DROITS DE L'HOMME: Une Exciseuse Malienne Condamnée A Huit Ans De Prison

PARIS, 17 fév. (IPS) – Une exciseuse malienne a été condamnée
mardi à
Paris, à 8 ans de prison ferme, pour avoir mutilé 48 fillettes.

Hawa Gréou, 52 ans, comparaissait depuis le 2 février dernier,
ainsi que
26 autres femmes, les mères des victimes, devant la Cour
d'assises de Paris
pour "violences volontaires commises sur des mineures de
quinze ans ayant
entraîné une mutilation ".
Les mères des filles excisées, écopent des peines allant de 2 à
cinq ans de
prison avec sursis.
Hawa Gréou avait été traduite en justice par Mariatou, 24 ans,
étudiante
en droit, qui avait déposé une plainte auprès d'un magistrat
parisien
contre sa mère et l'exciseuse qui s'apprêtaient à mutiler sa
jeune cadette.
Mariatou avait elle-même connu le même sort à l'âge de huit
ans.
Hawa Gréou est une récidiviste, car elle avait été condamnée
une première
fois en 1994 à un an de prison avec sursis. Les parents des
enfants mutilés
avaient été acquittés. Des associations et des familles
adoptives avaient
jugé le verdict mou et dénonçaient ce qu'elles appelèrent alors
: le "
permis d'exciser " en France.
Pour attendrir la cour, les accusées s'étaient appuyées sur
l'argument
selon lequel elles ne savaient pas que la pratique était
interdite en France.
La liberté recouvrée, "mama Gréou ", le petit nom affectueux
de
l'exciseuse dans la communauté malienne de Paris, a continué la
pratique,
sans se douter que la juge d'instruction, Danielle Ringeot,
poursuivait
l'enquête.
Cette longue enquête avait débouché sur la mise sur écoute des
conversations
téléphoniques de " mama Greou". Les relevés d'appels ont
montré que des
parents maliens, dont certains avaient été acquittés en 1994,
ont continué à
faire appel à ses services pour d'autres enfants.
Les écoutes rapportent aussi qu'à une maman qui manifestait
quelque
peur par rapport à la présence de policiers dans les environs
du
quartiers de l'exciseuse, celle-ci avait répondu : "C'est vrai.
La vie
n'est plus ce qu'elle était. Mais rassure-toi, les flics sont là
surtout
pour les problèmes de drogue".
A une autre, elle dit : " le voisinage m'inquiète un peu. Je
crois qu'il
faut attendre. Il paraît que la période favorable reste les
vacances. Les
blancs ne sont plus là. "
L'argument avancé en 1994, à savoir : " nous ne savions pas
que c'était
interdit", n'a pas cette fois pu attendrir les jurés. La
Malienne écope
de huit ans de prison ferme. Mais elle pourrait bénéficier d'une
libération
anticipée puisqu'elle a déjà purgé près de la moitié de sa
peine.
Les chances de sursis ou d'acquittement étaient si minces que
lors des
perquisitions effectuées au domicile de "mama Gréou", des
rasoirs à main,
des lames usagées, du coton, des compresses, des solutions
antiseptiques et
des pommades cicatrisantes avaient été retrouvés. Elle a reconnu
devant la
Cour que ces objets servaient pour son travail d'exciseuse.
Durant sa plaidoirie, Me Chevais, l'avocat de Hawa Gréou, a
déclaré qu'il
redoutait de voir sa cliente transformée en bouc émissaire.
"J'ai l'impression qu'on est en train de faire le procès de
l'excision en
France et qu'elle payera pour toutes. Les mères qui l'entourent
au box
sont autant coupables, mais elles sont moins sur la sellette ",
affirme-t-il.
Lors de son audition, Hawa Gréou a voulu faire amande honorable.
" Je suis une bonne musulmane et je demande à ceux qui sont
ici de me
pardonner si j'ai fait du mal. Dans mon pays, l'excision est
une tradition.
Mais à un moment donné, il faut savoir abandonner certaines
coutumes. Je
pense que maintenant j'ai compris ", a-t-elle dit.
Au-delà de son repentir, Hawa Gréou a tenu à expliquer à la Cour
qu'au
Mali, elle est de la caste des forgerons et que de ce fait son
rôle est
d'être au service des autres, de les aider.
" Chaque famille noble de mon pays a à son service, un forgeron
".
Cependant, loin de rendre un simple service à ses compatriotes,
Mama Gréou
tirait aussi ses revenus de cette pratique, puisqu'une
excision était
facturée entre 140 et 500 Francs Français.
En plus de la communauté malienne, les familles sénégalaises et
mauritaniennes ont eu constamment recours à elle. L'accusation
parle de
plusieurs centaines d'excisions depuis 1994 en insistant sur le
fait que
nombre de familles des communautés qui ont fait appel à
l'exciseuse, sont
polygames.
L'excision est une pratique coutumière répandue dans nombre de
pays
africains et qui consiste à faire une ablation du clitoris voire
des grandes
lèvres chez la petite fille, faute de quoi, dit-on, elle ne
pourrait trouver
un mari.
Avec l'évolution récente du droit des enfants et des femmes,
cette pratique
est décriée et traitée comme crime dans les législations de
certains pays à
l'instar de la France.
Les premiers procès pour excision ont eu lieu en France au début
des années
80. Mais c'est depuis 1984 que cette pratique est qualifiée de
crime et est
passible de la Cour d'assises. En 1993, la France a condamné
pour la
première fois, une mère à un an et demi de prison ferme. Mais
la peine
infligée à Gréou est de loin la plus lourde jamais prononcée
contre la
pratique de l'excision dans le monde.
Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), près
de 130
millions de jeunes filles restent exposées à cette pratique en
Afrique. A ce
jour, seuls le Burkina Faso et le Sénégal l'ont légalement
interdite.
Les activistes pensent qu'un gros travail de sensibilisation
doit encore
être fait auprès des populations, notamment les chefs
coutumiers.