AFRIQUE-FINANCES: Le Nord Obtient plus de voix sur les fonds de développement.

ABIDJA, 02 juin (IPS) – Les membres occidentaux de la Banque
africaine de
développement (BAD) auront désormais une plus grande influence sur
l'institution, à la suite des changements intervenus dans ses
règles
électorales lors de la réunion du conseil des gouverneurs de
cette année-ci.

Les gouverneurs ont clôturé leur réunion annuelle vendredi
dernier, et ils
ont convenu que les grandes décisions de la banque devront
désormais être
approuvées par 70 pour cent de ses directeurs et soutenus par au
moins deux
directeurs non régionaux qui bénéficieront du droit de veto.
Ces décisions étaient, jusqu'à présent, prises sur la base d'une
simple
majorité des directeurs.
La nouvelle donne fait suite à la pression des membres non
régionaux de la
BAD qui avaient menacé de ne pas contribuer à un projet
d'augmentation des
capitaux du groupe bancaire, à moins de bénéficier d'une plus
grande
influence dans le processus de prise de décision.
Le changement des règles a favorisé l'approbation d'une
augmentation de 35
pour cent des capitaux.
"Nous sommes parvenus à ce nouvel accord dans un esprit de
partenariat.
Personne n'est perdant. La banque a gagné", a déclaré le ministre
nigérian
des finances, Chief Anthony Ani.
Grâce au soutien de la Libye et de l'Egypte, Ani s'était
initialement opposé
à l'octroi de plus grands avantages aux membres non régionaux
qu'il avait
accusé de faire usage de tactiques d'intimidation car ils avaient
le
sentiment que les pauvres n'avaient pas de droits. "Le nouvel
accord
maintient, cependant, la dignité et le respect des membres
africains de la
banque", a-t-il dit.
Philippe de Fontaine, représentant de la France au conseil de
gestion de la
BAD, a affirmé que ce compromis qu'il a éminemment aidé à trouver
était "un
moyen de sauver la face car les membres régionaux et non régionaux
n'avaient
pas le choix".
La BAD, la plus grande institution au service du développement
africain, est
une banque régionale multilatérale dont les membres sont les 53
nations
africaines plus 24 pays d'Asie, d'Europe, d'Amérique du sud et du
nord.
Chaque membre a un représentant au conseil de gestion.
Créée en 1963 par l'Organisation de l'unité africaine (OUA),
l'institution
dont le siège est à Abidjan comprend la Banque africaine de
développement
(BAD) elle-même, le Fonds africain de développement (FAD) et le
Nigeria
Trust Fund (NTF).
Avec un capital initial de 250 millions de dollars, le groupe est
devenu une
grande institution de 33 milliards de dollars qui a accordé des
prêts, des
subventions, des investissements et de l'assistance technique
d'une valeur
de plus de 35 milliards de dollars aux différentes nations
africaines.
Elle a été minée au début des années 1990 par la mauvaise gestion
et la
corruption, qui ont fait passer l'encours des dettes contractées
auprès
d'elle à 8,9 milliards de dollars en 1994.
Cependant, un grand sursaut intervenu entre 1994 et 1996 a
amélioré sa
situation, rapporte la banque. L'encours des dettes a chuté de 8,4
milliards
de dollars en 1996 à 7,38 milliards de dollars l'année dernière.
En outre, le revenu net de la BAD en 1997 s'est élevé à 116,96
millions UA,
soit une hausse de 13 pour cent par rapport à 1996.
1 UA équivaut à 1,34925 dollars US
Selon le président de la banque, Omar Kabbaj, l'approbation de
l'augmentation du capital de la BAD enverra des signaux forts aux
institutions financières internationales, témoignant comme quoi
la banque
est désormais en meilleure posture.
"Nous sommes satisfaits du résultat de la réunion annuelle de
cette année
car pour la première fois dans notre histoire, il n'y a pas eu
beaucoup de
contestation", a-t-il signalé.