JOHANNESBURG, 7 août (IPS) – Une série de réunions politiques, tenues le mois dernier, a mis en relief le fossé grandissant entre le Congrès national africain (ANC) d'une part, et ses alliés communistes et syndicaux d'autre part.
Le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), qui compte 1,7 million membres, entreprendra une grève générale peu après le Sommet mondial sur un développement durable en septembre pour mettre en lumière une crise de l'emploi et faire pression sur le gouvernement afin qu'il ne privatise pas les "sociétés semi-publiques qui sont importantes pour la classe ouvrière", selon le COSATU.
Le COSATU est la plus grande confédération syndicale de l'Afrique du Sud.
A son dernier congrès tenu il y a deux week-ends, le Parti communiste sud-africain a décidé d'apporter tout son soutien à l'appel du COSATU.
"Nous n'aimons pas la privatisation. Un point, c'est tout", déclare le secrétaire général adjoint du parti, Jeremy Cronin. Etant donné que des négociations assidues avec les syndicalistes et les communistes avaient enregistré un soutien sans enthousiasme au gouvernement dans ses efforts de "restructuration" des sociétés semi-publiques dans les secteurs du transport, de la défense, des télécommunications et du transport aérien, ces négociations pourraient s'enliser avec le durcissement de la positions des syndicalistes.
Les syndicalistes croient que la privatisation est l'une des causes de la crise de l'emploi en Afrique du Sud. Le secrétaire général du COSATU, Zwelinzima Vavi, a révélé deux semaines auparavant que sa fédération avait perdu 65.000 membres à cause des licenciements pour raisons économiques. Et Vavi craint qu'on en laisse davantage de côté, au fur et à mesure que les sociétés semi-publiques sont restructurées pour attirer des soumissionnaires étrangers, soit par des liquidations directes soit par introduction en Bourse.
Faisant remarquer que l'opérateur national des télécommunications, TELKOM, avait coupé 223.300 lignes l'année dernière, il a ajouté : "Les coupures de téléphone sont la conséquence de tarifs locaux inabordables, augmentés par TELKOM pour satisfaire son co-actionnaire stratégique (malais)".
Le taux de chômage officiel d'Afrique du Sud s'élève à 29 pour cent, même si officieusement, il approche 40 pour cent. La différence est attribuée au fait que les statistiques officielles ne prennent pas en compte "les chercheurs d'emploi découragés" ni les gens qui n'ont pas cherché d'emploi au cours des quatre semaines ayant précédé l'étude sur le chômage.
"Nous devons nous lever et dire trop, c'est trop", déclare Vavi au congrès des communistes. "Vous devez tenir compte de nos difficultés et si vous ne voulez pas le faire, nous vous y forcerons".
A Pretoria, la capitale de l'Afrique du Sud, cette même semaine, le président Thabo Mbeki a fait une description très différente de l'économie sud-africaine. Il a attiré l'attention sur un rapport récent du Fonds monétaire international (FMI) qui a fait l'éloge de la gestion économique de l'Afrique du Sud, contestant le fait qu'elle souffrait d'un "accroissement du taux de chômage", là où il y a une croissance économique moyenne de 2,5 pour cent par an. Mais cette croissance ne crée pas suffisamment d'emplois pour régler le problème de chômage.
"Je ne serais pas d'accord que l'économie sud-africaine est une économie de croissance sans emplois", affirme-t-il, faisant remarquer que les journaux regorgent d'offres d'emploi.
Selon les analystes du marché, il y a des demandes d'emploi en Afrique du Sud, mais c'est surtout en amont du marché, où l'émigration et le besoin accru dans la fonction publique ont créé des insuffisances dans les secteurs de gestion, de l'ingénierie et de la technologie de l'information.
Selon Mbeki, une grève n'est pas nécessaire puisque le Conseil des ministres est en train de mettre la dernière main à une stratégie de l'emploi et qu'un plan national pour les compétences commence à porter des fruits. Mais avec les prix de la nourriture montant en flèche et l'inflation galopante, la tension politique est élevée alors que les gens perdent patience.
En plus de la campagne contre la privatisation, le COSATU s'attaque également aux sociétés alimentaires et au secteur agricole, se plaignant du fait que les prix du maïs – un aliment de base – était fixé sur la base des prix des matières premières fixés au plan international, bien que l'Afrique du Sud ne soit pas importatrice mais auto-suffisante.
Le COSATU se rapproche de plus en plus des mouvements sociaux qui deviennent une force avec laquelle il faut compter. Ceci marque un regroupement important des forces politiques en Afrique du Sud et retrace les barrières entre les classes.
La fédération est, par exemple, dans une alliance tactique avec la Treatment Action Campaign, une organisation de masse faisant pression pour que le gouvernement élargisse l'accès aux médicaments anti-SIDA qui sauvent la vie aux porteurs du VIH/SIDA.
Par ailleurs, la fédération tient compte du nombre croissant des mouvements populaires qui font pression pour diverses questions dont la réforme agraire et l'électricité gratuite à la base.
Le COSATU a fait savoir au Parti communiste sud-africain qu'il avait besoin de reconquérir son espace politique. "Trop souvent, nous avons laissé l'espace à d'autres organisations et mouvements pour combattre en faveur de l'intérêt des pauvres, y compris les coupures d'électricité, les expulsions et la non-possession de terre", ajoute Vavi.

