NAIROBI, 18 oct (IPS) – Motivés par le succès dans la résolution du conflit somalien, des dirigeants africains ont intensifié leurs efforts pour mettre fin à la guerre civile dans la minuscule nation d'Afrique centrale du Burundi où plus de 300.000 personnes ont été tuées depuis 1993.
Les chefs d'Etat du Kenya, d'Ouganda, d'Ethiopie, de Somalie, du Soudan, d'Erythrée et de Djibouti, travaillant sous les auspices du bloc régional, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), ont initié les pourparlers visant à mettre fin à la guerre civile de la Somalie, longue de 13 ans.
Les pourparlers, qui se sont ouverts au Kenya voisin en 2002, ont abouti à l'élection d'Abdullahi Yusuf Ahmed comme président de la Somalie le 10 octobre.
Yusuf devrait former un gouvernement d'unité nationale, en l'intervalle d'un mois. La Somalie a glissé dans le chaos après la chute du dictateur Mohammed Siad Barre en 1991. Depuis lors, ce pays de la Corne de l'Afrique est sans un gouvernement central.
Après l'expérience de la Somalie, les dirigeants africains ne veulent pas que le Burundi glisse également dans le chaos. Participant au 23ème sommet de l'Initiative régionale de paix des Grands Lacs sur le Burundi dans la capitale kényane, Nairobi, le 15 octobre, les dirigeants du Kenya, de l'Ouganda, du Rwanda, de la Tanzanie et de l'Afrique du Sud ont reporté les élections du Burundi afin de donner plus de temps à la commission électorale indépendante du pays, installée à la fin d'août 2004, de préparer et de mettre en place les modalités pour l'organisation d'élections justes et équitables.
Initialement, les élections avaient été prévues pour la fin d'octobre 2004, à l'expiration d'un mandat de trois ans du gouvernement national de transition. Le gouvernement du Burundi, conduit par le président Domitien Ndayizeye, a pris fonction en octobre 2001.
La commission électorale, présidée par Paul Ngarambe, a fait part au sommet de l'impossibilité de tenir les élections prévues à cause de difficultés logistiques.
"En se fondant sur la réalité du terrain, le sommet convient que les élections ne peuvent pas avoir lieu avant le 1er novembre 2004", ont indiqué les dirigeants africains, réunis à Nairobi, dans un communiqué conjoint mis à la disposition des journalistes. "Par ailleurs, le sommet a souligné que la vie des institutions de transition et de l'administration doit être prolongée".
A son arrivée dans la capitale Burundaise Bujumbura, le president Ndayizeye a annoncé que les élections auraient lieu en avril 2005.
Certaines préoccupations ont été soulevées par rapport au report des élections, qui, comme le craignent des critiques, pourrait créer plus de tensions entre les Hutus, qui constituent jusqu'à 85 pour cent de la population du pays, et les Tutsis, qui dominent l'armée. Des affrontements entre les deux groupes ethniques ont éclaté de façon épisodique depuis l'indépendance vis-à-vis de la Belgique en 1962.
Mais certains politologues ont exclu l'hypothèse de tensions quelconques résultant du report des élections puisque la décision n'a pas été prise par le gouvernement burundais, mais par une force plus grande comprenant des présidents africains.
"Le report (des élections) a été décidé par une unité plus grande et les rebelles ne voudraient pas combattre tout le bloc (régional) qui jouit du soutien de la communauté internationale. Il n'est pas nécessaire que les rebelles montrent du doigt le gouvernement", a affirmé à IPS, Mitch Odero, de ‘Solid Strategy Africa', un groupe régional de paix et de plaidoyer basé à Nairobi.
Les derniers affrontements entre Hutus et Tutsis ont éclaté en 1993 lorsque des soldats rebelles tutsis ont assassiné Melchior Ndadaye, le premier président hutu élu.
Depuis lors, le conflit a fait plus de 300.000 morts, le dernier étant l'incident du 13 août 2004 dans lequel le Front national de libération (FNL), un mouvement rebelle hutu, a fait une descente sur le camp de réfugiés de Gatumba, au Burundi, assassinant 160 Congolais tutsis banyamulenge.
L'espoir était grand en août lorsque 20 partis, au nombre desquels des groupes rebelles tutsis et hutus, excepté le FNL, ont signé un arrangement débouchant sur un accord de partage de pouvoir.
L'accord, conclu en Tanzanie, donne à la minorité tutsie 40 pour cent des postes au gouvernement et à l'Assemblée nationale, contre 60 pour cent pour les Hutus.
Les activités du FNL, le seul groupe rebelle hutu, qui mène toujours des attaques au Burundi, l'ont fait mettre sur la sellette par des chefs d'Etat de la région. Pendant le 22ème sommet de l'Initiative régionale de paix des Grands Lacs sur le Burundi, tenu le 18 août dans la capitale économique de la Tanzanie, Dar es Salaam, les chefs d'Etat du Burundi, de la Tanzanie, de la République démocratique du Congo (RDC), de la Zambie et de l'Afrique du Sud ont étiqueté le FNL comme une organisation terroriste.
Ils ont demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies de réfléchir à une interdiction de voyage contre les membres du FNL, de geler les avoirs du groupe et d'instaurer contre lui un embargo sur les armes.
Des critiques craignent que si on laissait le FNL continuer à faire des ravages, cela ne déclenche un génocide, comme au Rwanda voisin, où plus de 800.000 Tutsis et de Hutus politiquement modérés ont été assassinés par des extrémistes hutus il y a dix ans.

