MBABANE, 13 mai (IPS) – Les écoliers swazis sont retournés dans leurs foyers vendredi (7 mai) en prévision au deuxième trimestre de l'année académique.
Toutefois, un point d'interrogation plane sur le sort des milliers d'orphelins du SIDA et autres enfants vulnérables qui pourraient ne pas être autorisés à poursuivre leurs études ce trimestre.
Dans un discours prononcé à l'ouverture du parlement le mois dernier, le roi Mswati III a déclaré : "Nous continuerons de faire tout ce que nous pouvons pour nous assurer qu'aucun enfant n'est privé de l'éducation de base". Le Swaziland est la dernière monarchie absolue d'Afrique.
"L'année dernière, les fonds des bourses d'études du gouvernement ont aidé plusieurs enfants qui autrement ne seraient pas allés à l'école. Il y aura une allocation supplémentaire au fonds des bourses d'études, d'un montant de 20 millions de rands (environ 2,8 millions de dollars), cette année", a ajouté le roi. Cette allocation avait amené la valeur totale du fonds à 5,1 millions de dollars.
En janvier, le ministre de l'Education Constance Simelane a promis que le gouvernement utiliserait cet argent pour financer l'éducation des orphelins et des enfants vulnérables (OVC) – et a ordonné aux directeurs d'école d'admettre ces élèves en classe. Le ministère de la Santé estime qu'il y a environ 40.000 de tels enfants au Swaziland.
Mais avec l'argent du fonds toujours bloqué dans les coffres du trésor, l'Association des directeurs d'école du Swaziland a décidé, au cours d'une réunion la semaine dernière, que tout enfant, dont les frais de scolarité n'avaient pas été payés, ne serait pas autorisé à retourner en classe.
"Des parents luttent pour payer la scolarité de leurs enfants, et c'est injuste pour eux de prendre le fardeau des orphelins parce que le gouvernement n'a pas honoré ses engagements", a déclaré l'association dans un communiqué.
L'argent du fonds des bourses d'études ne peut être libéré qu'une fois que le budget sera approuvé par le parlement, qui est actuellement au milieu d'une suspension indéfinie. Toutefois, Derek Von Wissell – un ancien ministre des Finances, et actuel directeur du Comité national de réponse d'urgence sur le VIH/SIDA (NERCHA) – a dit à IPS que cela ne constituait pas un problème insurmontable.
"Le ministre des Finances a le pouvoir discrétionnaire de faire libérer le premier quart des fonds pour tout projet. Ceci allouerait cinq millions de rands (709.000 dollars) pour les besoins scolaires des orphelins", a-t-il indiqué. IPS n'a pas pu recueillir des commentaires du ministère des Finances sur les raisons pour lesquelles le ministre n'avait pas procédé ainsi.
Le NERCHA a été mis en place par le gouvernement pour coordonner une réponse nationale au SIDA dans un pays où près de 40 pour cent des adultes ont contracté le HIV, selon des chiffres des Nations Unies (ONU) et du ministère de la Santé.
Les dons du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, ainsi que l'argent du gouvernement et du secteur privé, sont distribués par le NERCHA aux organisations médicales nationales et aux initiatives communautaires.
Des programmes d'éducation pour les OVC visent à ramener les orphelins du SIDA, qui ont abandonné l'école, à un travail académique, en utilisant un système testé la première fois par un programme réussi d'alphabétisation des adultes.
D'autres organisations non-gouvernementales et des groupes d'aide aux enfants soulignent que les soins aux enfants vulnérables est une responsabilité qui devrait être partagée par le gouvernement, la communauté – et les écoles elles-mêmes.
Lorsqu'il a été informé de la résolution des directeurs d'école de bloquer la réadmission des enfants qui ont des frais de scolarité impayés, le représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Alan Brody, a déclaré à IPS : "Nous avons travaillé avec beaucoup de directeurs d'école, et certains sont très informés du sort des OVC et prennent une part active à leur bien-être".
"Nous espérons que les directeurs d'école reconsidéreront la question et verront le bien-être de ces enfants comme une responsabilité partagée. Les choses ne doivent pas continuer ainsi".
Un directeur d'un établissement secondaire dans la ville centrale de Manzini a indiqué dans un entretien que même s'il sympathise avec les orphelins qui ont perdu leurs parents pour cause de SIDA, les écoles sous-financées se battent pour offrir des services. Même la collecte des frais de scolarité des enfants dont les parents sont vivants constitue un problème, a-t-il ajouté.
Deux-tiers des Swazis vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon le Programme des Nations Unies pour le développement.
"De même, l'école n'a jamais été gratuite au Swaziland. L'admission dépendait toujours du paiement des frais de scolarité. Les enfants sont tout le temps sortis de force de l'école à cause des questions d'argent", explique Doris Ndwandwe, une institutrice de Manzini.
Elle a dit à IPS qu'il était courant que des enfants abandonnent les classes pendant un an, et qu'ils y retournent ensuite lorsque leurs parents ont de l'argent, ou que des enfants viennent à l'école à tour de rôle – avec un enfant allant à l'école pendant une année, restant ensuite à la maison l'année suivante tandis que son frère va à l'école.
"La réponse est que nous avons besoin d'une éducation pour tous au Swaziland", observe le directeur du NERCHA, Von Wissell.
Les problèmes existant dans l'éducation ont empiré avec le ravage du SIDA.
L'UNICEF estime que la pandémie fera 20.000 nouveaux orphelins chaque année dans ce petit pays pendant les toutes prochaines années. D'ici 2010, la population des orphelins du SIDA du pays devrait atteindre 120.000, sur une population nationale d'environ 900.000 habitants, selon des projections.
"Si vous regardez la courbe ascendante du taux de scolarité dans les institutions primaires et secondaires depuis l'indépendance nationale (en 1968), vous voyez une croissance en nombres correspondant à une prolifération d'écoles", affirme Von Wissell.
"Mais ensuite une baisse soudaine est intervenue au cours des années récentes, ce qui doit être imputé au SIDA".
Le directeur du NERCHA a également déclaré que 90 pour cent des enfants (en âge d'aller à l'école) étaient inscrits à l'école primaire il y a dix ans.
"Aujourd'hui, le nombre est tombé à 70 pour cent, un grand pas en arrière", a-t-il ajouté.
Ndwandwe a souligné : "La crise des orphelins du SIDA de cette semaine est, je crois, un aperçu des choses à venir. Mais c'est également un appel opportun pour la nécessité de trouver des solutions".

