GARU et TEMPANE, Ghana, 20 août 2018 (IPS) – Dans la torride région Upper East du Ghana, la saison sèche est longue et, sur des kilomètres tout autour, il n’y a que de la terre aride et sèche. Ici, dans certaines zones, il n’est pas rare que la moitié de la population féminine migre vers le sud du pays à la recherche de travail, emmenant souvent ses jeunes enfants avec elle.

“Nous avons réalisé que la longue période de sécheresse, les terres dénudées et la température élevée de 40 degrés ainsi que l’absence d’installations d’irrigation pour permettre aux agriculteurs de les cultiver toute l’année … les ont effectivement mises au chômage pendant la saison sèche longue de sept mois”, a déclaré à IPS, Ayaaba Atumoce, chef de la communauté Akaratshie des districts de Garu et de Tempane.

Il y a à peine trois ans, les districts de Garu et de Tempane, qui couvrent 1 230 kilomètres carrés ou 123 000 hectares, comptaient de grandes portions de terres arides et dégradées. Maintenant, il y a des poches d’herbe luxuriante, des neemiers, des baies et des fruits locaux sur quelque 250 hectares de terres restaurées. La terre aride commence à prospérer, quoique lentement.

Atumoce se souvient que pendant son enfance la région était recouverte d’une dense forêt. Mais cette couverture a progressivement diminué au fil du temps, les communautés majoritairement agricoles complétant leur revenu en fabriquant du charbon de bois qu’elles vendaent dans les métropoles régionales. Selon le rapport 2015 sur la cartographie de la pauvreté au Ghana, le taux de pauvreté dans ces deux districts est de 54,5%, soit 70 087 personnes, ce qui représente le plus grand nombre de personnes démunies dans toute la région.

La vitesse à laquelle les arbres ont été abattus a dépassé la vitesse à laquelle les nouveaux arbres ont poussé, si jamais ils le faisaient. Et très tôt il y a eu de moins en moins d’arbres pour que les gens puissent fabriquer du charbon de bois. Les pousses ont rapidement été incapables de se développer car la terre était devenue dure et manquait d’éléments nutritifs.

Et les tendances pluviométriques ont changé.

“Auparavant, nous préparions nos terres agricoles début février et commencions à semer lorsque les pluies commençaient fin mars ou début avril et se terminaient fin septembre ou mi-octobre. Maintenant, nos semis sont reportés à la fin de juin ou au début de juillet et se terminent à peu près à la même période. Nous obtenons de faibles rendements », déclare Atumoce.

Carl Kojo Fiati, directeur des ressources naturelles à l’Agence de protection de l’environnement du Ghana, fait savoir à IPS que la déforestation et la mise à feu aveugle des forêts dans la région Upper East ont réduit la bande des cycles naturels, un cycle naturel d’évaporation, de condensation et de précipitations, et ont entraîné une diminution de la pluviométrie et engendré des terres improductives.

“Lorsqu’on laisse les arbustes pousser, ils tirent du sol de l’eau qui s’évapore dans l’atmosphère et devient de l’humidité. Cette humidité s’ajoute à d’autres formes d’évaporation, qui se condensent et retombent sous forme de pluie », explique-t-il.

 

Femmes et enfants affectés

La diminution de la pluviométrie a considérablement affecté cette communauté. Selon le rapport annuel 2014 des districts de Garu et de Tempane, de novembre 2013 à avril 2014, une grande partie de la population a migré vers le sud à la recherche d’un emploi. Suivant ce rapport, 53% des femmes des municipalités de Kpikpira et de Worinyanga ont migré avec leurs enfants vers le sud du Ghana pour chercher des emplois subalternes, exposant leurs enfants à diverses formes de maltraitance et les privant de besoins essentiels tels que le logement, l’éducation, les soins de santé et la protection.

Mais il y a trois ans, World Vision International (WVI) Ghana a commencé à mettre en œuvre le programme de régénération naturelle gérée par les agriculteurs (FMNR(RNA)). La FMNR est une technique de restauration des terres à faible coût.

“Après avoir regardé la vidéo [présentée par WVI], nous avons appris et compris que nous souffrions de toutes ces conséquences parce que nous récoltions des arbres pour le bois de construction et le bois de chauffage et débarrassions constamment nos terres de la végétation”, explique Atumoce.

Mais à ce moment-là, les agriculteurs de Garu et de Tempane savaient déjà que leurs cultures comme le maïs, le mil, les arachides, les oignons et la pastèque ne pousseraient pas sans l’utilisation d’engrais chimiques, explique Atumoce.

“Depuis 20 ans, nos parcelles ne sont pas fertiles car on ne peut pas planter sans appliquer d’engrais. Il y avait une longue période de sécheresse; J’ai observé cela parce que la saison des pluies a été retardée et la période de pluie s’est maintenant raccourcie. Cela a diminué notre rendement agricole et nous a laissé pauvre », explique Atumoce.

Asher Nkegbe, point focal de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et la sécheresse au Ghana, explique à IPS que le Ghana a adopté la neutralité de dégradation des terres (NDT) et établi des contributions prévues déterminées au niveau national (CDN). Les CDN sont des engagements pris par le gouvernement pour lutter contre le changement climatique d’ici 2030. Dans le cadre des CDN, le Ghana s’est engagé à reboiser 20 000 ha de terres dégradées chaque année.

Cela sous-entend l’identification des zones fortement dégradées, l’établissement d’une base de référence et l’augmentation de la couverture végétale. Les districts de Garu et de Tempane sont considérés comme des zones clés de la NDT.

Les ressources naturelles du Ghana disparaissent à un rythme alarmant. Plus de 50% de la superficie forestière d’origine ont été convertis en terres agricoles par des méthodes de défrichement sur brûlis. Selon un rapport de la Banque mondiale, les populations de faune sauvage connaissent un grave déclin et de nombreuses espèces sont en voie de disparition.

Les districts de Garu et de Tempane étaient les deuxième et troisième zones dans lesquelles le projet a été mis en œuvre, conjointement avec le ministère de l’alimentation et de l’agriculture, le service national des sapeurs-pompiers du Ghana et d’autres organismes gouvernementaux. Entre 2009 et 2012, le projet pilote a été mené à Talensi, dans le district de Nabdam, relevant également de la région Upper East.

Les projets ont été remis aux communautés et un autre est en cours d’introduction dans le district de Bawku Est, également dans la région Upper East.

Les agriculteurs entreprennent des activités périodiques d’élagage sur la végétation à Susudi, dans la région Upper East du Ghana. Crédit: Albert Oppong-Ansah / IPS

Méthodes de restauration simples

La restauration à Garu et Tempane a commencé par l’utilisation de principes simples. Cette communauté composée majoritairement d’agriculteurs a choisi une zone dégradée et a été priée de ne pas détruire les arbustes mais de les protéger et de leur permettre de se développer.

Le ministère de l’alimentation et de l’agriculture leur a également enseigné comment élaguer périodiquement les tiges faibles, permettant ainsi aux pousses de se développer rapidement en arbres de taille normale. On leur a également conseillé de laisser les animaux paître sur la végétation pour que leurs excréments deviennent une source de fumier.

« La science complexe derrière la régénération et l’amélioration de la teneur en éléments nutritifs du sol est que les feuilles des arbustes ou de la végétation tombent et se décomposent. Les feuilles en décomposition constituent du carbone dans le sol et favorisent la croissance des plantes », explique Fiati.

Jusqu’à présent, 23 communautés de Garu et de Tempane ont adopté cette approche et 460 personnes ont été formées par le ministère de l’alimentation et de l’agriculture. Les sapeurs-pompiers du Ghana ont également formé des volontaires aux techniques de lutte contre les incendies. Des brigades de volontaires communautaires ont alors été formées, et celles-ci jouent un rôle actif dans la lutte contre les feux de brousse qui menacent les terres.

De nouvelles règles visant à réglementer la récolte du bois excédentaire, des herbes et d’autres ressources ont également été adoptées et appliquées pour empêcher l’abattage aveugle des arbres.

On estime que les districts de Garu, Tempane et Talensi comptent à l’heure actuelle plus de 868 580 arbres, avec une densité moyenne d’environ 4 343 arbres par hectare, contre environ 10 arbres par hectare.

“Nous avons donné aux fermiers du bétail à élever comme source de subsistance alternative afin que les agriculteurs ne retournent pas à la combustion du bois”, a déclaré à IPS, Maxwell Amedi, responsable technique de la sécurité alimentaire et de la résilience chez WVI Ghana.

Un nombre important de personnes, y compris les mamans et leurs enfants, restent maintenant dans la région grâce à cette autre source de revenus.

Amedi note que les forêts sont indispensables pour réaliser la vision partagée du monde pour ses habitants et pour la planète. Les forêts, dit-il, sont essentielles à la prospérité future et à la stabilité du climat mondial.

Talaata Aburgi, 60 ans, de la communauté Susudi dans les districts de Garu et de Tempane, a déclaré à IPS que les neemiers ont toujours été utilisés pour soigner le diabète, les ulcères cutanés, le contrôle des naissances, le paludisme et les maux d’estomac. Elle est heureuse que ces arbres repeuplent maintenant la zone.

De plus, les baies rouges et jaunes et autres fruits locaux ont recommencé à croître. Des oiseaux, des papillons et des animaux sauvages, tels que des singes et des lapins, ont réapparu. Lorsque IPS a parcouru la région et visité la ferme d’Aburgi, nous avons vu un nombre important d’agriculteurs adopter la RNA.

Le projet RNA, dit Fiati, est une excellente méthode pour corriger le problème de la diminution des précipitations, en synchronisant le cycle de production avec la nature.

Nkegbe se montre optimiste.

“Avec les leçons apprises et les résultats observés à travers les initiatives de régénération, il y a de l’espoir. Nous sommes en train de les développer et nous les avons même élargies pour inclure des guérisseurs traditionnels et avons créé 14 herbiers. Ce n’est peut-être pas 100%, mais il y a des signes positifs. On a besoin de plus de soutien”, a déclaré Nkegbe.

Pour sa part,  Aburgi estime que l’adoption de cette initiative a permis aux jeunes éleveurs de passer moins de temps à chercher des pâturages et plus de temps à fréquenter l’école.

“N’eût été cette initiative, nos plus jeunes et futures générations n’auront peut-être jamais connu la beauté et l’importance de ces arbres locaux, car ils auraient tous été détruits”, a déclaré Aburgi.