairobi.
Il a ajouté qu'il solliciterait également le feu vert des ministres africains du Commerce pour former une alliance avec 90 autres pays en développement dans le monde entier pour espérer de meilleurs termes commerciaux.
Une coalition d'organisations de la société civile africaine et internationale a vivement recommandé aux délégués à la réunion de cette semaine de demeurer fermes dans leurs exigences d'un environnement commercial plus équitable.
Eco-News Africa, l'Institut des affaires économiques (IEA), basé au Kenya, le Réseau de commerce et d'information de l'est et du sud, ActionAid et Oxfam International estiment que l'Afrique continuera d'être à la traîne du reste du monde si la question n'est pas résolue.
S'exprimant à une conférence de presse conjointe à Nairobi, le conseiller politique d'Oxfam pour l'Afrique – Irungu Houghton – a déclaré : "L'avenir de l'Afrique reste hypothéqué si nous ne réglons pas correctement les questions commerciales avec l'Occident, et c'est ce sur quoi devraient se focaliser les ministres du Commerce".
"Les règles du commerce international doivent soutenir l'intégration de l'Afrique et sa lutte contre la pauvreté", a-t-il ajouté.
Selon Oxfam, l'Afrique compte 13 pour cent de la population mondiale – mais représente juste deux pour cent du commerce mondial. Un commerce inéquitable coûterait aux pauvres du monde 100 milliards de dollars par an.
Oxfam indique également que 128 millions de personnes seraient arrachées à la pauvreté si l'Afrique, l'Asie de l'est et du sud, et l'Amérique latine augmentaient leur part des exportations mondiales d'un pour cent seulement.
Pour John Ochola, porte-parole de l'IEA, "les ministres du Commerce d'Afrique doivent consolider leurs relations, établir les grandes lignes des politiques communes et dénoncer d'une voix "les termes commerciaux injustes qui étaient pour beaucoup dans l'échec des discussions de l'OMC l'année dernière".

