OUGANDA: Un barrage avec lequel les activistes ne peuvent pas faire la paix

KAMPALA, 7 août (IPS) – Comme les préparatifs pour la construction du barrage de Bujagali sur le fleuve Nil en Ouganda gagnent du terrain, une coalition d’organisations de la société civile locale demande à la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) de reconsidérer leur décision de débloquer des fonds pour ce projet hydroélectrique — qui, selon les estimations de la Banque mondiale, coûtera 799 millions de dollars.

Tandis que la Banque mondiale et la BAD sont les principaux financiers du barrage, la Banque allemande pour le développement et la Banque européenne d'investissement aident également à financer l'initiative.

Le Forum ougandais pour le développement des barrages, qui regroupe dix organisations, est inquiet en partie que les études réalisées par la partie contractante, 'Bujagali Energy Limited' (BEL), ne donnent pas une vue complète des conséquences environnementales et sociales de la construction — et que celles-ci puissent être néfastes pour le lac Victoria. Bujagali doit être installé dans une chute d'eau du même nom, en aval des deux barrages existants, Nabubaale et Kiira. Comme IPS l'a précédemment rapporté, on sait que ces deux barrages ont une responsabilité partielle dans la baisse des niveaux d'eau dans le lac Victoria — le lac tropical le plus grand du monde. Entre les trois et cinq dernières années, l'eau a diminué jusqu'à atteindre son niveau le plus bas pendant des décennies (Voir : 'FINANCE : les activistes décrient l'accord de prêt de la banque pour le barrage d'Ouganda'). "L'évaluation de la BEL ne prend pas en compte toute la question de la santé à long terme du lac Victoria. La question des effets cumulatifs en construisant une cascade de barrages le long du fleuve Nil, une question soulignée comme significative, mérite une plus grande attention…", a déclaré Frank Muramuzi, responsable du Forum ougandais du développement des barrages et également directeur exécutif de l'Association nationale des environnementalistes professionnels. "Nous sommes en train de citer les préoccupations hydrologiques, la viabilité économique d'un projet aussi coûteux et ses questions sociales et environnementales qui n'ont pas été prises en compte, pendant que les préparatifs de la construction du barrage ont atteint une vitesse maximale". Muramuzi a indiqué que des plaintes au sujet des effets néfastes probables du barrage, avaient été envoyées à la Banque mondiale et à la BAD. Les deux institutions avaient envoyé des missions d'inspection en Ouganda pour examiner les préoccupations des activistes, a-t-il dit.

Les activistes ont exprimé des inquiétudes selon lesquelles le coût élevé de Bujagali sera répercuté sur le consommateur, rendant l'électricité que le barrage génèrera inabordable pour la plupart des Ougandais. Selon la Banque mondiale et les chiffres du ministère des Finances, au moins 70 pour cent des Ougandais vivent avec moins d'un dollar par jour.

Juste un pour cent des habitants des zones rurales a d'accès à l'électricité, selon l'Agence d'électrification rurale du ministère de l'Energie et du Développement minier — même si ces régions abritent environ 85 pour cent des Ougandais. Toutefois, un projet d'électrification rurale est en cours à l'échelle nationale. Les activistes soutiennent davantage que le coût du projet est monté à 860 millions de dollars. Alors que ce présumé accroissement ne pouvait pas être vérifié au niveau du gouvernement ou de la BEL, certaines sources du ministère de l'Energie ont affirmé que les récentes hausses des prix, sur le marché mondial, des produits à base de pétrole, du ciment, d'acier et de fer, de la chaux et des services d'expertise avaient entraîné un coût plus élevé pour le projet. De plus, des groupes de la société civile déclarent que le taux de réduction de la forêt en Ouganda menace la viabilité des barrages hydroélectriques, sur lesquels le pays compte énormément pour l'électricité. En plus de Bujagali, le gouvernement a l'intention de construire trois autres barrages. Le Kiira et le Nalubaale fonctionnent déjà mal, en partie à cause des bas niveaux d'eau qui sont inadéquats pour générer de l'énergie. Ceci a engendré une crise d'électricité sévère dans cette nation d'Afrique orientale. Muramuzi a déclaré à IPS que le succès de la société civile à faire pression sur le gouvernement pour qu'il abandonne ses projets d'ouvrir une partie de Mabira — l'une des forêts tropicales plus grandes du pays — à la culture de la canne à sucre avait encouragé les activistes de la protection à faire d'autres tentatives. Parmi celles-ci, figure la campagne contre Bujagali. Le mouvement contre le défrichement de 7.100 hectares dans cette zone protégée a eu lieu au début de cette année, avec des groupes de la société civile qui soutiennent que la culture aurait un effet négatif sur les niveaux d'eau dans le Nil et le lac Victoria. La forêt de 30.000 hectares est située à côté du lac. Cela se faisait malgré les déclarations de la ministre de l'Eau et de l'Environnement, Maria Mutagamba, selon lesquelles le Groupe Mehta, qui espérait cultiver de la canne à sucre, s'abstiendrait de développer des zones spécialement proches du Nil ou du lac Victoria dans le but de les préserver — et de planter également des arbres dans des parties de la terre qui n'étaient pas convenables à la culture de la canne à sucre. L'Autorité nationale de gestion de l'environnement appartenant à l'Etat et l'Autorité nationale de la foresterie avaient également mis leur veto au défrichement de la terre à Mabira, soutenant que la forêt abrite plusieurs espèces de plantes et d'animaux qui seraient menacées par leur relocation dans une autre zone.

Le 12 avril, cinq personnes sont mortes dans la capitale ougandaise — Kampala — quand une manifestation contre le changement proposé est devenue violente. "(La) campagne de Mabira a ouvert les yeux aux investisseurs et au gouvernement sur le fait que l'environnement est cher au peuple ougandais et ils ne peuvent que vouloir des investissements verts", a souligné Byaruhanga de 'NatureUganda' — une organisation non gouvernementale — dans la publication officielle du groupe, 'The Naturalist' ('Le naturaliste').

Toutefois, il craint également que le retrait du gouvernement de Mabira n’ait été déclenché par un désir d'éviter une mauvaise publicité avant la prochaine Rencontre des chefs de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) à Kampala — et que le problème soit soulevé de nouveau dans le futur. "Je crois qu'après la fin de la CHOGM en novembre 2007, la question de la cession de Mabira peut être revisitée, cette fois avec plus de vengeance sévère qu'il n'y en avait eu en avril", a averti Byaruhanga qui soutient que l'Ouganda devrait exploiter des ressources d'énergie de substitution telles que l'énergie solaire, géothermique et éolienne pour réduire la dépendance vis-à-vis de l'énergie hydroélectrique. (* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS — Inter Press Service et IFEJ, la Fédération internationale des journalistes environnementalistes).