HELSINKI, 16 fév (IPS) – Mao Tsetung avait dit un jour à l'ancien président de la Banque mondiale Robert McNamara : "Nous envisageons de quadrupler notre PNB même sans votre aide". Il est actuellement demandé aux Africains de faire comme l'avait déclaré Mao.
"Les pays africains ne devraient pas attendre l'aide étrangère", estime le président de la commission d'assistance au développement de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), un groupe de nations industrialisées.
On ne doit pas rendre l'insuffisance des flux d'aide et l'absence d'investissement étranger entièrement responsables de l'incapacité des pays africains à atteindre les Objectifs de développement du millénaire (ODM), a souligné Manning au lancement d'un rapport qu'il a soumis à l'OCDE à Helsinki la semaine dernière.
"Si les Africains préfèrent investir leur argent dans des propriétés off-shore et des comptes en Suisse, ils ne devraient pas s'attendre à ce que l'investissement étranger les sauve", a-t-il ajouté. Manning a passé quelques années à travailler sur la coopération dans le domaine du développement en Afrique et en Asie.
Mais, tout en appelant les pays africains à réduire la dépendance vis-à-vis de l'aide, Manning a également demandé aux donateurs de tenir compte de la dimension développement de l'aide.
S'ils ne le font pas, "une bonne partie de nos dépenses compensera simplement les coûts imposés à nos partenaires par d'autres politiques de nos propres gouvernements", a-t-il expliqué. "Ceci est indésirable en principe et l'on ne devrait certes pas permettre que cela se produise par inattention".
Les pays de l'OCDE doivent mener des politiques "comme si c'étaient des questions de développement", a-t-il fait remarquer.
Le premier objectif parmi les huit ODM présentés au Sommet du millénaire en 2000 est la réduction de moitié de la proportion des personnes vivant dans la pauvreté absolue en 2015, comparée à 1990. D'après des estimations des Nations Unies, 1,2 milliard de personnes vivent dans l'extrême pauvreté, avec moins d'un dollar par jour. Atteindre l'objectif fixé ramènerait ce nombre à 890 millions.
Des indicateurs actuels laissent supposer que cet objectif peut être atteint, mais en grande partie grâce à la bonne performance des pays d'Asie et du sud-est asiatique qui ont la plus grande population vivant encore dans la pauvreté.
"L'Afrique reste le continent test pour la communauté des bailleurs", a dit plus tard, à IPS, Manning. Le Bénin, l'Ouganda, et le Mozambique, qui ont enregistré une forte croissance économique, sont sur la bonne voie pour atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté à la date fixée, a-t-il affirmé. Mais l'Afrique dans son ensemble est passée loin derrière.
La croissance en Afrique est lente à cause de petits marchés dans de petits pays, a-t-il indiqué. "Une intégration économique régionale sérieuse fait partie de la réponse".
L'autre partie, c'est de l'assistance, dit-il. Des estimations de la Banque mondiale et d'autres institutions indiquent que 100 milliards de dollars d'aide sont nécessaires pour atteindre les ODM. Mais les flux d'aide actuels s'élèvent à 58 milliards de dollars.
Si toutes les promesses faites par les pays développés à la conférence de Monterrey sur le financement pour le développement à Mexico en 2002 sont honorées, cela ferait entrer environ 75 milliards de dollars, laissant toujours un déficit de 25 milliards de dollars, a observé Manning.
Selon Kalle Laaksonen de l'Institut de recherche économique Pellervo, un groupe d'experts finlandais, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) fournit la base pour plus d'autosuffisance africaine.
Pour lui, une intégration régionale plus étroite augmenterait la taille des marchés africains et attirerait plus d'investisseurs étrangers.
Mais parvenir à l'autosuffisance "implique essentiellement un changement d'attitude et de mentalité", a-t-il expliqué à IPS. "Les Africains doivent parvenir à une étape où la pensée prédominante devient 'nous, Africains, pouvons le faire tout seuls'." Mais les solutions ne sont pas aussi simples que cela, estime le professeur Pertti Haaparanta de l'Ecole d'économie et de gestion commerciale de Helsinki. L'intégration régionale peut signifier enfermer les pays africains dans d'autres régions et leur nuire économiquement, a-t-il dit.
"Les pays africains ne peuvent pas réussir en échangeant entre eux seulement", a indiqué Haaparanta à IPS. Seul l'accès libre aux marchés dans les pays développés peut être la clé de leur succès, a-t-il ajouté.
"Indépendamment du niveau de succès dans l'intégration régionale, les marchés africains ne fourniraient toujours pas suffisamment de recettes à cause du faible pouvoir d'achat de leurs populations et du bas prix des articles", a-t-il estimé. "Mais les riches marchés nordiques proposeraient des prix plus élevés".

