LUSAKA, 6 août (IPS) – "Les gouvernements peuvent-ils résoudre des problèmes sociaux ou politiques urgents en exécutant quelques-uns ou même des centaines de leurs prisonniers?", demande Benjamin Mawaya, étouffant de chaleur dans le couloir de la mort de la prison zambienne de haute sécurité de Mukobeko à Kabwe, à 150 kilomètres de la capitale, Lusaka.
Avant que toute personne dans la communauté du cyberespace n'ait le temps de cliquer sur un bouton de réponse, il envoie déjà une réponse. "Nulle part, il n'a été démontré que la peine de mort a un pouvoir spécial de réduire le crime ou la violence politique; partout, l'expérience montre que l'exécution brutalise ceux qui sont impliqués dans ce processus. Elle est imposée et infligée arbitrairement et est appliquée de façon disproportionnée aux pauvres". Mawaya conclut vite avec une question à l'endroit de quiconque veut continuer le débat avec lui : "Si le système pénal actuel ne punit pas l'incendie de la maison d’un pyromane, le viol d'un violeur ou la torture d'un tortionnaire, ce n'est pas parce qu'il tolère ces crimes. Au contraire, c'est parce que les sociétés comprennent qu'elles doivent être construites sur un ensemble de valeurs différentes de celles qu'elles condamnent. Pourquoi ne pas appliquer ces principes à la peine capitale…?" La tribune de l'Internet permettant à Mawaya de s'adresser à une audience à l'extérieur de sa cellule étouffante a été offerte par la Coalition canadienne contre la peine de mort, une organisation bénévole. "Nous créons des pages web pour des prisonniers condamnés à mort partout dans le monde", déclare sa directrice, Tracy Lamourie. Les condamnés à mort de la Zambie — qui se chiffrent actuellement à 304 — sont les premiers en Afrique à utiliser cette opportunité pour déverser le chagrin, chercher l'assistance morale et financière et se faire des amis au-delà des murs de leur prison. Comment au juste ils ont découvert le site Internet, Lamourie ne le sait pas avec précision. Mais une éventualité possible est qu'on a fait circuler l'adresse lors d'une classe biblique sut Internet conduite depuis des églises de Grande-Bretagne. "Chaque semaine maintenant, nous recevons davantage de demandes. Un prisonnier parlera à un autre en ces termes : "Ces gens m'ont aidé à avoir des amis et des contacts dans le monde extérieur", indique Lamourie. Mawaya, qui attend que l'appel contre sa sentence de mort soit entendu, se fait découvrir peu sur sa page web. Son premier objectif est d'échanger des opinions au sujet de la peine de mort, des exécutions, de la torture et du christianisme. Job Kasonda Kapita, ancien policier, déclare d’emblée à quiconque veut être son correspondant pourquoi il a été condamné à mort en 1994. "J'ai tiré et ensuite j'ai tué un suspect violent que je voulais arrêter pour trouble à l'ordre public… tout s'est passé dans la cour du commissariat à cinq mètres de mon bureau".
Derrière les barreaux, il est devenu écrivain, publiant des poèmes sur sa page web.
Certains détenus utilisent leurs pages pour chercher de "l'assistance" de même que "l'amitié mutuelle". Evans Fundula, âgé de 33ans est un exemple. "Avant la condamnation, j'étais merveilleusement marié, avec deux filles âgées de 14 ans et de 11 ans", explique-t-il. Sa femme l'a abandonné quand elle a appris sa condamnation et actuellement, sa famille a besoin d'aide pour s'occuper des enfants. Il a également qualifié "d'injustice" le fait de ne pas avoir l'argent pour prendre un avocat pour sa défense. "Vous servez de pont pour nous les vulnérables… dans cet endroit plus sombre et sans complaisance".
L'une des plus grandes supplications vient de Lewis Kalumba, originaire de la République démocratique du Congo. Il est père de trois filles et d'un garçon et il écrit. Sa femme l'a également abandonné et est à présent mariée à un autre homme vivant dans une ville "lointaine". Il a besoin d'argent pour que sa famille lui rende visite : "Je suis une âme pauvre qui souffre. Le reproche a brisé mon cœur. Je suis plein de tristesse". L'évêque Enocent Silwamba, directeur exécutif de l'organisation de soutien Amitié avec la prison de la Zambie (Prison Fellowship of Zambia), félicite les sites web d'avoir réduit l'isolement et la souffrance des condamnés à mort. Il y a trois fois plus de détenus dans cette prison qu'elle ne peut en contenir. Ils sont coupés du reste de la communauté carcérale. Quelqu'un est resté dans le couloir de la mort pendant 30 ans, selon l'administration pénitentiaire. Il est très improbable qu'un des détenus puisse être exécuté — du moins tant que le président Levy Mwanawasa sera au pouvoir. Il a pris l'engagement de ne signer aucun ordre d'exécution et a également indiqué qu'il allait bientôt commuer toutes les peines de mort en détention à vie. Mais jusqu'à ce qu'il y ait un amendement à la constitution, les tribunaux continueront de condamner des gens à mort — et les pages web en provenance du couloir de la mort s'accumuleront sur Internet.

