MAJURO, le 5 avril 2019 (IPS) – Dans le bureau de Jack Niedenthal à Majuro, on trouve un rappel sinistre de la sombre histoire des Îles Marshall, autrefois le site de dizaines d’essais nucléaires conduits par les États-Unis entre 1946 et 1962. Mais il offre également un message fort sur l’avenir de la nation insulaire.

«Compte tenu de ce que les Îles Marshall ont fait pour l’humanité, nous méritons les meilleurs soins de santé au monde», lit-on sur une affiche.

«Ce que vous voyez ici, c’est ce que je crois fermement», déclare Niedenthal, secrétaire de la Santé et du Développement humain.

En fait, aujourd’hui, le principal revenu national de cette nation insulaire du Pacifique, mis à part la vente de droits de pêche à des entreprises étrangères, est l’argent que les États-Unis versent à titre de compensation pour la réalisation des essais nucléaires par l’intermédiaire du Compact Trust Fund.

Beaucoup de ceux qui vivent sur les îles où les essais nucléaires avaient été réalisés souffrent de cancer. Ces cas s’ajoutent aux taux élevés de tuberculose, de diabète et de lèpre auxquels les autorités sanitaires doivent s’attaquer.

Niedenthal a déclaré à IPS que, bien que ces trois dernières maladies ne soient pas directement liées aux essais nucléaires ou aux rayonnements, les 53 000 citoyens de la nation doivent pouvoir exercer leur droit à une bonne santé et avoir la possibilité de vivre longtemps. Cependant, les ressources disponibles pour que de bons soins de santé soient accessibles à tous restent limitées.

Ainsi, Niedenthal adopte des mesures concrètes en intégrant des prestations destinés à soigner les personnes souffrant de deux des maladies les plus endémiques du pays, la tuberculose et la lèpre. Du dépistage des citoyens pour de nouveaux cas potentiels aux consultations chez des médecins et des infirmières, l’intégration est censée se traduire par des services de meilleure qualité et plus accessibles. «C’est un petit endroit. Si demain il y a une épidémie, cela va affecter tout le monde. Donc, un programme intégré nous aidera à être mieux préparés », déclare Niedenthal.

L’intégration est une étape naturelle dans le renforcement du secteur de la santé, mais elle devrait également incorporer la disponibilité continue des services, disent les experts de la santé. Si ces derniers ne sont pas assurés, l’intégration ne conduira pas à une amélioration significative et ne contribuera pas non plus à éliminer les maladies, en particulier la lèpre, a déclaré le Dr Arturo Cunanan, directeur du Culion Sanitarium and General Hospital aux Philippines et expert mondial en matière de lèpre.

«Idéalement, c’est comme ça que cela devrait être. Les soins pour la lèpre devraient être intégrés aux services de santé généraux. C’est le seul moyen de garantir la disponibilité des soins à tous les niveaux du secteur de la santé, du village à la ville.

«Si cela peut être fait, une personne touchée n’aura pas à se déplacer très loin dans une clinique spécialisée ou à dépendre d’un expert de niche, car chaque centre de santé aura une personne ayant un certain niveau d’expertise en matière de lèpre. Cependant, les deux doivent aller de pair parce que sans services soutenus et la disponibilité de cette expertise, l’intégration ne pourra rien réaliser », a déclaré Cunanan à IPS.

Jefferson Barton, sous-secrétaire de la République des Îles Marshall, a déclaré que le gouvernement considérait l’élimination de la lèpre comme une haute priorité. Crédit: Stella Paul / IPS

Selon Cunanan, la lèpre est «victime de son propre succès», ce qui signifie qu’en raison du nombre réduit de cas, elle n’est plus une priorité pour les gouvernements, même dans les pays où elle n’a pas encore été éliminée.

La faible priorité se reflète dans la faible affectation des ressources, l’inefficacité de la gestion du programme ainsi que le manque d’installations et de personnel qualifié.

Cependant, si la fourniture de services de santé intégrés promet de faciliter la gestion du programme de lutte contre la lèpre au niveau administratif, elle peut également créer une pénurie de personnel possédant des compétences spécialisées pour traiter la lèpre. La durabilité, par conséquent, doit être la clé, explique Cunanan.

Mais Jefferson Barton, secrétaire général adjoint de la République des Îles Marshall (RMI), a déclaré que le gouvernement considérait l’élimination de la lèpre comme une haute priorité.

«La santé et l’éducation sont nos priorités et même dans le domaine de la santé, nous nous focalisons sur l’éducation des Marshallais, en particulier des enfants, sur les problèmes de santé les plus importants», a déclaré Barton à IPS.

Cependant, il assure également que le pays est disposé à collaborer davantage avec des experts internationaux et des donateurs tels que la Sasakawa Health Foundation et son organisme de tutelle, la Nippon Foundation, afin de garantir de meilleurs soins de santé dans la RMI.

Globalement, le traitement de la lèpre est gratuit. Fabriquée et offerte par Novartis, la polychimiothérapie, ou PCT, est distribuée par l’Organisation mondiale de la santé.

Mais l’accès à d’autres services, tels que des informations sur la maladie, et des données crédibles, précises et épurées sur la lèpre et la tuberculose est loin d’être suffisant – un fait que Niedenthal admet. Cependant, il estime qu’avec le soutien de la communauté internationale, le pays peut surmonter ces défis et assurer des soins de santé durables à tous.

“Beaucoup de Marshallais voyagent et travaillent à l’étranger. S’ils sont porteurs d’une maladie, cela affectera les gens là-bas. Ainsi, lorsque vous nous donnez de l’argent pour contrôler la maladie ici, vous investissez dans votre propre bien-être », a déclaré Niedenthal.