KINSHASA, 28 nov (IPS) – Près de 200 personnes ont trouvé la mort dans le naufrage d'une embarcation comprenant un tireur et deux baleinières, cette semaine, sur le lac Maïndombe, à 450 kilomètres au nord-est et en amont de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).
Dès que la nouvelle a été connue à Inongo, l'administrateur du territoire a dépêché un bac sur les lieux de la catastrophe, qui a ramené 103 corps inanimés et 222 rescapés. On signalerait également 66 autres corps à Kesenge, la localité où se rendait le bateau. Il y aurait beaucoup de femmes et d'enfants. L'accident se serait produit à quelque 500 mètres du port de débarquement alors que le bateau amorçait déjà les manœuvres d'accostage. Les opérations de sauvetage se déroulent d'une manière assez désordonnée avec les moyens du bord, selon Dr Didier Botange de l'organisation non gouvernementale (ONG) Médecins sans frontières (MSF). "Les secours médicaux appropriés ne sont pas encore arrivés. Nous nous débrouillons comme nous pouvons, avec les élèves d'une école d'infirmiers de Inongo et quelques volontaires de la Croix-Rouge locale complètement débordés". Pour le moment, les éléments de la Croix-Rouge, aidés des élèves infirmiers et de la population locale, se sont attelés à ensevelir les corps des victimes à Inongo. Selon MSF, les corps sont inhumés dans des fosses communes afin de parer à toute éventualité. Le bateau tireur, le HB Dieu Merci, venait de la ville d'Inongo, au sud du lac et se rendait à Kesenge, à mi-parcours vers le nord, quand il a été surpris par une violente tempête. Le navire n'a pas résisté aux coups de boutoirs des vagues qui atteindraient jusqu'à cinq mètres de hauteur, selon une passagère, Bienvenue Mwanku, rescapée de la catastrophe que IPS a pu joindre à partir de Inongo. "Brusquement, nous avons vu les passagers, qui se trouvaient sur une sorte de balcon, nous tomber dessus", a indiqué Mwanku. "Les deux embarcations sont entrées en collision et se sont fracassées. Je n'ai eu la vie sauve qu'en m'agrippant sur un tonneau en plastique vide, avec certains autres passagers". Selon Dr Botange, l'équipage du bateau devait savoir que le mauvais temps est courant pour la saison. Il incrimine également l'état assez vétuste du bateau : "Les baleinières étaient de fabrication artisanale et dataient déjà d'au moins cinq ans. Bien plus, le bateau tireur ne fonctionnait qu'avec un moteur au lieu de deux. Il est donc normal qu'il n'ait pu résister à la violence des vagues", a-t-il expliqué. La nouvelle de la catastrophe – survenue mardi – n'est parvenue à Kinshasa que mercredi dans la soirée, pendant que les ministres du gouvernement tenaient leur réunion hebdomadaire. Aucune mesure n'a encore été prise en guise de compassion pour les victimes de la catastrophe. Cependant, une équipe dirigée par Azarias Ruberwa, vice-président de la République, chargé des questions politiques et de sécurité, composée de Théophile Mbemba, ministre de l'Intérieur et de Cathérine Nzuzi, ministre de la Solidarité et des Affaires humanitaires, devait quitter Kinshasa jeudi pour Inongo afin d'organiser et de superviser les opérations de secours. Le Sénat, pour sa part, a décidé d'annuler sa session de jeudi afin de suivre la situation de près. La Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) a mis des avions de transport à la disposition du gouvernement pour évacuer des victimes qui pourront être soignées à Kinshasa. MSF signale la présence d'un hélicoptère de la MONUC qui effectue de nombreuses navettes entre la localité portuaire de Kesenge et la ville d'Inongo. Quant aux Kinois, ils n'ont plus que leurs yeux pour pleurer à cause du choc provoqué par l'ampleur de la catastrophe. Car une catastrophe ferroviaire a été annoncée encore mercredi matin aux environs de Matadi, dans la province du Bas-Congo. Un train de marchandises a déraillé à trois kilomètres de cette ville portuaire, précipitant deux locomotives dans le fleuve Congo. Un éboulement serait à l'origine du déraillement du train qui a tué cinq membres d'équipage et blessé une dizaine de personnes. Bien qu'il soit encore trop tôt et difficile de connaître l'identité des victimes du naufrage du lac Maïndombe, de nombreuses femmes commerçantes de Kinshasa se sont rendues aux différents ports privés qui desservent les localités de la province de Bandundu et d'où étaient probablement parties certaines de leurs collègues, dans le bateau.
Meurtries moralement, ces femmes levaient les bras au ciel, se demandant pourquoi ceci est arrivé. "Dieu seul sait ce qu'il fait", a déclaré l'une d'elles sur un quai du fleuve Congo. Sa fille était partie pour acheter du manioc dans les environs du lac Maïndombe et elle n'a pas encore donné signe de vie. Le lac Maïndombe et ses alentours constituent une grande mamelle nourricière pour les populations de la ville de Kinshasa. Beaucoup de commerçants, hommes et femmes, s'y rendent pour s'approvisionner en manioc et maïs. Le lac lui-même est très poissonneux.

