MIDRAND, 13 oct (IPS) – L'Union africaine doit prendre l'initiative en aidant la Libye à parvenir à la paix et à former un gouvernement d'union entre les forces pro-Kadhafi et le Conseil national de transition, puisque cela – et pas une intervention étrangère – balisera le chemin pour la paix et la stabilité dans le pays.
Le Parlement panafricain (PAP) – l'organe législatif de l'Union africaine (UA) – a adopté, mercredi à Midrand, en Afrique du Sud, cette recommandation après avoir entendu un rapport sur la façon dont l'intervention militaire étrangère en Libye a occasionné des victimes parmi les civils ainsi que des destructions d'infrastructures qui menacent l'avenir du pays. Le parlement se réunit ici du 3 au 14 octobre pour la cinquième session ordinaire de la deuxième législature.
“Il est impératif que les citoyens libyens décident démocratiquement de leur avenir”, a déclaré Chief Fortune Charumbira, du Zimbabwe, un membre du PAP. Charumbira a dirigé une délégation d’information autorisée par le PAP à Tripoli, la capitale libyenne, après les protestations relatives aux interventions armées de l'Organisation du traité Atlantique Nord (OTAN) dans ce pays d’Afrique du nord, qui ont conduit à la chute de son leader, Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, et la création du Conseil national de transition (CNT) comme un organe dirigeant provisoire.
Présentant le rapport de la délégation devant le PAP, Charumbira a appelé à la cessation immédiate de la guerre en Libye et a recommandé que le pays demeure un Etat souverain avec à la fois le CNT et les forces pro-Kadhafi travaillant ensemble. Il a indiqué que l'UA devrait prendre l'initiative en aidant la Libye à aller vers une solution pacifique.
Le rapport note que la situation sur le terrain se dégradait chaque jour des deux côtés. “Aujourd'hui, les Libyens se battent et tuent les Libyens. Cela peut être considéré comme une guerre civile. Les propriétés privées et publiques, y compris des blocs administratifs, ont été détruites. Des Africains noirs sont en train d'être pris pour des mercenaires et sont torturés et tués”, a souligné Charumbira.
“Le fait est que l'OTAN est passée à côté de l'objectif du Conseil de sécurité des Nations Unies de protéger les civils; elle a plutôt tué des centaines de milliers de civils dans ses frappes”, a affirmé Charumbira.
Ahmed Reza Issack de Maurice, un membre du PAP, qui a accompagné la délégation en Libye, a confié à IPS que “la peur là-bas est palpable”.
“Ce qui se passe aujourd'hui en Libye, c’est ce qui s’est produit en Irak et en Afghanistan. Là où il y a une intervention étrangère, il y a un désastre. En Tunisie et en Egypte, le peuple s’est levé lui-même. Il n'avait pas besoin d'une intervention étrangère”.
“Nous devons laisser le pays à son propre peuple. La Libye aux Libyens. Les raids de l'OTAN ont conduit à une grande insécurité. Nous avons rencontré une mère qui a perdu sa fille qui était si blessée par les bombardements qu'elle est morte de problème cardiaque pendant qu’elle s’était cachée dans les toilettes”, a déclaré Issack.
Charumbira a ajouté que l’UA avait besoin d’une approche unifiée. “C’est, cependant, une grande préoccupation que malgré les défis énormes auxquels le continent africain est confronté, l'UA manque d'une approche unifiée aux problèmes qui affectent le continent”, a indiqué Charumbira.
Il se référait au fait que l'UA avait mis du temps pour reconnaître le CNT comme l'autorité légitime en Libye, au siège des Nations Unies à New York, seulement après que des Etats africains l’avaient déjà fait, et malgré la première résolution de l'UA selon laquelle ils n'accepteraient le CNT qu’après sa formation en tant que gouvernement de transition inclusif.

