KINSHASA, 17 oct (IPS) – û L'animosité légendaire, qui a toujours opposé les communautés locales se considérant comme autochtones les Bavira, Bafulero et Babembe – contre la communauté tutsi-banyamulenge présumée étrangère, a été l'une des principales causes du second blocage des réfugiés banyamulenge à l'entrée d'Uvira.
C'est finalement le mardi, 12 octobre, que le deuxième groupe des réfugiés congolais de souche tutsi-banyamulenge, a pu quitter le no man's land, à la frontière entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC) où ils se trouvaient bloqués depuis six jours, attendant l'autorisation d'entrer dans la ville d'Uvira, dans le sud-est de la RDC. Mais, selon les autorités provinciales du Sud-Kivu, il se posait également un problème de structures d'accueil pour les nouveaux réfugiés. Le long contentieux entre ces communautés a été ravivé par les deux dernières guerres, soutenues par le Rwanda voisin, qui avaient eu comme théâtre, la ville d'Uvira et ses environs, en 1996. La première guerre, médiatisé à travers le monde comme étant la révolte des Banyamulenge, a jeté de nombreuses populations locales sur la route de l'exil, notamment vers la Tanzanie. Toute l'altercation qui a eu lieu, ces derniers jours, entre la population d'Uvira et la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) accusée de complicité avec la cause tutsi, procède de ces prémisses. ‘'C'est beaucoup plus une crise de confiance entre communautés vivant dans toute la province du Sud-Kivu", explique un journaliste de la radio britannique, BBC, Lubunga bya'Ombe, originaire d'Uvira. ‘'Les Banyamulenge cultivent un complexe de persécution de type génocidaire tandis que les autres communautés locales vivent dans la hantise permanente d'une invasion en provenance du Rwanda", ajoute Lubunga.
Le week-end des 9-10 octobre, la crise a atteint son paroxysme avec l'irruption de la population vers le quartier général de la MONUC dont les éléments ont dû tirer en l'air pour dissuader les manifestants qui jetaient des cailloux sur la base de la mission onusienne. Le dimanche, 10 octobre, un corps inanimé d'un jeune garçon d'une quinzaine d'années a été ramené à bouts de bras au quartier général de la MONUC sous prétexte qu'il avait été tué par l'un des éléments des casques bleus. Ce que Leo Salmeron, le responsable de l'information de la MONUC à Uvira, a immédiatement démenti, accusant la population de la ville de se laisser ‘'manipuler par des milieux extrémistes". ‘'Il y a visiblement de la manipulation dans les événements de ces derniers jours à Uvira", a-t-il déclaré sur Radio Okapi, la radio de la MONUC.
‘'Chaque fois que nous parvenons à un accord avec la population d'Uvira pour l'entrée sans problèmes des réfugiés banyamulenge à Uvira, nous butons à un curieux volte-face de la même population quand nous voulons procéder au mouvement des réfugiés vers Uvira".
Un premier groupe de 400 personnes, sur les 1.200 encore en souffrance dans le no man's land, a tout de même pu entrer le lundi, 11 octobre, à Uvira. Un problème de logistique aurait été à la base de l'interruption de l'opération, selon les autorités.
Paul Musafiri, le vice-ministre de l'Intérieur de la RDC, qui se trouvait sur place, était optimiste quant au retour sans problème de tous les réfugiés dans la journée du 12 octobre.
‘'Il y a eu quelques problèmes de manipulations de la part de groupes extrémistes qui montaient en épingle le sort des réfugiés congolais se trouvant en Tanzanie, mais j'ai convaincu la population que le gouvernement congolais a déjà enclenché le mécanisme de rapatriement de ces réfugiés vivant en Tanzanie.
Les choses sont maintenant rentrées dans l'ordre et tous les réfugiés banyamulenge vont pouvoir rentrer à la maison", a-t-il déclaré.
Un dernier contact téléphonique avec Uvira, vers 14 heures (de Kinshasa, soit 13H GMT), avait annoncé à IPS que tous les réfugiés avaient pu traverser la frontière. Ils ont été dirigés dans le centre de transit d'Uvira où ils devraient être identifiés avant d'être dispatchés dans leurs villages respectifs. Toutefois, il apparaît que la solution trouvée n'est pas du goût de la population locale. ‘'Nous nous sommes, en fait, beaucoup plus résignés que nous n'avons réellement accepté le retour des réfugiés", a expliqué Sera Mumba, membre de l'organisation non gouvernementale (ONG) ‘Umoja wa wamama wa Kivu' (Union des femmes du Kivu), contactée à Uvira par IPS. ‘'Il est vrai qu'il y a des femmes et des enfants qui ne sont pour rien dans l'agenda militaire des Banyamulenge, mais de tous temps, les Banyamulenge ont toujours des visées militaires. Je crois que tout n'a pas été dit sur Gatumba". Gatumba est le camp de réfugiés, situé non loin de Bujumbura, la capitale du Burundi, dans lequel environ 160 Banyamulenge avaient été massacrés dans la nuit du 13 août dernier. Pour bon nombre d'habitants d'Uvira, le contrôle du deuxième groupe des réfugiés n'a pas été aussi rigoureux que le premier. La population craint que des éléments armés ne se soient infiltrés parmi les civils, comme cela a été le cas dans le premier groupe. En effet, la MONUC avait identifié 25 militaires qui s'étaient glissés dans le rang des réfugiés, mais ils ont été conduits à l'auditorat militaire d'Uvira.

