ABIDJAN, 8 août (IPS) – Le chef de l'Etat ivoirien Laurent Gbagbo a affirmé, lundi à l'occasion du 47ème anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, que le pays, en crise depuis cinq ans, pouvait bien organiser l'élection présidentielle "dès le mois de décembre 2007".
Mais, au moment où la Côte d'Ivoire amorce le dernier virage menant à la réconciliation et à la réunification, des organisations humanitaires quittent progressivement le pays. Conséquence : assurer les soins de santé aux populations vivant dans les zones sous contrôle des ex-rebelles, constitue désormais un défi pour le gouvernement.
“Depuis cinq ans, les populations (du nord, du centre et de l'ouest du pays) ont bénéficié gratuitement des soins de santé de la part des organisations humanitaires qui, il faut le souligner, avaient les moyens de le faire”, déclare Jean Dénoman, directeur général adjoint de la santé, dans un entretien avec IPS. “Après leur départ, nous sommes face à un dilemme. Faut-il continuer à offrir gratuitement les soins aux populations, ce qui va contribuer à ruiner nos établissements sanitaires? Ou faire payer des soins à des personnes habituées à la gratuité et qui n'ont pas assez de moyens?”, interroge-t-il.
Selon Dénoman, des réflexions sont en cours pour trouver la formule idoine. “Le gouvernement réfléchit en ce moment pour voir s'il n'est pas possible de faire un rabais de 50 pour cent. Ainsi, au fur et à mesure, nous allons progresser pour atteindre les tarifs normaux pratiqués dans tous les établissements hospitaliers du pays. Il n'y aura pas de rupture brutale”, assure-t-il. En général, dans ce pays d'Afrique de l'ouest, une consultation médicale — sans les médicaments — coûte environ deux dollars chez un infirmier, 10 dollars chez un médecin généraliste, et 28 dollars chez un spécialiste.
“Pour l'instant, nous allons offrir gratuitement aux populations les médicaments offerts par l'une des organisations, Médecins sans frontières (MSF-Belgique)”, affirme Dénoman, sans préciser la quantité de médicaments laissés. “Jusqu'en décembre prochain, les soins seront ainsi offerts et le personnel médical employé (sera) rémunéré par l'OMS (Organisation mondiale de la santé) et l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'enfance) auprès desquels nous avons fait un plaidoyer”. Depuis le déclenchement de la rébellion militaire, le 19 septembre 2002 en Côte d'Ivoire, plusieurs organisations humanitaires ont réussi à pallier le déficit des services de base dans les zones sous contrôle des ex-rebelles, dans le nord, le centre et l'ouest du pays, après la fuite du personnel local.
“Lorsque les médecins locaux sont partis, nous étions livrés à nous-mêmes pendant plus d'un mois. La guerre faisait rage, seuls les blessés de guerre recevaient des soins de la part de la Croix-Rouge”, raconte à IPS, Mohamed Diallo, habitant de la ville de Bouaké, ancien quartier-général de la rébellion, dans le centre du pays. “Il a fallu d'autres organisations humanitaires, par la suite, pour s'occuper spécialement des populations et éviter des épidémies”.
Installée dans les locaux des deux plus grands centres hospitaliers (à Man dans l'ouest, et à Bouaké) dans des zones sous contrôle de l'ex-rébellion, l'organisation non gouvernementale MSF-Belgique a assuré, pendant près de cinq ans, le fonctionnement des services de médecine générale, pédiatrie, chirurgie et de maternité.
“D'octobre 2002 à avril 2007, environ 200 expatriés volontaires se sont succédé ici en Côte d'Ivoire pour soutenir les populations”, a indiqué Xavier Simon, le chef de mission de MSF-Belgique, lors de la cérémonie d'au revoir, à la fin juillet, à Man. Il a ajouté que ces expatriés ont réalisé 15.000 interventions chirurgicales pendant ces quatre ans et demi, avec quelque 70.000 malades hospitalisés pris en charge gratuitement. Dénoman a déclaré à IPS : “Nous avons apprécié cet apport inestimable des organisations humanitaires. Mais, nous disons aux populations que c'est de commun accord que nous avons trouvé la formule pour assurer la relève dans les centres hospitaliers concernés”.
Vulcanisateur à Bouaké, Mohamed Kanté soutient que “la gratuité des soins doit se poursuivre jusqu'au retour à la normale dans le pays. Les services financiers publics ne fonctionnent pas encore à plein temps et l'économie tourne encore au ralenti. Il nous est encore difficile d'avoir les moyens suffisants pour assurer nos soins de santé”. Il ajoute : “Nous sommes des populations vulnérables, et nous demander de payer nos soins maintenant, serait signer notre arrêt de mort”.
Ses propos sont soutenus par Penda Touré, directrice exécutive de l'ONG Solidarité action sociale basée à Bouaké, qui affirme qu'il “faudra que le gouvernement trouve les moyens d'assurer une assistance à moyen terme à ces populations”. Elle estime qu'au-delà des habitudes de gratuité que ces populations conserveront, “il y a leur faible pouvoir d'achat qui ne pourra s'améliorer qu'avec la normalisation effective de la situation” dans le pays.
La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays depuis le 19 septembre 2002. Des soldats de l'armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations du nord. Mais grâce à un nouvel accord de paix signé à Ouagadougou (Burkina Faso), en mars dernier, le pays semble aller progressivement vers une paix réelle et la réunification.
Fin juillet, les principaux protagonistes de la crise se sont retrouvés à Bouaké, en présence de plusieurs chefs d'Etat africains pour célébrer “la Flamme de la paix”, une cérémonie au cours de laquelle quelques armes ont été brûlées symboliquement. A cette occasion, le président Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro ont officiellement annoncé la fin de la guerre dans le pays. Le président Gbagbo ne s'était plus rendu à Bouaké depuis le début de la rébellion, en 2002.

