ENVIRONNEMENT-MALI: Les déchets constituent un danger, mais aussi une source de revenus pour des pauvres

BAMAKO, 13 août (IPS) – Sur la quasi-totalité de la cinquantaine de dépôts d'ordures ménagères que compte le district de Bamako, la capitale du Mali, se trouvent des chiffonniers qui exploitent les détritus à des fins commerciales pour survivre.

Les 50 dépôts constituent des collectes de transit d'ordures ménagères pour une décharge finale plus éloignée de 757.200 mètres cubes d'ordures soit, 30.000 mètres cubes en moyenne par mois. Ce sont ces tonnes de déchets qui constituent le fonds de commerce, du moins le revenu pour de nombreux foyers pauvres.

Les "exploitants des ordures" ne font pas bon ménage avec les services de voirie. Mais le phénomène demeure et se propage davantage à cause de la pauvreté. "L'insalubrité à Bamako est un casse-tête… La ville est sale et même trop sale. Cette situation a donné naissance à un phénomène nouveau, celui des exploitants des ordures. Loin de nous réjouir, ce phénomène doit au contraire nous interpeller sur notre manière de vivre et sur les dangers que cela représente sur l'environnement et sur la société", a déclaré le maire du district de Bamako, Ibrahima N'diaye.

N'diaye s'adressait aux militants de la branche malienne du Réseau ouest-africain d'animation civique, SOS-Civisme, au cours d'une conférence récente à Bamako, portant sur le thème : "La problématique de l'assainissement et de la salubrité".

Selon le maire du district de Bamako, la pauvreté est à la base de ce phénomène. Le seuil de pauvreté, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), est estimé à 103.130 francs CFA (environ 157 dollars US) par an au Mali.

Plus de la majorité de la population malienne vit en dessous du seuil de pauvreté, soit 69 pour cent dont 76 pour cent en milieu rural et 36,3 pour cent en milieu urbain. La dette extérieure du Mali était de 3,084 milliards de dollars US en 2000, selon un document de la Banque mondiale (2002). Le pays compte environ 10 millions d'habitants.

Selon le directeur général de la Direction des services d'urbanisme, de voirie et d'assainissement, Hamidou Berthé, sur chaque dépôt d'ordures, on trouve environ dix personnes. Ce qui fait une moyenne de 250 personnes sur les 50 dépôts répertoriés.

Appelés ironiquement "exploitants des ordures", ils sont officiellement reconnus comme chiffonniers. Ce sont le plus souvent de personnes en détresse : des femmes sans foyer, des vieillards, mais aussi de jeunes délinquants en rupture avec la société et qui se livrent à d'autres activités pendant la nuit, indique Berthé. Les chiffonniers ont tous en commun un statut de Sans domicile fixe (SDF). Selon Berthé, chaque chiffonnier a une ou deux "spécialités". Certains s'intéressent aux morceaux de charbons, d'autres aux bois ou aux boîtes de conserves et aux bouteilles. D'autres encore se sont spécialisés dans la recherche de bijoux (en or ou en argent) égarés parfois dans les ordures domestiques.

A la question de savoir pourquoi vous tolérez leur présence sur les dépôts, Berthé répond, sourire aux lèvres : "Nous avons usé de tous les moyens pour les faire déguerpir, mais en vain. Ils résistent et s'adaptent à toutes les situations".

Mais Berthé a oublié d'ajouter que les chiffonniers sont beaucoup organisés. Au cours d'une visite sur l'un des plus grands dépôts de la ville, dans le quartier périphérique de Faladié, IPS a rencontré le chef de file des chiffonniers de ce site, Hawa Dramé, plus connue sous le nom de "Madame déchets". Quarante ans environ et mère de quatre enfants, elle est veuve depuis une dizaine d'années. Dramé est venue en 1991 de San, dans la région de Ségou, située au à 410 kilomètres au nord-est de Bamako. Son fils, le plus jeune des enfants, est décédé en 1993 et deux de ses filles font des métiers d'aides ménagères domestiques, tandis que la troisième est récupérée par une tante. La vie de chiffonnière de Dramé a commencé à la suite du décès de son mari. En refusant de se remarier avec le frère aîné de son défunt mari, elle a été excommuniée. Sans espoir, elle a pris ses enfants pour venir à Bamako où elle ne connaît personne. Une fois arrivée dans la capitale, elle a élu domicile à l'entrée de la ville, sur ce dépôt. Et depuis, elle y règne en maîtresse des lieux. Elle fait partie aujourd'hui des précurseurs du chiffonnage au Mali. Elle s'en réjouit : "Dieu merci. Grâce à cette activité, je gagne ma vie. Je gagne 500 à 1.000 FCFA par jour (environ 0,7 dollar US à 1,5 dollar US). De temps en temps, certaines industries nous font la commande de vieilles chaussures en plastique". Une unité industrielle de la place, Fofy-Industrie, que IPS a contactée a confirmé les faits. Le directeur commercial, Issa Traoré, indique que de temps en temps, ils font des commandes de vieilles chaussures auprès des chiffonniers à raison de 10.000 FCFA le sac (environ 15 dollars US).

Pour Berthé, ce genre d'activités a un impact négatif sur celles de la voirie en ce sens que les chiffonniers ratissent et dispersent les ordures, même s'il reconnaît, par ailleurs, qu'ils réduisent la masse des déchets à enfouir.

La technique utilisée au Mali est l'enfouissement des ordures à travers des décharges contrôlées et compactées. Le district de Bamako a deux sites : Noumoubougou à 40 km à l'est de Bamako, avec une superficie de 50 hectares, et Dialakorobougou, à 35 km au nord-est de la capitale, avec 45 hectares. Mais cette technique ne préserve pas de la pollution, selon les militants de l'environnement. Le Mali est un pays pauvre et la mairie du district de Bamako a des ressources limitées pour face à l'immensité de la tâche. Elle investit pourtant chaque année 900 millions de FCFA (environ 1,353 million de dollars US), soit le tiers de son budget, pour l'entretien et l'assainissement. Ensuite, le parc de toutes les voiries du Mali est vétuste, avec des engins hors normes.