CODRINGTON, Barbuda, 26 sep (IPS) – Les pêcheurs locaux n'apprécient pas un grand ensemble de nouvelles règles de gestion de l’océan promulguées comme loi par le Conseil de Barbuda, visant à définir en zones leurs eaux côtières, à renforcer la gestion des pêches, et à établir un réseau de sanctuaires marins.

Directeur du Complexe pour la recherche à Barbuda, John Mussington, a critiqué l’initiative 'Blue Halo', pas pour ses objectifs louables, mais parce qu'il croit qu'elle a besoin d'une approche plus inclusive qui prend en compte le changement climatique et offre aux pêcheurs une alternative.

“Je ne pense pas que vous aurez la coopération des pêcheurs de Barbuda”, a-t-il prévenu.

“Je suis directement impliqué dans les efforts de conservation à Barbuda depuis 1983, et plus encore à partir de 1991, où je suis impliqué dans chaque projet lié à la conservation des ressources, en particulier concernant la pêche, donc quand je parle concernant ce sujet, je parle sur cette base”, a déclaré Mussington à IPS.

Les règlements définissent cinq sanctuaires marins, protégeant collectivement 33 pour cent (139 km2) de la zone côtière, pour permettre aux populations de poissons de se reconstituer et aux habitats de se rétablir.

Pour restaurer les récifs coralliens, il a été complètement interdit d’attraper les poissons-perroquets et les échinidés, puisque ces herbivores sont essentiels pour maintenir bas les niveaux d'algues sur les récifs de corail bas afin que le corail puisse prospérer. Barbuda est la première île des Caraïbes à mettre en place ces mesures audacieuses et importantes.

Mais Mussington a déclaré que les règlements et les initiatives qui adoptés comme loi ne sont pas susceptibles de marcher pour trois raisons.

“Un, la science sur laquelle se fonde l'initiative est mauvaise et une fois que vous avez une mauvaise science pour commencer, vous ne pouvez pas vous attendre à obtenir de bons résultats”, a-t-il indiqué.

“La deuxième raison pour laquelle elle sera contestée a trait à l'administration du gouvernement local qui a des antécédents de non-respect des règlements et un manque de volonté et de capacité par rapport à l'application des règlements.

“Le troisième point sur lequel cette initiative va probablement échouer concerne l'engagement des acteurs. Vous ne pouvez pas venir dans une communauté et engager fondamentalement des acteurs d'une manière qui entraîne essentiellement la division et la mise à l'écart des gens. Les choses n'ont pas fonctionné de cette façon”, a ajouté Mussington.

Présidente du Musée national d'histoire naturelle à Washington DC, Dr Nancy Knowlton, n'est pas d'accord. Elle a cité un important rapport récent basé sur 90 lieux différents à travers les Caraïbes, qui montre clairement que dans les endroits où la pêche est bien gérée, les récifs sont beaucoup plus sains.

“Dans bon nombre de ces endroits, le tourisme lié à l'océan constitue effet une grande partie des moyens de subsistance alternatifs, et afin que cela prenne, vous devez avoir un écosystème sain, donc je suis beaucoup plus optimiste quant aux chances que 'Bleue Halo' soit une sorte de fer de lance pour la bonne gestion des récifs dans les Caraïbes”, a-t-elle indiqué à IPS.

“J'ai été dans des endroits où il n'y a aucune gestion, comme la Jamaïque où j'ai passé plusieurs années, et je peux dire par expérience que les pêcheurs là-bas sont extrêmement pauvres et ils sont pauvres parce que la pêche a été si mal gérée qu'il ne reste plus quelque chose à attraper”.

Ce rapport, qui a résumé une étude menée sur trois ans par 90 experts internationaux et a été publiée par le Réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN), l'Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), renfermait étonnamment quelques bonnes nouvelles.

Selon les auteurs, la restauration des populations de poissons-perroquets et l'amélioration d'autres stratégies de gestion, telles que la protection contre la surpêche et de la pollution côtière excessive, peut aider les récifs à reprendre et même les rendre plus résistants aux impacts futurs des changements climatiques.

L'étude montre également que certains des récifs coralliens des Caraïbes les plus sains sont ceux qui abritent de grandes populations poissons-perroquets qui broutent.

Il s'agit notamment du Sanctuaire marin national des banques de jardin de fleurs dans le golfe du Mexique, des Bermudes et de Bonaire au nord, “qui ont tous limité ou interdit les pratiques de pêche qui nuisent aux poissons-perroquets, telles que les pièges à poissons et la pêche à lance”.

L’étude exhorte d’autres pays à faire de même.

Pourtant, selon l'ancien président de la Coopérative des pêcheurs d’Antigua-et-Barbuda, Gerald Price, l'avenir s'annonce “très sombre” pour les pêcheurs de Barbuda dans le cadre de 'Blue Halo'.

Il a dit que la dernière fois qu'il a vérifié les statistiques pour Barbuda, il y avait environ 43 bateaux de pêche actifs, et que chacun peut avoir trois à quatre pêcheurs à bord. “Que vont-ils faire et comment vont-ils gagner leur vie?”, s’est demandé Price.

“Barbuda est légèrement différent d’Antigua puisqu’à Antigua nos pêcheurs ont généralement une alternative. Ils sont soit charpentiers ou maçons, ou ils trouvent du travail dans les hôtels. A Barbuda, comme nous l'entendons, ils sont 100 pour cent dépendants de la pêche. Ça [l’avenir] va être sombre, très sombre”.

La création des nouveaux règlements sur Barbuda s'est produite sous l'égide de l'Initiative 'Blue Halo' de Barbuda, une collaboration entre le Conseil de Barbuda, le gouvernement d’Antigua-et-Barbuda, la Division des pêches de Barbuda, le Parc de la lagune de Codrington, et l'Institut Waitt. L'Institut Waitt a fourni toute la science, la cartographie et les communications, proposé des recommandations en matière de politique, et a coordonné toute l'Initiative.

“Je salue avec enthousiasme les mesures mises en place à Barbuda, en particulier la protection des poissons-perroquets et des échinidés. La protection de ces herbivores très importants est la première étape essentielle vers la récupération des récifs des Caraïbes de la forte dégradation qu'ils ont subie au cours des 50 dernières années”, a déclaré Jeremy Jackson, directeur du Réseau mondial de surveillance des récifs coralliens (GCRMN) à l'UICN.

Egalement inclus dans les règlements, c’est le hiatus de pêche de deux ans pour la lagune de Codrington, la principale zone de reproduction des nephropidae et des poissons. Cette lagune, une zone humide de Ramsar d'importance internationale, est l'un des écosystèmes de mangroves les plus vastes et intacts des Caraïbes, et abrite la plus grande colonie de magnifiques frégates au monde.

Mais Mussington a dit que déclarer la lagune de Codrington comme étant une zone sanctuaire aura l’effet inverse.

“L'importance culturelle de cette lagune, les ressources qui y sont et l'histoire sur laquelle elle est basée en termes de fourniture des moyens de subsistance et de sécurité alimentaire pour les habitants de Barbuda – vous comprendrez que faire une telle déclaration est contre-productif”, a-t-il indiqué.

Edité par Kitty Stapp Traduit en français par Roland Kocouvi L’auteur peut être contacté à l’adresse e-mail: destinydlb@gmail.com