NAIROBI, 13 fév (IPS) – La création d'un gouvernement de partage du pouvoir au Kenya paraissait imminente mardi, après un briefing au parlement dans lequel l'ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a parlé de la possibilité d'une "grande coalition" pour mettre fin à la crise politique du pays. Il a également indiqué qu'un accord était attendu pour la fin de la semaine.
La session extraordinaire du parlement a été convoquée pour informer les législateurs en vue d'accélérer les pourparlers visant à mettre fin à la crise. Annan assure la médiation dans ces discussions, aux côtés de l'activiste des droits de l'enfant Graca Machel — la femme de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela — et l'ancien chef de l'Etat tanzanien Benjamin Mkapa. Les discussions ont commencé vers la fin du mois dernier.
Le Kenya a connu des troubles après une élection présidentielle contestée tenue le 27 décembre. Le leader de l'opposition Raila Odinga a affirmé que le scrutin, qui a retourné le président Mwai Kibaki au pouvoir, a été truqué. Le scrutin a été également mis en doute par des observateurs internationaux.
"De grandes coalitions ont bien servi d'autres nations", a déclaré Annan au parlement, ajoutant qu'elles ont permis à des pays d'opérer des changements nécessaires pour résoudre leurs problèmes, et "d'organiser finalement une élection par la suite". Odinga, qui préside le Mouvement démocratique orange (ODM), a d'abord insisté que Kibaki devrait démissionner et qu'une nouvelle élection devrait être organisée. Des informations ultérieures ont indiqué la possibilité pour Odinga de devenir le Premier ministre dans un gouvernement conjoint qui aurait Kibaki comme président, avec un amendement porté à la constitution pour créer ce poste ministériel.
Annan a dit que l'ODM et le Parti de l'unité nationale (PNU), présidé par Kibaki, avaient convenu d'une enquête indépendante sur le scrutin présidentiel dans le but d'éviter la répétition des erreurs commises au cours de l'élection. Il a également souligné que les législateurs devraient travailler "à travers les lignes de parti" pour introduire des réformes nécessaires. Dans le sillage des élections législatives, tenues également en décembre, la législature est à peu près divisée entre les supporters de Kibaki et de Odinga. Toutefois, un recomptage des voix de l'élection a été rejeté par les négociateurs (le PNU et l'ODM ont chacun quatre représentants aux discussions), tandis qu'une nouvelle organisation du scrutin dans l'immédiat est apparemment jugée intenable, vu le climat politique instable du Kenya. Annan a par ailleurs exhorté les parlementaires à aller dans leurs circonscriptions électorales, pour œuvrer pour la paix dans ces régions.
Certains législateurs interviewés par IPS étaient peu enthousiastes à la perspective du partage du pouvoir.
"En amenant l'ODM à rejoindre le gouvernement, nous sommes en train de proclamer un Etat à parti unique. Nous avons combattu pour la démocratie multipartite et ceci ne devrait pas se passer", a déclaré Beth Mugo du PNU, en référence à la pression vers le système multipartite dans les années 1990.
Toutefois, William Ole Ntimama de l'ODM a indiqué que son parti était content des discussions dirigées par Annan et prêt à embrasser leurs recommandations : "Nous soutenons le panel et quel que soit ce qu'ils proposent, l'ODM avancera dans ce sens".
Sur la question des réformes, l'analyste politique Pamela Tuiyot a repris des appels de longue date pour une réduction des pouvoirs présidentiels.
"Ces pouvoirs encouragent la distribution inéquitable des ressources par laquelle la présidence est jugée digne de profiter à la communauté de celui qui est au pouvoir plus qu'à d'autres. Si la présidence est rendue moins attrayante, les violences liées au scrutin pourront devenir une chose du passé", a-t-elle affirmé à IPS.
Des négociateurs ont quitté actuellement un hôtel à Nairobi, la capitale, pour un endroit secret — ceci pour empêcher la presse d'avoir la fuite des informations qui pourraient entraver l'avancée des pourparlers, a déclaré un assistant principal de Annan dans un communiqué de presse. A ce jour, les affrontements liés au scrutin ont coûté la vie à plus de 1.000 personnes et en ont conduit environ 300.000 dans des camps des personnes déplacées, selon les Nations Unies qui estiment également qu'il pourrait y avoir 300.000 autres personnes déplacées qui ne sont pas dans les camps. Des rapports indiquent que les violences ont actuellement baissé. La colère au sujet du truquage présumé du scrutin a réveillé les divisions tribales du Kenya, notamment dans des attaques contre les Kikuyu, auxquels appartient Kibaki. Ce groupe est devenu le centre de ressentiment de la part de plusieurs Kenyans qui croient qu'il a monopolisé le pouvoir politique et économique dans ce pays d'Afrique de l'est.

