COTONOU, 11 oct (IPS) – Samuel Agossou, un jeune éleveur de lapins au Bénin, affirme que des politiques gouvernementales incitatives pourraient encourager les jeunes à créer des emplois pour eux-mêmes, notamment dans l’agriculture, mais aussi pour d’autres jeunes dans les zones rurales à travers le monde.
Agossou estime que «les politiques des pays africains doivent aller dans le sens du renforcement des capacités des jeunes à être à la base de la création de leur propres emplois, particulièrement dans les milieux ruraux où il n’existe véritablement pas d’écoles ni d’entreprises».
C’est pour sonder les possibilités de la jeunesse à générer le développement de l’Afrique et du monde qu’une soixantaine de jeunes venus de différents pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie se retrouvent du 10 au 13 octobre à Cotonou, la capitale économique du Bénin, dans une foire co-organisée par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le gouvernement béninois. Le thème de la foire est «Jeunes entrepreneurs – moteurs de changement».
Présent à cette foire devant son stand dans lequel il expose les produits de son clapier initié depuis 2002, Agossou a indiqué à IPS avoir «commencé avec trois lapins femelles et un lapin mâle. Sept ans plus tard, il en comptait 700.000 têtes, dont la vente du surplus lui a permis d’acheter une maison pour sa famille et de générer de ressources supplémentaires pour ses divers besoins». Dans son élevage, Il emploie aujourd’hui une dizaine d’autres jeunes qui s’occupent essentiellement de rechercher de la nourriture pour les lapins, de nettoyer leurs cages et de leur procurer les soins médicaux nécessaires, pour un salaire moyen de 25 dollars US par mois pour chacun, dit-il à IPS.
Ce sont les moyens financiers qui font souvent défaut à cette jeunesse, a déclaré Pape Samb, directeur de programmes à la Fondation Phelps Stokes, basée aux Etats-Unis, un des partenaires qui appuient le Réseau mondial des jeunes pour l'innovation (RMJI).
«Cette jeunesse, qui en référence aux critères des Nations Unies, se situe dans la tranche d'âge de 15 à 24 ans, correspond au sixième de la population mondiale et vit essentiellement dans les pays sous développés», ajoute Samb.
«En investissant sur les jeunes, ceux-ci créent leurs propres solutions. Nous disons que les jeunes connaissent leurs problèmes, mais ils n'ont pas le soutien qu'il faut réaliser leurs projets», affirme-t-il. Pour sa part, le ministre d’Etat béninois chargé de la Défense nationale Issifou Kogui N’Douro, venu présider l’ouverture officielle de la foire lundi, a déclaré: «C’est là le grand défi de la réalisation du Plan d’actions élaboré à Malabo, capitale de la Guinée Equatoriale par l’Union africaine en faveur de la jeunesse couvrant la période 2009-2018 et qui vise la réduction du chômage jusqu’au plein emploi de la jeunesse dans les pays africains».
Mais selon Ratoejanahary Mirado, présidente de l’association Vonona basée à Madagascar, ne partage pas cette opinion du ministre béninois. Selon elle, «les innovations et la créativité que nous apportons en faveur du développement n’ont pas besoin d’un Plan d’actions international si elles ne peuvent déjà pas être soutenues sur le plan de nos Etats».
«J’ai travaillé une année durant avec ma tante dans son atelier de produits en raphia. J’ai économisé, chaque mois, la moitié de mon salaire. Au bout d’une année, j’ai totalisé l’équivalent de 150 dollars américains avec lesquels j’ai décidé de devenir tisserande pour mon propre compte», affirme-t-elle.
«Six ans après, mes produits en raphia se vendent à travers le monde et j’ai un capital de 3.300 dollars américains dans une jeune association que je dirige et où j’emploie 10 jeunes», ajoute-t-elle.
Pour Charles Feridjini, président de la délégation des jeunes béninois à la foire, «il est possible de venir à bout de la pauvreté qui ronge nos pays si nos gouvernements utilisent réellement le savoir, le savoir faire et la capacité de créer que détiennent les jeunes, surtout dans le monde rural». «La jeunesse est l’avenir du monde. Elle est capable de créer de l’emploi pour elle-même, générer le développement par sa créativité et son savoir faire, surtout dans le milieu rural, à condition que les adultes lui en donnent les moyens nécessaires», affirment plusieurs rapports des Nations Unies relatifs à différentes journées mondiales de la jeunesse.

