MANILLE, le 5 mars 2019 (IPS) – Les organisations des personnes touchées par la lèpre en Asie ont convenu de mettre en place un secrétariat au niveau régional qui va appuyer les actions nationales de plaidoyer et représenter leur programme collectif lors d’une conférence mondiale qui va se tenir plus tard cette année.

Il s’agit de l’événement le plus significatif de l’Assemblée Régionale des Organisations des Personnes Touchées par la Lèpre en Asie qui s’est tenue à Manille du 3 au 5 mars. La Coalition des Défenseurs de la Lèpre des Philippines (CLAP) a été choisie par les délégués pour constituer le premier secrétariat régional.

Le directeur exécutif de la Fondation pour la Santé Sasakawa Mémorial (SMHF), le Dr Takaniro Nanri, a demandé que la première grande initiative du secrétariat porte sur la formulation d’ici le mois de juin d’une « feuille de route » comprenant l’agenda consensuel de l’Assemblée dont se serviront la SMHF et sa maison mère, La Fondation Nipponne (TNF), pour aider à mettre au point le programme de la conférence mondiale sur la lèpre qui aura lieu en septembre.

La SMHF et la TNF ont organisé l’assemblée générale en partenariat avec la CLAP et la Maison de Santé et Hôpital Général Culion (CSGH).

De la théorie à la pratique

Le Dr Arturo Cunanan, directeur de la CSGH a déclaré aux délégués réunis lors de la dernière journée de la conférence que « porter nos partenariats au-delà de ces murs, les mettre en action, constituent le grand défi » auquel doivent faire face les organisations nationales ayant représenté les Philippines, l’Indonésie, le Népal, la Chine et le Kiribati.

Considéré comme le principal expert des Philippines en matière de la lèpre, Cunanan s’est montré particulièrement optimiste quant à l’objectif de la conférence sur l’amélioration de la communication envers les parties prenantes.

« L’une des leçons la plus précieuse qui s’est dégagée de cette conférence a été l’apprentissage du marketing social et les intermédiations dont on peut se servir », a insisté Cunanan auprès des participants.

Cunanan a ajouté que la reconnaissance des opportunités économiques en tant que composante essentielle des stratégies d’inclusion sociale pour les personnes touchées par la lèpre constituait un autre élément clé de la conférence.

“Je pense qu’une chose importante qui a émergé ici est l’idée que la pauvreté est vraiment la racine de la stigmatisation et des préjugés”, a déclaré Cunanan à IPS. «Lorsque les gens ont des ressources financières, la discrimination disparaît. De toute évidence, la création d’opportunités économiques devrait être une priorité pour les différentes organisations nationales.”

Cunanan a souligné que la priorité venait compléter l’accent mis sur la durabilité organisationnelle, un thème émergent de la conférence. « C’est très similaire à la même idée selon laquelle les organisations doivent trouver des programmes générateurs de revenus afin d’être viables », a déclaré Cunanan. Réitérant le point qu’il a présenté à l’assemblée, il a ajouté que l’objectif des organisations devrait être de mettre la “théorie en pratique” et de développer des actions concrètes à partir de ce qu’elles ont appris.

Les représentants des organisations participantes ont discuté de divers objectifs nationaux et régionaux en matière de sensibilisation à la lèpre en Asie. L’un des résultats importants de la conférence a été la création d’un secrétariat régional chargé de coordonner et de représenter le programme asiatique lors d’un prochain congrès mondial sur la lèpre. Crédit: Ben Kritz / IPS

Consensus clair

En commençant par le thème général «Améliorer l’inclusion sociale», l’Assemblée Régionale des Organisations de Personnes Touchées par la Lèpre en Asie a d’emblée identifié quatre domaines de discussion : la préservation de l’histoire de la lèpre et de son traitement ; défendre les droits de l’homme et éliminer les stigmates associés à la lèpre ; améliorer la prestation des services de santé publique ; et la durabilité des organisations.

Le consensus parmi les organisations participantes était que la durabilité était en effet une priorité essentielle et constituait peut-être le défi le plus important auquel font face les organisations de défense de la lèpre au niveau national.

Les participants à la conférence ont également convenu d’un autre point clé de l’ordre du jour au niveau national, à savoir la nécessité d’améliorer la gestion des réseaux avec leurs gouvernements respectifs, ainsi qu’avec d’autres organisations clés. Dans cette optique, l’élaboration de stratégies visant à améliorer la perception du public des organisations, leur image de marque et leurs efforts de marketing a également été reconnue comme un objectif important des organisations nationales. Au cours de la conférence, l’importance de comprendre et de développer un marketing social efficace a été soulignée, à la fois par l’utilisation des médias sociaux et par des pratiques plus conventionnelles.

La mise en place d’un secrétariat régional a été considérée comme l’objectif le plus important au niveau collectif. Les participants à la conférence ont fait écho aux sentiments de Cunanan de la CSGH selon lesquels les idées partagées développées au cours des trois jours de pourparlers ne devraient pas être abandonnées à la « délitescence » lorsque les organisations retournent dans leurs pays d’origine.

Les participants à la conférence ont également convenu qu’il fallait donner la priorité à la création d’une «stratégie de développement durable» sur une base régionale, en tenant compte de la nécessité de renforcer les organisations nationales ainsi que le groupe régional. Cependant, le contenu de cette stratégie reste sujet à discussion entre les différents groupes.

Le renforcement des capacités, visant l’amélioration des capacités d’organisation et de gestion des organisations nationales, est également devenu un programme régional. Au cours de la conférence, le renforcement des capacités a été exprimé comme une préoccupation majeure pour de nombreuses organisations, car bon nombre de leurs membres manquent d’expérience de travail ou d’éducation pertinente. Une stratégie régionale pourrait aider à mettre en commun les ressources en talents parmi les organisations asiatiques, du moins jusqu’à ce que certains membres de leur personnel puissent acquérir plus d’expérience.

L’élaboration d’un cadre régional et de programmes nationaux individuels a fait de la première assemblée régionale des organisations de personnes touchées par la lèpre en Asie un succès, a confié Joseph “Boyet” Ongkiko, animateur de la conférence, à IPS.

«Ce qui me passionne, c’est de voir la réunion de différents groupes et, au sortir, l’essor d’un esprit d’unité de cœur et d’objectif», a déclaré Ongkiko. “Avec la lèpre, il y a des points communs dans les récits, mais ce que nous avons vu et entendu, ce sont des gens qui passent de victimes à vainqueurs.”

Nanri a dit à IPS que beaucoup restait encore à faire.

«Il y a une grande différence entre l’élimination et l’éradication. À ce jour, la plupart des pays ont éliminé la lèpre, mais celle-ci n’a pas encore été éradiquée, de nouveaux cas continuant d’apparaître. Pour éradiquer, nous avons besoin d’un dernier grand effort – ou de réveiller l’attention du public sur la lèpre », a-t-il déclaré, ajoutant que jusqu’à présent, les informations sur la lèpre n’étaient pas bien présentées.

“Si nous pouvons mieux cadrer ces informations, établir un meilleur partenariat avec les médias et obtenir un plus grand engagement politique, nous pourrons réactiver l’attention des gens.”

* Reportage supplémentaire de Stella Paul à Manille