POLITIQUE-ZIMBABWE: ''Nous sommes partout'', affirme le groupe mystérieuxpro-démocratique

BULAWAYO, 12 mai (IPS) – "Lorsqu'ils m'interrogeaient, ils n'ont pas cessé de me poser des questions sur 'Zvakwana!'," déclare l'activiste Gorden Moyo, décrivant sa récente détention par des agents de sécurité au Zimbabwe.

"Je leur ai dit que je ne savais pas de quoi il s'agissait".

Moyo est l'un des nombreux militants et membres de parti d'opposition qui ont été interrogés sur ce mouvement pro-démocratique, dont le nom signifie en Shona 'assez'. On s'y réfère également en Ndebele comme 'Sokwanele!', l'organisation a poussé les autorités à se gratter la tête, exaspérées.

Son message central est que le régime du président Robert Mugabe, qui a duré 24 ans, devrait prendre fin – ceci après quatre années de gouvernance de plus en plus répressive dans ce pays d'Afrique australe. Le Zimbabwe connaît des troubles politiques et économiques depuis 2000 où des vétérans de la guerre d'indépendance et d'autres militants ont commencé par occuper des fermes appartenant aux Blancs dans une campagne approuvée par l'Etat. Les élections législatives organisées en 2000 et l'élection présidentielle de 2002 ont été toutes entachées de violence politique, en grande partie dirigée contre le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition. Le Zimbabwe est maintenant en proie aux pénuries alimentaires, à une inflation à trois chiffres et au chômage qui monte en flèche. Actuellement, les manifestations et autres formes de protestations publiques sont limitées par la législation – des conditions idéales, diraient certains, pour l'émergence d'un mouvement clandestin en faveur de la démocratie.

Tout au long de l'année dernière, des nouvelles de Zvakwana! se sont répandues de bouche à oreille après que des internautes ont découvert son site Internet (www.zvakwana.com). Celui-ci cite l'écrivain polonais Ryszard Kapuscinski : "Le catalyseur indispensable est la parole, l'idée qui explique. Les paroles incontrôlées – circulant librement, secrètement, de façon rebelle, non certifiées, font peur aux tyrans".

Entre autres choses, le site fournit également des "tuyaux aux activistes", qui incluent des conseils sur comment traiter avec la police anti-émeute ("organisez-vous en pairs. Gardez un œil sur votre partenaire tout le temps. Assurez-vous que vous savez des détails personnels et qui contacter au cas où ils seront blessés ou arrêtés") et pour le gaz lacrymogène ("restez calme et concentré…lorsque votre corps s'échauffe (pour avoir couru ou paniqué, par exemple), l'irritation peut augmenter").

Zvakwana! se décrit comme "un groupe non partisan, non lucratif de…

volontaires et de visionnaires – (qui) travaillent pour tenir les Zimbabwéens informés…sur les campagnes civiques ainsi que les réunions et événements publics". Il affirme également avoir "une branche activiste qui s'engage dans des actions civiques non-violentes". Le groupe semble ne pas s'inquiéter de ce que des autorités zimbabwéennes puissent se réfugier sous le couvert de l'anonymat d'Internet pour démasquer ses organisateurs. "Le régime lutte contre tant de feux…qu'ils n'ont pas les ressources pour trouver tous leurs détracteurs", a indiqué l'organisation en réponse aux questions envoyées sur son site Internet par IPS.

L'une des "actions civiques non-violentes", dont Zvakwana! s'attribue le mérite a été menée avant les commémorations de la fête de l'indépendance le 18 avril. Certains activistes ont peint des réverbères et des égouts le long de la Route Tongogara dans la capitale – Harare – que Mugabe emprunte normalement pour se rendre au Stade national omnisports (où s'est déroulée la fête).

Les activistes ont également peint un slogan Zvakwana!, 'Levez-vous, debout', sur des tourniquets et des murs du stade. "Il y avait tant de graffitis", indique le groupe, que "le régime ne pouvait pas le repeindre avant le passage de Mugabe, il avait dû alors emprunter un itinéraire différent!" Un autre truc publicitaire se focalise sur l'insertion de messages de défiance dans des boîtes d'allumettes, qui sont ensuite distribuées.

Zvakwana! a même proposé un disque compact (CD) à 15 pistes (la compilation 'Levez-vous, Debout' pour défendre sa cause. Le CD, où figure 'Get UP Stand UP' de Bob Marley, peut être commandé gratuitement. 'Change' du chanteur sud-africain Hugh Masekela, qui implore les dirigeants restés longtemps au pouvoir, en particulier Mugabe, à "dire au revoir", est également sur l'album. Cela vient avec les "condoms révolutionnaires" de Zvakwana! portant le logo de la campagne, un 'Z' en noir sur un fond jaune. Dans son entretien Internet avec IPS, le groupe affirme également avoir distribué des centaines de copies d'un documentaire de la British Broadcasting Corporation (BBC) sur des camps où de jeunes zimbabwéens seraient en train d'être formés pour constituer une force paramilitaire qui peut être déployée contre des opposants au gouvernement. (Les autorités affirment que ce sont simplement des terrains de formation clandestins où un sens de fierté nationale est instillé aux jeunes gens et jeunes femmes).

Comme les CD et les vidéos ne sont pas bon marché, ces affirmations soulèvent la question de qui finance Zvakwana!. Lorsqu'on l'a interrogé sur ce point, le groupe a dit que "c'était une campagne localement financée à tous égards. Des groupes pro-démocratiques et des partisans mettent en commun leur argent pour créer un changement positif au Zimbabwe". Jusqu'ici, Zvakwana! semble avoir du succès dans sa 'capacité de nuisance'.

La police a intensifié ses efforts pour localiser les cerveaux de la campagne, avec le porte-parole Wayne Bvudzijena indiquant récemment dans un hebdomadaire que "Ces gens…. distribuent du matériel et de la littérature visant à inciter le public à l'anarchie". Il a ajouté que les autorités seraient "intéressées de parler avec eux".

Des officiers ont interrogé l'artiste local Leonard Zhakata, dont une chanson figure sur le CD. Il y a trois semaines, un autre homme, qui a seulement donné comme nom 'Mehluli', a été arrêté par la police qui cherchait les gens qui avaient peint des empreintes de main en jaune, un emblème utilisé par l'opposition, à travers Bulawayo. Les autorités ont suspecté un lien entre les empreintes de main et les graffitis Zvakwana! – quoique le groupe nie toute association entre les deux.

Un ami de Mehluli avait également vu sa maison perquisitionnée pour l'empreinte jaune mise en cause. "Je pense que ces gars ne savent pas ce qu'ils cherchent", a-t-il dit à IPS, requérant l'anonymat. "Ils ne font que pêcher dans le noir". Zvakwana! dit qu'il continuera d'utiliser des moyens non-violents, alternatifs dans sa campagne : "Le régime peut nous rechercher, mais nous sommes partout".

Avec la fermeture d'un autre journal 'The Tribune', la semaine dernière, sur ordre du gouvernement, l'espace dans lequel les Zimbabwéens peuvent s'exprimer a été davantage réduit. Le fait que Zvakwana! n'ait aucun bureau, aucun porte-parole ou directeur de campagne connu, lui donne une nature insaisissable qui, étant donné les conditions actuelles, est une marchandise très précieuse.