NAIROBI, 12 fév (IPS) – Des négociations pour mettre fin au chaos politique au Kenya qui a été déclenché par les élections présidentielles contestées sont entrées lundi dans leur troisième semaine à Nairobi, la capitale, au milieu des rumeurs selon lesquelles un accord pourrait finalement être entrevu.
Les pourparlers, dénommés le 'Dialogue national et la réconciliation du Kenya', sont présidés par l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. L’activiste bien connue des droits de l'enfant Graca Machel et l'ancien président tanzanien Benjamin Mkapa sont en train d'aider à la médiation entre Mwai Kibaki, déclaré vainqueur du scrutin de décembre, et son principal opposant dans le vote — Raila Odinga. Le Parti de l'unité nationale (PNU) de Kibaki et le Mouvement démocratique orange (ODM) de Odinga ont chacun quatre représentants aux négociations.
Plus de 1.000 personnes seraient tuées et environ 300.000 déplacées dans les violences qui ont éclaté après les élections du 27 décembre, que Odinga qualifie de truquées. Des observateurs internationaux ont également exprimé des doutes sur la crédibilité du scrutin.
Dans un point de presse vendredi à Serena Hotel où les pourparlers se tiennent, Annan a déclaré que les négociateurs étaient allés "loin sur la question politique, mais attentent les détails au début de cette semaine". On présume que les représentants de l'ODM ont laissé leur insistance pour que Kibaki démissionne en prélude à l'organisation de nouvelles élections, et que le PNU ne demande plus que les contestations de l'élection soient jugées devant un tribunal. L'ODM avait déclaré que les tribunaux ne rendraient pas un jugement impartial sur les allégations qui entourent les élections. "Au début, notre position était que nous avons gagné les élections et non Kibaki, qu'il devrait démissionner et nous devrions prêter serment. Mais nous ne sommes pas statiques sur ce point. Nous avons l'intention de céder", a indiqué Odinga aux journalistes jeudi dernier. Il est bien possible actuellement qu'il y ait un gouvernement de partage du pouvoir avec Odinga qui devient Premier ministre, un poste qui devrait être créé pour lui puisque ce n'est pas prévu dans la constitution du Kenya.
Selon les propositions de l'ODM, les postes ministériels dans un gouvernement conjoint seraient alloués par rapport au nombre de sièges parlementaires gagnés respectivement par ce parti et le PNU. Suite aux élections législatives, tenues également en décembre, l'ODM détient actuellement 97 sièges dans la législature du Kenya composée de 222 députés, alors que le PNU en détient 43. L'ODM demande également que de nouvelles élections se tiennent dans trois à six mois –- une demande rejetée par le PNU.
On a suggéré que Kibaki et Odinga puissent partager, de façon alternative, le mandat présidentiel de cinq ans, avec Kibaki qui dirige pendant la première moitié du mandat — et Odinga pour l'achever. Annan devra tenir une séance spéciale avec le parlement ce mardi pour l'informer sur l'état des négociations.
L'incapacité de faire des progrès provoquerait sans doute d'autres souffrances pour le pays, où les prix du carburant et des vivres ont déjà augmenté d'environ 30 pour cent. Par ailleurs, les troubles politiques sont survenus au détriment des Etats voisins qui exportent des biens à travers le Kenya, et dépendent des importations de ce pays. Les pourparlers traitent également d'autres questions, notamment les problèmes humanitaires découlant des violences post-électorales.
"Les personnes déplacées à l'intérieur du pays devraient être immédiatement réinstallées. Plus tard, nous pouvons avoir un gouvernement d'unité transitoire pour permettre au parlement de procéder aux amendements constitutionnels dans le but d'organiser de nouvelles élections dans six mois", a déclaré à IPS, Florence Machio, coordinatrice régionale de 'Africa Woman', une organisation non gouvernementale basée à Nairobi.
Le gouvernement a déjà commencé à réinstaller ceux qui ont été chassés de leurs maisons dans les violences.
En outre, le PNU et l'ODM sont tombés d'accord pour installer une commission vérité et réconciliation pour examiner les événements de ces quelques dernières semaines.

