JOHANNESBURG, 16 oct (IPS) – La décision prise par l'Union européenne, cette semaine, de prolonger l'interdiction d'importations d'autruches d'Afrique du Sud à cause d'une alerte à la grippe aviaire a pris au dépourvu le secteur local d'autruche, affirment des représentants de l'industrie.
"Nous espérions reprendre les exportations le 1er novembre. C'est pour nous la saison de pointe en Europe, où nous exportons 90 pour cent de nos autruches. Mais maintenant (la date) a été repoussée au 31 mars 2005", a indiqué à IPS, Anton Kruger, directeur général de la Chambre sud-africaine de commerce d'autruche (SAOBC), dans un entretien téléphonique, le mercredi, 13 octobre.
Mardi, l'Union européenne (UE) a indiqué qu'elle continuerait d'interdire l'importation d'autruches vivantes, des œufs ainsi que de la viande d'autruche jusqu'à l'année prochaine. Les importations avaient été initialement suspendues en août, suite à une épidémie de grippe aviaire dans des fermes d'élevage d'autruches dans la province du Cap oriental, en Afrique du Sud.
Un communiqué rendu public par l'UE mercredi a relevé que "Parce que six mois au moins devraient s'écouler après la destruction des ratites et la désinfection des fermes infectées avant que les importations de viande d'autruches ainsi que leurs œufs d'Afrique du Sud ne puissent être autorisées de nouveau, la suspension a été maintenant prorogée jusqu'au 31 mars 2005". ("Ratite" est un terme utilisé pour décrire les oiseaux incapables de voler).
Selon la SAOBC, 13.000 autruches sur cinq fermes dans la zone de Middleton au Cap oriental ont été abattues en vue de contenir la propagation du virus de la grippe H5N2 – une variété plus bénigne du virus H5N1 qui a fait beaucoup de victimes au sein de la volaille dans des pays asiatiques.
Le gouvernement sud-africain avait initialement ordonné l'abattage de plus de 30.000 oiseaux comme une partie de la campagne contre la grippe aviaire dans le Cap oriental, où environ 1.500 autruches étaient déjà morts du H5N2.
"La surveillance des autruches dans le reste du pays se poursuit comme prévu et aucune nouvelle infection n'a été découverte. Des échantillons ont déjà été prélevés sur plus de 50 pour cent des fermes dans le pays", indique un communiqué sur le site Internet de la SAOBC.
"Dès que tous les échantillons seront testés, et qu'aucune nouvelle infection n'aurait été trouvée, l'Afrique du Sud pourra demander la levee de l'embargo contre les exportations de viande d'autruche, d'autruches vivantes, ainsi que des œufs d'autruche à couver", ajoute-t-il.
Toutefois, les propos de la chambre au sujet de la santé des autruches d'Afrique du Sud ne suffisent pas pour convaincre l'UE d'adopter une position moins rigide sur la question des importations d'autruches.
"L'Union européenne a besoin d'un certificat délivré par le gouvernement d'Afrique du Sud pour clarifier la situation", a déclaré Kruger. "C'est une procédure courante".
Dans son communiqué cette semaine, l'UE a souligné que "Bien qu'il semble que la situation de la maladie s'est améliorée, aucune confirmation officielle n'a été reçue qui autoriserait la modification des restrictions actuelles".
Des efforts répétés de IPS pour recueillir les commentaires du department sud-africain de l'Agriculture sur la raison pour laquelle une telle confirmation se fait attendre, ont été infructueux.
Kruger estime que la situation au sein des producteurs d'autruches n'est pas complètement désespérée, puisque les 600 fermiers d'Afrique du Sud et les 16 usines de traitement sont toujours autorisés à exporter le cuir d'autruche, les plumes et les coquilles d'œufs.
"Le cuir d'autruche constitue le plus gros morceau de notre exportation. La viande en est une infime partie", indique-t-il. "Mais nous aimerions reprendre l'exportation dès que possible".
La prorogation de l'interdiction de l'UE pourrait coûter à l'industrie environ huit millions de dollars par mois.
"Nous employons 20.000 personnes – il peut y avoir des pertes d'emplois. Mais nous essayons de trouver des moyens d'arrêter les pertes d'emplois", a souligné kruger.
Une partie de la stratégie pour alléger les effets de l'embargo peut impliquer un plus grand effort pour vendre les produits d'autruche à l'intérieur du pays.
"Les Sud-Africains consomment environ trois pour cent de la production totale d'autruches (mais) nous avons constaté une croissance très forte et nous espérons que la demande (continue de monter), a expliqué Kruger, ajoutant : "La viande d'autruche est constamment en demande croissante en raison de ses recettes pour la santé".
Le Mozambique, Hong Kong et Singapour se sont ralliés à l'UE pour interdire les importations d'autruche en provenance d'Afrique du Sud. Le pays fournit actuellement environ 70 pour cent de la viande d'autruche dans le monde, produisant à peu près 1.000 tonnes par an, selon la SAOBC.
Le virus du H5N1, également capable d'infecter les humains, a fait Environ trente morts en Asie depuis janvier lorsqu'une épidémie de grippe a commencé par prendre de l'ampleur.
Alors qu'on pensait que le virus avait été maîtrisé après l'abattage d'environ 100 millions de poulets, il est réapparu en Thaïlande et au Vietnam en juillet.
Des rapports sur nouveaux cas de grippe aviaire ont été également reçus de Chine et d'Indonésie.
Le mois prochain, des représentants de pays asiatiques se rencontreront en Thaïlande pour déterminer la meilleure façon d'enrayer la propagation du virus, qui, comme le craignent des experts de la santé, pourrait subir une mutation – lui permettant de se transmettre entre humains. Ceci pourrait conduire à une épidémie de grippe pareille à celle de 1918, qui a fait jusqu'à 40 millions de morts.
Auparavant, on savait seulement que le virus se transmettait des oiseaux aux humains, même si le premier cas probable de transmission du H5N1 d'homme à homme a été signalé le mois dernier en Thaïlande.

