POLITIQUE: Le Rwanda 'démocratique' semble résolu à adhérer au bloc régional

NAIROBI, 4 sep (IPS) – Les premières élections multipartites du Rwanda, qui ont été qualifiées de libres et justes, pourraient ouvrir la voie à ce pays d'Afrique centrale pour adhérer au bloc de la Communauté d'Afrique de l'est, selon un responsable gouvernemental. Le responsable, Seth Kamanzi, qui est l'ambassadeur du Rwanda au Kenya, a indiqué à IPS que "le retard dans l'adhésion du Rwanda au bloc est dû au fait qu'il était considéré comme non-démocratique". Les Rwandais sont allés aux élections le 25 août, leurs premières élections multipartites depuis l'indépendance de cette ancienne colonie belge en 1962.

Comme on s'y attendait, les électeurs ont reconduit le président sortant Paul Kagame au pouvoir, avec un étonnant 95 pour cent des votes.

Kagame, un Tutsi, a dirigé les forces rebelles qui ont renversé le gouvernement dominé par les Hutus à Kigali en 1994. Avant de s'emparer du pouvoir, la milice hutu, connue sous le nom de Interahamwe, ou ceux qui combattent ensemble en Kinyarwanda, avait massacré près d'un million de Tutsis et de Hutus modérés dans le pays.

Des critiques disent que les Hutus, qui constituent 84 pour cent de la population rwandaise, ont voté pour Kagame par crainte de représailles.

L'élite Tutsi au pouvoir a toujours regardé du côté du monde anglophone — notamment l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie voisins — où la plupart d'entre eux ont passé leur vie dans des camps de réfugiés entre 1959 et 1994.

Alors qu'ils étaient en exil, plusieurs d'entre eux, qui étaient assez grands comme Kagame, ont assisté à la naissance de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) en 1967 et à sa disparition en 1977 à cause des différences idéologiques. C'était au plus fort de la Guerre froide. La Communauté de l'Afrique de l'est a été rétablie, suite à un traité signé par le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, en novembre 1999. Son objectif premier est de promouvoir la coopération au sein des Etats membres en mettant en place une union douanière, une monnaie commune et, finalement, une union politique.

"Le Rwanda a toutes les qualifications requises pour être membre de la communauté, y compris la démocratie qui a été affichée durant les élections du 25 août", affirme l'ambassadeur Kamanzi.

Le Rwanda, un pays francophone, a demandé à adhérer à la Communauté de l'Afrique de l'est en 1997, mais sa demande doit encore être approuvée.

Waituru Kiboi, un porte-parole au ministère kényan des Affaires étrangères, a dit à IPS que la demande du Rwanda était en train d'être étudiée par le secrétariat de l'EAC à Arusha, en Tanzanie. "Les trois chefs d'Etat (du Kenya, de la Tanzanie et de l'Ouganda) se rencontreront et examineront son approbation", a-t-il déclaré.

Les présidents Mwai Kibaki du Kenya, Benjamin Mkapa de Tanzanie et Yoweri Museveni d'Ouganda se rencontreront en novembre pour leur sommet annuel, le plus haut organe de décision de l'EAC, pour décider du sort du Rwanda.

Selon Kamanzi, l'admission du Rwanda "signifierait un marché plus vaste pour le bloc de l'EAC".

"Ceci est très important pour le Rwanda parce qu'il est enclavé et dépend fortement des ports kényan et tanzanien de Mombasa et de Dar es Salaam respectivement. Le Rwanda, situé au cœur de l'Afrique, sera également utilisé par d'autres Etats membres de l'EAC comme un point de distribution de produits vers un marché régional plus vaste", poursuit-il.

Le Rwanda, qui est également limitrophe de la République démocratique du Congo (RDC) et du Burundi, bénéficie d'importants échanges commerciaux avec les pays de l'EAC. Le Kenya est le principal partenaire commercial du Rwanda, représentant 73 pour cent de ses importations. Près de 46 pour cent des produits du Rwanda sont exportés vers le Kenya.

Pour certains économistes toutefois, autant l'intégration régionale est la bienvenue, autant elle pourrait ne pas être si facile pour les membres de l'EAC qui appartiennent à différents blocs économiques.

John Ocholla de l'Institut des affaires économiques, basé à Nairobi estime qu'elle sera beaucoup plus facile si tous les membres sont représentés sous un bloc. Le Kenya, l'Ouganda et le Rwanda appartiennent au Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (COMESA), tandis que la Tanzanie est membre de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).

Baptista Maramba, un consultant économique à Nairobi, ne voit aucun mal à faire partie de plus d'un bloc régional. "Ce qui importe est comment ils profiteront les uns des autres", soutient-il.

Le Rwanda, avec une superficie de 27.000 km2, est densément peuplé. Et, pour certains, adhérer à la communauté réduirait la pression sur la terre dans le pays, qu'on croit être derrière le génocide de 1994.

La densité de la population rwandaise, d'environ 340 habitants par kilomètre carré, est l'une des plus élevées en Afrique.

Certains analystes ne sont pas toutefois de cet avis. Par exemple, Mutahi Ngunyi, un politologue de renom à Nairobi, déclare : "Je ne vois pas l'adhésion du Rwanda à la communauté réduire la pression sur la terre.

Après tout, bon nombre de Rwandais vivent dans des pays environnants comme le Congo, l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie".

D'autres espèrent cependant bénéficier de l'adhésion au bloc. "Les relations entre le Rwanda et d'autres pays dans la région s'amélioreront..

Il en sera de même pour la performance économique, dont l'effet parviendra peu à peu au citoyen ordinaire. Nos niveaux de vie augmenteront à coup sûr", fait remarquer Saida Saleh, un ressortissant rwandais vivant au Kenya.

Avec un revenu par tête d'habitant d'environ 240 dollars US, le Rwanda est l'un des pays les pauvres au monde. Environ 70 pour cent de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec un dollar par jour, selon la Banque mondiale.