DROITS-RD CONGO: Cris d’alarme des personnes handicapées

KIKWIT, RD Congo, 2 mars (IPS) – Malgré les efforts accomplis pour remédier aux problèmes des personnes vivant avec un handicap (PVH) en République démocratique du Congo (RDC), leur situation sociale n’a pas changé, même si la constitution du pays a prévu certaines garanties pour elles depuis plus de cinq ans.

Depuis plusieurs décennies, les PVH croupissent dans une grande marginalisation en RDC. «Ils sont environ 9,1 millions qui vivent avec un handicap, sur les quelque 60 millions de Congolais, soit 11 pour cent de la population de la RDC», a indiqué Patrick Pindu, coordinateur de la Fédération nationale des associations des personnes vivant avec un handicap au Congo (FENAPHACO).

Pindu, qui s’exprimait à l’occasion de la première Journée de partage et de solidarité organisée à Kikwit, dans le sud-ouest de la RDC, en février, a ajouté: «Parmi ces PVH, 90 pour cent sont analphabètes; 93 pour cent sont au chômage et 96 pour cent vivent dans un environnement malsain et inhumain».

«Comme vous me voyez, je ne mange pas convenablement faute de moyens financiers. Je ne parviens pas à acheter régulièrement des habits pour que je puisse paraître comme un être humain digne de ce nom, même si je suis dans une association», témoigne, inquiète, Jolie Apelo, un handicapé physique, membre de l’Association des handicapés et personnes invalides de Kikwit (AHPIK) qui regroupe environ 350 PVH.

L’AHPIK figure parmi les 226 associations que compte la FENAPHACO, un réseau travaillant pour la défense, la promotion et la protection des droits des PVH.

A N’djili, une des communes de Kinshasa, la capitale congolaise, Godefroid Kiyaka, surnommé «Vadio» en raison de son état, marche à l’aide de ses genoux et ses mains car ses jambes sont très déformées. «Je n’ai pas de vélo pour faire de longues distances. Beaucoup de gens me fuient quand je sollicite leur générosité en cas de besoin», affirme-t-il à IPS.

De son côté, Alphonse Mumbaka, 22 ans, orphelin de père et résidant à Kikwit, se déplace grâce aux béquilles, et est analphabète. «Personne ne m’a scolarisé», dit-il à IPS, d’un air malheureux.

Pindu a également regretté le fait que la RDC soit parmi les pays qui n’ont pas encore ratifié la Convention internationale des Nations Unies de 1993 pour la protection des personnes vivant avec un handicap.

«La personne du troisième âge et la personne avec un handicap ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs besoins physiques, intellectuels et moraux», stipule pourtant l’article 49 de la constitution de la RDC datant de 2006.

«L’Etat a le devoir de promouvoir la présence de la personne avec un handicap au sein des institutions nationales, provinciales et locales», ajoute la constitution.

Pour tenter de remédier aux nombreux problèmes des personnes handicapées, des efforts ont été conjugués, soit par elles-mêmes soit par d’autres groupes ou communautés.

«Nous avons mis sur pied, depuis plus de trois ans, un 'Institut national de formation de PVH' où les enseignants leur apprennent la technologie appropriée pour la fabrication de savons, de parfums, pain amélioré, etc. Cela les aide à se prendre en charge», indique Jean Etienne Makila, directeur général de cet institut, un handicapé physique lui aussi.

«Dans la province du Bas-Congo (ouest du pays), le gouvernement provincial, avait, pour la première fois, débloqué en 2011 deux millions des francs congolais (environ 2.180 dollars) pour créer des micro-crédits confiés à des associations de personnes handicapées», ajoute-t-il.

Selon Makila, il existe également à Kinshasa la «Cellule femme, famille et enfant vivant avec handicap» qui encadre des femmes et jeunes filles handicapées pour qu’elles ne se sous-estiment pas.

Pour sa part, le diocèse de Kikwit a mis sur pied, depuis plus de cinq ans, deux écoles pour les PVH. L’une appelée 'Bo ta mona' ('Ils vont voir' en langue locale Kikongo) qui apprend aux aveugles à lire et écrire grâce à l’écriture braille. L’autre, 'Bo ta tuba' ('Ils vont parler'), qui est une école de sourds-muets.

Mais des analystes estiment qu’en dépit de ces efforts, la situation des PVH demeurent encore très préoccupante eu égard à leur nombre assez élevé dans le pays.

“Si je ne me débrouille pas au marché grâce aux pains que je fabrique, je n'allais pas m'en sortir pour nourrir mes enfants, puisque rares sont des handicapés qui sont engagés dans des entreprises”, déclare à IPS, Madeleine Murakupa, une handicapée physique, mère de deux enfants dans une commune de Kikwit.

“Ce n’est pas normal que le gouvernement central ne s’implique pas encore pour résoudre le problème des PVH. Ces personnes handicapées doivent jouir de tous les droits comme tout le monde”, souligne Cyrile Mupasa, de la Ligue pour la défense des droits des enfants et des élèves de la zone Afrique centrale.

Le ministère des Affaires sociales “va tout faire pour que le Congo puisse ratifier cette convention” par le parlement nouvellement élu, déclare Kaseya Kibishi, secrétaire général de ce ministère qui, ajoute-t-il, “a déjà appuyé beaucoup d'associations de PVH à Kinshasa et dans quelques provinces”, sans donner de précisions.