POLITIQUE-LIBERIA: Le délicat processus de désarmement a commencé

MONROVIA, 5 déc (IPS) – La route tortueuse du Liberia vers la paix est entrée dans une phase cruciale cette semaine, lorsque les Nations Unies ont lancé un programme de 15 millions de dollars pour désarmer plus de 40.000 combattants et les réintégrer dans la vie civile.

Des forces de maintien de paix de l'ONU ont commencé à arriver dans le pays durant le mois d'octobre, pour aider à mettre fin à l'une des guerres civiles les plus sanglantes d'Afrique. Le conflit, qui a duré pendant plus de 14 années, a fait plus de 200.000 morts sur les 3,5 millions d'habitants du pays et déplacé des milliers d'autres. Les combats ont même gagné les Etats voisins, déstabilisant la région. Au cours d'une cérémonie qui s'est déroulée dans l'ouest de la capitale, Monrovia, lundi, de hauts responsables gouvernementaux, des chefs de faction, le personnel onusien, des diplomates et le public ont applaudi la destruction symbolique au feu de quelque 300 armes rendues par des forces de l'ancien président exilé, Charles Taylor.

Jacques Paul Klein, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, au Liberia, a fait remarquer que "Ceci est le début de l'ère de la paix au Liberia".

Des unités militaires de Russie, de Chine, d'Ukraine, du Bangladesh, du Pérou, de Jordanie, des Philippines et d'autres nations constitueront la force de maintien de paix forte de 15.000 hommes – actuellement la plus grande au monde – qui supervisera le désarmement.

En outre, 200 observateurs militaires et un millier d'officiers de police internationaux sont en train d'être déployés. La mission onusienne au Liberia (MINUL) opère conformément au "chapitre sept" du mandat de l'ONU, qui autorise l'utilisation de la force pour assurer la paix.

Les combattants incluent des troupes qui ont combattu sous Taylor ainsi que des rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL).

La première phase du programme de désarmement débutera sur trois sites de cantonnement à Monrovia, ainsi que dans le sud-est et l'ouest du Liberia.

Des leaders de chacune des trois factions devraient présenter 1.000 combattants sur ces sites pour le désarmement le 7 décembre. Les armes rendues par les combattants seront détruites.

Après l'exercice de démobilisation, les anciens combattants recevront des subsides pour leur réinstallation dans diverses communautés. L'ONU leur donnera également une formation professionnelle et un emploi temporaire pour faciliter leur retour à la vie civile.

Par ailleurs, les enfants soldats retourneront à l'école. Jacob Nimely, l'un de ces combattants, a exprimé sa joie par rapport au programme de désarmement. "Je veux simplement aller à l'école maintenant et oublier cette affaire de combat", a-t-il dit à IPS.

Le président du gouvernement de transition Gyude Bryant a hâte de voir commencer cette opération. "Nous démontrons aujourd'hui notre engagement à désarmer les combattants et à détruire toutes les armes qui nous ont créé des problèmes incalculables durant des années", a-t-il déclaré.

Le président par intérim du LURD, Chea Doe, a repris ces mots, affirmant que le programme marquait un "nouveau départ" pour le Liberia. Toutefois, il a donné une idée des tensions toujours présentes lorsqu'il a indiqué que tous les postes qui ont été attribués aux factions rivales dans le gouvernement de transition, conformément à l'accord de paix, "devraient être donnés à leurs propriétaires légitimes".

La semaine dernière, les chefs de faction ont réclamé des douzaines de postes dans la nouvelle administration en guise de récompense, pour avoir autorisé leurs combattants à désarmer. Cela a suscité un tollé général, avec un groupe représentatif des organisations de la société civile qui a accusé les leaders de prolonger la souffrance des civils.

Selon le chef du MODEL, Thomas Nimely Yaya, les combattants "sont prêts à désarmer, mais ils ont besoin de programmes d'aide promis par la communauté internationale".

Mais, le représentant de la société civile, Conmany Wesseh, a dit qu'il revenait aux factions rebelles de déposer leurs armes, et non de demander des programmes d'aide. Le désarmement créerait un climat sûr pour que les milliers de déplacés retournent dans leurs villages qui avaient été pillés par les rebelles, a-t-il ajouté.

Charles Taylor est parti en exil il y a quatre mois, après l'arrivée des rebelles dans les périphéries de Monrovia. L'ancien président était lui-même un rebelle sur un point : il a commencé une campagne pour renverser le gouvernement libérien en 1989, et a finalement gagné les élections en 1997.

Toutefois, une nouvelle série de combats a éclaté deux ans plus tard. Alors que le Liberia a été traditionnellement dirigé par des descendants d'esclaves américains affranchis, dont Taylor, des groupes indigènes comme les Krahn et les Mandingo demandent également leur part du pouvoir.

Les Mandingo contrôlent le LURD, alors que le MODEL est dominé par des Krahn.