Des politiciens africains invités à élaborer des instruments juridiques pour lutter contre le changement climatique

MADRID, le 6 décembre 2019 (IPS) – Les législateurs africains ont été mis au défi d’élaborer des cadres juridiques pour le changement climatique afin de permettre aux pays d’éviter les catastrophes et les urgences réactionnaires qui grugent leurs budgets.

“Les pays africains dépensent jusqu’à 3,9% de leur PIB pour les urgences climatiques, qui dans de nombreux cas n’ont pas été budgétisées”, a déclaré le Dr James Murombedzi, chef du Centre pour la politique climatique en Afrique (ACPC) à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

Lors d’un événement en marge de la 25e Conférence des Parties (COP25) en cours, les négociations sur le climat à Madrid, en Espagne, des experts du climat, des organisations de la société civile et des représentants des Nations Unies ont observé que les législateurs des pays africains devraient intégrer le changement climatique dans tous leurs plans de développement comme moyen de s’adapter aux phénomènes.

Cela arrive à un moment où la région de l’Afrique de l’Est connaît des inondations sans précédent en raison des fortes averses de 300% au-dessus de la moyenne, qui se produisent pendant ce qui est censé être une courte saison des pluies. Au cours des deux dernières semaines, les inondations ont tué plus de 100 personnes au Kenya seulement, déplaçant des centaines de ménages, brisant les berges des rivières, les barrages et même les maisons.

    • Selon les scientifiques de la météorologie, cela est dû à l’oscillation ou à la variation irrégulière des températures de la surface de la mer – un phénomène lié au climat connu sous le nom de dipôle de l’océan Indien.
    • Les inondations en Afrique de l’Est se produisent quelques mois seulement après que les cyclones Idai et Kenneth ont balayé la région de l’Afrique australe, affectant plus de 2,2 millions de personnes au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi.
    • En général, l’analyse de Save the Children montre que rien qu’en 2019, plus de 1 200 personnes ont perdu la vie des suites de cyclones, d’inondations et de glissements de terrain au Mozambique, en Somalie, au Kenya, au Soudan et au Malawi, laissant au moins 33 millions de personnes aux niveaux d’urgence de l’insécurité alimentaire ou pire. Cela a eu une énorme implication financière sur les pays, les agences humanitaires et les familles individuelles se chiffrant en millions de dollars.

«Qu’allons-nous dire à notre peuple?», a demandé Roger Nkodo Dang, président du Parlement panafricain lors d’un événement à la COP25. «En tant que législateurs africains, nous devons jouer notre rôle, puis parler d’une seule voix pour appeler à un financement afin de développer la résilience», a-t-il déclaré.

En Afrique, le changement climatique a provoqué la sécheresse, un changement dans la distribution des précipitations, l’assèchement des rivières. Des inondations intenses provoquent des glissements de terrain et au Kenya, les habitants du comté de West Pokot sont actuellement aux prises avec la mort de 50 personnes qui ont été enterrées vivantes la semaine dernière par des glissements de terrain à la suite de fortes pluies qui continuent de pilonner la région de l’Afrique de l’Est. Crédit: Isaiah Esipisu / IPS

Selon Gareth Phillips, directeur du financement climatique et environnemental à la Banque africaine de développement (BAD), les politiciens africains peuvent tirer parti des fruits bas [avantages obtenus avec peu d’effort] en termes d’action climatique, mais seulement s’il existe des cadres législatifs solides.

«Nous pouvons commencer par promulguer une législation qui encourage les objectifs en matière d’énergies renouvelables et les obligations en matière de combustibles non fossiles, la suppression des subventions aux combustibles fossiles, tout en accordant des subventions aux énergies renouvelables et en observant les normes d’efficacité énergétique, les normes de construction et les performances», a déclaré Philips.

Il les a exhortés à se focaliser sur l’adaptation plutôt que sur l’atténuation, et à profiter du mécanisme des avantages de l’adaptation – un nouveau mécanisme en cours d’élaboration par la BAD qui est conçu pour faciliter les paiements aux développeurs de projets pour la fourniture d’avantages de l’adaptation certifiés.

Les délégués ont examiné le rôle des parlementaires africains dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris, en mettant l’accent sur les défis et les perspectives.

    • En vertu de l’accord, toutes les parties étaient censées soumettre leurs contributions déterminées au niveau national (CDN), qui sont un ensemble d’interventions préparées par les pays pour contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et s’adapter aux impacts du changement climatique.

Cependant, selon les résultats préliminaires d’une étude en cours commandée par l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA) dans huit pays sélectionnés – Botswana, Éthiopie, Gabon, Côte d’Ivoire, Kenya, Nigéria, Tanzanie et Zambie – il y a encore un long chemin à parcourir pour que les pays africains mettent en œuvre leurs CDN suggérés.

“Il est clair que de nombreux pays ne disposent pas de cadres juridiques sur le changement climatique, ce qui devrait être le principal vecteur de mise en œuvre de l’Accord de Paris”, a déclaré à IPS le Dr Mithika Mwenda, secrétaire exécutif de la PACJA.

Des pays comme le Kenya, qui a mis en place sa politique-cadre nationale sur les changements climatiques, progressaient mieux que ceux qui n’en avaient pas.

«Grâce à cette politique, nous avons pu intégrer le changement climatique dans tous les plans de développement nationaux, ce qui facilite l’allocation de fonds budgétaires à des activités spécifiques directement liées au changement climatique», le Dr Charles Mutai, directeur du changement climatique au ministère de l’environnement et des ressources naturelles au Kenya, a déclaré à IPS.

Sur la base de la législation nationale, les gouvernements des comtés ont emboîté le pas, où six d’entre eux ont déjà promulgué des législations spécifiques au comté sur le changement climatique, ce qui leur a permis d’allouer directement des fonds à l’adaptation et aux activités connexes.

Cependant, selon le nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), à moins que les émissions de GES ne baissent de 7,6% chaque année entre 2020 et 2030, le monde manquera l’occasion de se mettre en route vers l’objectif de température de 1,5 ° C de l’Accord de Paris ; et ceci est un indicateur de catastrophes climatiques encore plus dévastatrices que ce qu’on vit en ce moment.

Isaiah Esipisu