ONTARIO, Canada, le 8 février 2019 (IPS) – Le Canada a introduit un nouveau guide des aliments sains en janvier 2019 et, pour la première fois, les industries de la viande, des produits laitiers et des aliments et boissons transformés n’y ont pas été impliquées. Basé sur les recommandations d’experts en santé et en nutrition, le guide met un nouvel accent sur la consommation de plantes, la boisson de l’eau et la cuisine à domicile.

Les experts de la santé préviennent depuis longtemps que les Canadiens ne mangent pas assez de légumes, de fruits et de grains entiers. Le nouveau guide veut orienter les régimes vers une proportion élevée d’aliments à base de plantes comme les légumineuses, les haricots et le tofu et moins de produits laitiers, d’œufs, de viande et de poisson. Il incite également les parents à limiter la consommation de jus de fruits et de boissons au lait édulcorées par les enfants.

«Une alimentation saine est essentielle au maintien d’un mode de vie sain et aide à prévenir les maladies chroniques telles que le diabète de type 2, les cardiopathies et certains cancers», a déclaré Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada.

Le nouveau guide du Canada est parmi les meilleurs au monde, déclare Wayne Roberts, analyste indépendant de la politique alimentaire et écrivain. «C’est comparable à l’excellent guide du Brésil qui met l’accent sur la consommation d’aliments frais et non transformés», a déclaré Roberts à IPS.

Jennifer Reynolds de Food Secure Canada, une alliance d’organisations et d’individus travaillant ensemble pour améliorer la sécurité alimentaire, indique que le guide va au-delà de conseiller les Canadiens sur les aliments à consommer. Il recommande de cuisiner à la maison, de manger ensemble et d’éviter les fast-foods.

Le nouveau guide alimentaire canadien pour manger sainement. Gracieuseté du gouvernement du Canada

Les Canadiens ont dépensé 19 milliards de dollars en restauration rapide en 2017, soit une moyenne de 2 200 dollars par an pour une famille de quatre personnes.

L’Unicef a classé le Canada 37ème sur 41 pays riches en matière d’alimentation saine pour les enfants. Le long chemin à parcourir pour élaborer un nouveau guide alimentaire représente une toute nouvelle orientation pour l’alimentation au Canada, a déclaré Reynolds lors d’une entrevue. Malgré un puissant lobby de l’industrie alimentaire, une nouvelle législation devrait limiter cette année la commercialisation de boissons et d’aliments malsains aux enfants.

L’adoption de régimes alimentaires à base de plantes est non seulement bénéfique pour la santé et la planète, mais c’est une occasion en or de rediriger le système agricole canadien axé sur les exportations vers une agriculture durable et de soutenir les économies rurales tout en luttant contre l’insécurité alimentaire, a déclaré Reynolds.

Bien que vivant dans un pays riche, plus d’un Canadien sur 10 n’a les moyens ni de se procurer ni d’avoir accès à suffisamment d’aliments nutritifs pour subvenir aux besoins de santé, rapportent des chercheurs de l’Université de Toronto.

Ils recommandent une politique alimentaire nationale réunissant tous les secteurs du gouvernement pour s’attaquer à ce problème de longue date. Une telle politique est cruellement nécessaire pour lutter non seulement contre la faim et la malnutrition, mais également pour faire face aux défis du changement climatique et du déclin des économies rurales, a déclaré Reynolds.

Une politique alimentaire nationale pourrait également traiter de la quantité choquante de déchets dans le système alimentaire canadien, où près de 60% de tous les aliments produits sont gaspillés, selon un nouveau rapport intitulé La Crise évitable de gaspillage alimentaire.

C’est la première fois que nous analysons le système de production alimentaire d’un pays, a déclaré Martin Gooch, PDG de VCMI (Value Chain Management International/Gestion des chaînes de valeur Internationale), une société qui aide les industries à réduire leurs coûts et à améliorer l’efficacité de leurs chaînes d’approvisionnement.

“J’ai été stupéfait par la quantité de déchets dans cette industrie”, a déclaré Gooch à IPS.

Cette recherche est une «première mondiale», car elle mesure le poids à l’aide d’un «système normalisé sur l’ensemble de la chaîne de valeur des aliments» et inclut tous les types d’aliments, qu’ils soient terrestres ou aquatiques. Elle tient également compte des données primaires provenant de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et a consulté plus de 700 experts de l’industrie alimentaire.

La valeur de tous les aliments perdus ou gaspillés au Canada s’élève à 49 milliards de dollars, a déclaré Lori Nikkel de Second Harvest, une agence qui collecte les excédents de nourriture et les distribue aux personnes dans le besoin. L’étude VCMI a révélé qu’un tiers des déchets alimentaires canadiens pourraient être «sauvés» et envoyés aux communautés dans le besoin.

Les déchets surviennent à toutes les étapes de la production alimentaire, y compris les produits qu’on a laissés pourrir dans les champs en raison de pénuries de main-d’œuvre, de prix bas ou de commandes annulées. Un autre problème majeur est que l’industrie alimentaire se concentre sur la production d’énormes quantités d’aliments aussi bon marché que possible que sur la qualité, a déclaré Gooch. Lorsqu’une entreprise du secteur des vergers a privilégié la qualité, cela a entraîné une baisse dans les coûts, les bénéfices ont doublé, tandis que le volume total produit était identique ou inférieur.

La part du lion du gaspillage alimentaire intervient lors de la production et la transformation des aliments, l’étude a constaté. Seulement 14 pour cent du gaspillage alimentaire intervient au niveau des ménages. Les dates de péremption constituent l’autre cause majeure de gaspillage alimentaire, tant chez les consommateurs que chez les détaillants. Les pratiques de datation des produits n’ont rien à voir avec la sécurité alimentaire. Les entreprises peuvent utiliser n’importe quelle date. Il n’y a pas de normes ni de réglementations, et aucune date de péremption n’a été trouvée sur la plupart des produits il y a seulement 10 ans, a déclaré Gooch.

Compte tenu des connaissances acquises par Gooch sur le gaspillage alimentaire du Canada, il a été assez surpris de voir l’indice de durabilité des aliments classer le Canada parmi les meilleurs au monde en matière de prévention du gaspillage alimentaire, avec un score de 97,80 sur 100. «C’est faux, nous avons trouvé une quantité étonnante de gaspillage dans le système alimentaire canadien », a-t-il déclaré.

L’index a été élaboré par la fondation italienne Centre Barilla pour l’alimentation et la nutrition et par l’Unité de renseignement du magazine britannique The Economist. L’indice a classé 67 pays sur trois catégories: pertes et gaspillages d’aliments et d’eau, agriculture durable et défis nutritionnels. Le Canada s’est classé au troisième rang, à la grande surprise de toutes les personnes interviewées pour cet article.

Lorsqu’IPS a interrogé le Centre Barilla sur le gaspillage alimentaire, ce dernier a déclaré que le Canada se classait mal, en fait, au 65ème rang des 67 comtés avec 80 kg de déchets alimentaires par habitant et par an. Cependant, comme le Canada dispose d’un large éventail de politiques visant à lutter contre le gaspillage alimentaire, il a obtenu un classement final beaucoup plus élevé sur l’indice.

Cependant, l’étude VCMI a révélé que le volume réel de gaspillage alimentaire par habitant au Canada avoisinait les 1 000 kg par an, et non les 80 kg estimés.

La troisième place au classement général de l’Indice provient de la vigueur des politiques du Canada. «Bien que le Canada ne se comporte pas particulièrement bien dans la plupart des cas en ce qui concerne les indicateurs de résultats, le pays dispose de politiques strictes pour apporter des changements, en particulier par rapport aux États-Unis», a déclaré Valentina Gasbarri du Centre Barilla à IPS par courrier électronique.

“Nous sommes ouverts aux discussions sur les améliorations qui pourraient être apportées [à l’Index]”, a déclaré Gasbarri.

Peut-être l’indice était-il trop axé sur la politique et les intentions, a pensé Roberts. «Cela ne représente certainement pas la réalité sur le terrain au Canada.»