MEDIA-BENIN: 'Journée presse morte' contre des brutalités policières surdes journalistes

COTONOU, 7 avr (IPS) – Les journaux privés du Bénin ne sont pas parus ce lundi pour protester contre des brutalités infligées par la police à quatre journalistes dont le directeur du quotidien 'Le Télégramme', la semaine dernière à Cotonou, la capitale économique béninoise.

Les radios et les télévisions du Bénin ont décidé aussi de manifester leur solidarité à la quinzaine de journaux privés en ne diffusant qu'un service minimum entrecoupé de musique au cours de la journée de lundi. Seul le quotidien gouvernemental, 'La Nation', est paru.

Les associations de journalistes ont prévu également d'organiser, jeudi prochain à Cotonou, des manifestations "visant à préserver l'inviolabilité des rédactions et la liberté de la presse au Bénin".

Selon Agapit Maforikan, président de l'Union des journalistes de la presse privée du Bénin (UJPB), trois journalistes du Télégramme ont été "arrêtés, brutalisés, menottés et conduits au Commissariat central de Cotonou" le 1er avril, sur ordre du directeur général de la police, Raymond Fadonougbo.

Aussitôt informés par le directeur du quotidien, le président de l'UJPB et son homologue de l'Observatoire de déontologie et de l'éthique dans les médias (ODEM), Edouard Loko, se sont rendus à la police pour tenter d'obtenir la libération des trois confrères arrêtés. Mais selon Maforikan, le directeur général de la police a exigé d'abord la présence du directeur du journal 'Le Télégramme', Etienne Houessou. Les présidents de l'UJPB et de l'ODEM ont pris l'engagement de faire venir Houessou à la police, mais contre la garantie qu'aucune violence ne s'exercerait sur lui. Malheureusement, à leur grande surprise, dès que Houessou s'est présenté à la police, il a été emmené sans ménagement et brutalisé avant d'être enfermé quelques heures dans une cellule. "Pire, le directeur général de la police s'est permis de lui porter des coups", a précisé Maforikan de l'UJPB au cours d'une conférence de presse à Cotonou. Mais les quatre confrères ont été remis en liberté après une rencontre houleuse entre la direction de la police et les deux responsables d'associations de journalistes. Fadonougbo a déclaré qu'il avait fait interpeller les quatre journalistes pour "injures, menaces et récidive" dans leur journal. Il a invité l'Observatoire de déontologie et de l'éthique dans les médias "à discipliner les journalistes, notamment le directeur du Télégramme qui, selon lui, ne cesse, à chaque parution, d'attaquer la police qui, après tout, est une institution à respecter". Les présidents de l'UJPB et de l'ODEM ont répliqué que même s'ils reconnaissent que leur confrère du Télégramme "n'a pas respecté les règles de la professionà, la police ne doit, en aucun cas, perpétrer des actes d'agression sur la personne des journalistes". Maforikan reconnaît que "Le Télégramme a fait une série de publications ayant pour cible le directeur général de la police" et un de ses collaborateurs. Ces articles, qualifiés "d'attaques personnelles et d'injures répétées" par les dirigeants de la police, "ont créé entre la hiérarchie de la police et le journal une ambiance malsaine d'attaques et de menaces", explique-t-il.

Cependant, le président de l'UJPB réagit : "Nous sommes dans un Etat de droit et on ne peut pas violenter un journaliste pour ses publications".

Selon Maforikan, "il y a lieu de condamner sans réserve le comportement déplorable du directeur général de la police qui a tenté de se faire justice, utilisant la force en sa possession". "En effet, selon les lois en vigueur (au Bénin), il n'y a pas de détention préventive pour délit de presse", a-t-il ajouté. De son côté, Soumaïla Mama, président de l'Association des journalistes du Bénin (AJB), a publié une déclaration qui "condamne avec énergie ces actes barbares qui relèvent d'une autre époque et qui jettent le discrédit sur la presse nationale en particulier et sur la démocratie béninoise en général". Selon l'AJB, "tout en reconnaissant que nos confrères en question ont commis des atteintes à la déontologie", elles "ne peuvent justifier, en aucune manière, les agressions et voies de faits perpétrés par des éléments de forces de sécurité publique dont le comportement, en cette occasion, s'assimile ni plus ni moins à de véritables violations des droits de l'Homme". Les associations de journalistes ont demandé aux quatre journalistes de porter plainte contre le directeur général de la police pour "agression, voies de faits et violation de la loi".

Cette affaire a provoqué une indignation générale dans le pays, même si les gens déclarent ne pas toujours approuver les "écrits injurieux et diffamatoires" de nombreux jeunes journalistes qui n'ont aucune formation professionnelle de base. Le député Assouman Aboudou estime que le directeur général de la police, "qui connaît le droit et la loi, devrait contrôler sa colère et porter plainte contre le journal incriminé". Pour Antoine Ayivi, chef du quartier Donaten à Cotonou, "les journalistes ont raison de protester, sinon, les policiers finiront par brutaliser tout le monde sans discernement". L'année dernière, le premier indicateur de la liberté de presse dans le monde, avait été établi par l'organisation de protection et de droits de la presse, Reporters sans frontières (RSF), basée à Paris. Sur un total de 139 pays, dont un grand nombre d'Etats africains, le Bénin avait occupé la 21ème place et le premier rang en Afrique. L'indicateur de la liberté de presse était basé sur des conclusions tirées de la période comprise entre septembre 2001 et octobre 2002.