CAMEROUN: Mise en place tardive d'un plan de gestion des catastrophes.

YAOUNDE, 14 mars (IPS) – Un mois aprhs l'incendie qui a co{ti la
vie ` environ 150 personnes ` Yaoundi, les autoritis camerounaises
aff{tent leurs armes pour la privention des catastrophes. Un
dicret portant organisation des plans et secours d'urgence en cas
de catastrophe a iti pris ricemment par le chef de l'Etat, Paul
Biya. Mais les camerounais pensent que cette mesure est bien
tardive.

Le dicret prisidentiel difini le plan d'urgence comme itant "
l'ensemble des mesures d'intervention rapide qui doivent jtre
pris pour faire face ` des catastrophes ou ` des risques majeurs
survenant sur l'itendue du territoire camerounais". Le plan
d'urgence ne peut jtre diclenchi que lorsque l'autoriti compitente
est en possession des renseignements s{rs, ne donnant lieu ` aucun
doute, sur la nature et l'ampleur de la catastrophe, pricise le
dicret.
La diffusion de l'alerte, l'engagement immidiat des secours
d'urgence, l'information des autoritis hiirarchiques, la
mobilisation des moyens humains, matiriels et financiers
nicessaires et la convocation immidiate du comiti de crise et
d'information constituent les premihres actions ` prendre.
Le mjme dicret prisidentiel institue les comitis de crise tant au
niveau dipartemental, provincial que national. Ils se riunissent
d'office en cas de catastrophe et ont pour mission de coordonner
les actions de secours publics, de diriger les opirations sur le
lieu du sinistre. Les comitis diterminent ensuite les besoins en
aide et en assistance humaine, matirielle et financihre ` digager
par les pouvoirs publics, les organisations internationales
publiques ou privies.
Le comiti de crise est composi de 15 membres, presque tous des
ministres ou hauts responsables de la sicuriti publique, `
l'exception du prisident de la section nationale de la Croix
rouge. La prisidence dudit comiti, est assurie par le secritaire
giniral de la Prisidence de la Ripublique. Les ressources dont il
dispose pour intervenir en cas de catastrophe ou de risque majeur
proviennent des dotations inscrites annuellement au budget de
l'Etat, des subventions publiques, des aides et contributions
publiques ou privies de toute nature. Les fonds sont versis dans
un compte ouvert auprhs d'une banque agriie.
Ces mesures ont iti prises aprhs une campagne de sensibilisation
intense dans les journaux, au lendemain de la catastrophe tragique
de Nsam, un quartier populeux de Yaoundi, la capitale
camerounaise.
Le 14 fivrier dernier, deux citernes de la Sociiti camerounaise
de diptts pitroliers (SCDP) itaient tombies des wagons de la Rigie
Nationale des Chemins de fers. C'itait une occasion pour les
populations d'accourir pour se ravitailler en essence. Dans la
foulie, un homme aurait provoqui l'incendie en claquant une
b{chette d'allumettes, rapportent les timoins.
Le feu a alors envahi les lieux, faisant sur-le-champ prhs de 62
morts dont 35 non identifiis. Aujourd'hui, le bilan du ministhre
de la Santi affiche 150 morts.
Le choc qui a suivi cette catastrophe est encore visible chez les
populations camerounaises. Certains observateurs pensent que cette
catastrophe aurait pu jtre ivitie si les mesures prises
aujourd'hui existaient dij`.
"La gestion des risques est un iliment important de la politique
de tout pays et leur privision est essentielle", fait remarquer
Dr.Georges R. Tadonki, urbaniste, professeur d'universiti, dans
une interview accordie au journal privi "Le Messager".
" Girer c'est privoir. Comment ne pas s'alarmer alors qu'`
chaque catastrophe qui frappe le Cameroun, la surprise est
toujours prisente ?", a dit Tadonki qui ajoute que la gestion des
catastrophes au Cameroun est caractirisie par une impriparation
chronique, avec des moyens limitis, ipars et mal contrtlis".
Bien que le dicret n'aie pas iti signi plus ttt pour privoir les
catastrophes, l'opinion semble s'en rijouir. " Vaux mieux tard
que jamais", confie un midecin qui esphre qu'on appliquera ` la
lettre les mesures priconisies, en temps opportun. " Il est
ivident qu'avec de telles dispositions, les digbts seront
limitis", pense-t-il.
Mais certains semblent peu convaincus de l'efficaciti de ce plan
d'urgence et de secours.
" On ne mesure l'efficaciti d'une structure que par des preuves,
mais aussi par sa capaciti ` privoir. En plus, une structure ne
vaut que par les hommes qui l'animent. La prisence du prisident de
la croix rouge peut cridibiliser une telle structure dans une
certaine mesure", a affirmi Thiophile Yimgaing Moyo, architecte.
Le Cameroun n'est pas ` sa premihre catastrophe. De 1983 ` 1998,
plus d'une dizaine de catastrophes majeures ont endeuilli le
Cameroun. La plus imouvante et la plus meurtrihre reste la
catastrophe naturelle du lac Nyos, dans le Nord-ouest, lorsque des
gaz toxiques se sont ichappis de l'itendue d'eau, provoquant
ainsi la mort de 1746 personnes et de prhs de 8000 animaux, dans
la nuit du 21 au 22 ao{t 1986.
" Jusqu'ici, le rigime de Yaoundi a iti un rigime de
catastrophes, ne prenant aucune disposition pour iviter le pire.
Maintenant qu'il y a des mesures, je prifhre dire que l'on jugera
le travail sur le terrain", diclare Hilaire Tsudjo Kanga,
secritaire giniral de "Conscience Africaine", une ONG de difense
des droits de l'homme, basie ` Yaoundi.