ENVIRONNEMENT-MALAWI: Le piment pousse les éléphants à faire le pied de grue

BLANTYRE, 20 jan (IPS) – Les éléphants et les êtres humains ont de tout temps été à couteaux tirés en Afrique, et le Malawi n'échappe pas à cette règle. Des communautés dans les districts de Machinga et de Balaka, dans le sud du pays, non loin du Parc national Liwonde, ont vu leurs cultures détruites par des éléphants, tandis que certaines personnes ont été piétinées à mort. Ceci a conduit à la construction d'un enclos autour du parc d'une superficie de 538 kilomètres carrés au début des années 90. Toutefois, beaucoup de gens se sont plaints du fait que l'enclos les empêchait de ramasser du bois et d'aller chercher de l'eau à Liwonde, comme ils le faisaient auparavant. Des braconniers, qui attrapaient des poissons et du gibier dans la réserve, se sont également offusqués de la nouvelle barrière, et la clôture a été saccagée.

Ironie du sort, les fils de fer de la clôture étaient utilisés pour faire des pièges en vue d'attraper des animaux.

Quelques années plus tard, la position des communautés autour du parc semble s'être adoucie, et elles se sont associées au gouvernement pour construire un nouvel enclos qui marche à l'énergie solaire. Mais, les villageois explorent également une manière plus novatrice de tenir à distance les éléphants : la culture des plants de piment rouge.

S'exprimant depuis le Parc national Liwonde, Mathias Elisa, un responsable du département Réserves naturelles qui est en charge de l'éducation, a déclaré : "Les observations indiquées durant la production du piment rouge ont révélé que les éléphants continuent se détourner des zones où la …

production est en train d'être faite".

"Les éléphants haïssent l'odeur du piment rouge, notamment lorsque les tiges sont brûlées. Il semble qu'ils … s'éloignent de l'endroit où le piment pousse", a-t-il ajouté.

Le Partenariat dans la gestion durable des ressources naturelles au Malawi, un groupe financé par les Etats-Unis et basé dans la capitale commerciale Blantyre, a sélectionné un certain nombre de communautés à former à la production du piment. Ceci fait suite à des entreprises similaires en Afrique du Sud et au Zimbabwe, où le piment s'est avéré efficace dans la réduction du conflit entre les hommes et les animaux sauvages.

L'Organisation nationale des petits agriculteurs du Malawi a également aidé les villageois en leur montrant comment espacer, transplanter et récolter les plants de piment. En outre, les producteurs ont reçu des informations sur le tri, le stockage et la commercialisation.

Une fois récoltés et triés, les piments sont vendus aux pays européens, notamment la Hollande, l'Espagne et l'Italie où ils sont combinés avec le paprika pour rendre la poudre utilisable dans les saupoudrages de cuisine.

Les archives conservées par le Parc national Liwonde montrent que les ventes de piment pour 2002-2003 ont généré un profit de 1.500 dollars pour les communautés limitrophes, soit environ 28 dollars par ménage. Selon le Rapport sur le développement humain durable des Nations Unies pour 2003, environ 42 pour cent de la population du Malawi vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

D'autres communautés non loin de la réserve se battent maintenant pour prendre part au programme.

"La réponse a été extrêmement réjouissante. A l'heure actuelle, 13 nouveaux clubs (de plantation de piment) ont été créés dans le … district de Machinga", affirme Elisa, qui coordonne les activités du projet piment pour le département faune et flore.

Le club Njahito, du côté est de Liwonde, a été le meilleur élève dans la production de piment l'année dernière. Dix femmes et 19 hommes de cette communauté ont commencé par produire de piments.

Le président du club, Godfrey Mkwate, a déclaré : "Nous sommes ravis de ce projet de production de piments. En dehors des bénéfices à retirer économiquement à travers les ventes, les problèmes d'éléphants détruisant nos cultures et nos biens sont également réduits".

Les responsables du parc espèrent que le projet de production de piment, en plus de faciliter les relations entre éléphants-hommes, réduira les pressions que les locaux continuent d'exercer sur les plantes et les ressources animales de Liwonde. Suite à la demande de bois et d'autres produits, la réserve a déjà été amputée de 10 kilomètres carrés de sa superficie pour satisfaire les besoins des communautés environnantes.