NAIROBI, 29 fév (IPS) – Jesse Mtembe, un infirmier en chef au Centre de santé Akithenesit à Teso North, dans la Province occidentale du Kenya, ne peut pas attendre que son centre soit connecté à un nouveau logiciel, qui est en conception dans la première université privée du pays, avant de diagnostiquer le VIH chez les nourrissons.

Bientôt les patients de Mtembe pourront recevoir les résultats des tests de HIV de leurs enfants dès que les analyses de sang appropriées ont été effectuées dans l'un des laboratoires centraux du pays, situé à près de 200 kilomètres. Actuellement, les parents dans les centres de santé ruraux attendent jusqu'à 18 semaines pour obtenir les résultats des analyses de sang. Depuis 2011, les étudiants de 'Strathmore University' au Kenya sont en train de développer et de peaufiner un logiciel de dépistage instantané du VIH chez les enfants. Ce logiciel a été mis en œuvre dans 75 centres de santé dans les régions les plus reculées du pays dans le cadre d'une première phase d’essais. Le logiciel semble assez simple. Les échantillons de sang arrivent dans l'un des quatre principaux Programmes nationaux de contrôle du SIDA et des infections sexuellement transmissibles du pays et à l’Unité de recherche médicale de l’armée américaine. Le projet est financé par l'Initiative Clinton pour l’accès à la santé. “L'application de la base de données a permis une analyse en temps réel des informations recueillies pour des interventions actives, et a une large couverture géographique”, a expliqué à IPS, Silvia Kadima, une chercheuse au laboratoire de dépistage du VIH du 'Kenya Medical Research Institute' (Institut de recherche médicale du Kenya). “Nous prévoyons que d'ici à avril de cette année, le logiciel sera adapté aux besoins locaux du Kenya, et cela, lorsqu’il sera officiellement lancé et introduit par le gouvernement”, a indiqué Kadima. Elle a affirmé que 50 autres installations seraient connectées pour plus de phases d'essai avant que le produit ne soit officiellement introduit plus tard cette année. Le Kenya compte au total 904 centres de santé publics. Le système est un soulagement opportun pour des endroits reculés comme le Centre de santé Akithenesit. “Etant donné que notre centre de santé se situe dans une région reculée, nous sommes obligés de dépendre des coups de pouce offerts par les agents du camp militaire voisin pour transporter les échantillons à (l'Hôpital d'Alupe à Busia), à environ 200 kilomètres, où il existe un centre de dépistage instantané du VIH infantile”, a déclaré Mtembe. C'est un voyage qui dure au minimum 10 heures en raison du mauvais état de la route. “Après quelques mois, nous faisons ensuite le même trajet pour aller chercher les résultats. Et s’ils ne sont pas prêts, alors nous sommes obligés d’organiser un nouveau voyage un autre jour”, a expliqué Mtembe, qui est également chef du centre, qui dispose seulement de trois infirmier(ère)s. Toutefois, dans le comté de Kitui, dans la Province orientale, les habitants disent qu'ils ressentent déjà l'impact du système. “Pour mes deux premiers bébés, j'ai reçu leurs résultats du test du VIH 18 semaines après la prise de sang, et cela a été fait lors des consultations cliniques postnatales de routine. Mais pour mon troisième enfant, j'ai reçu un message sur mon téléphone cinq jours après le prélèvement de l'échantillon, me demandant de venir chercher les résultats”, a déclaré Elizabeth Mwende, une habitante du village de Mutomo à Kitui. La différence de 17 semaines pour obtenir les résultats du test du VIH d'un nourrisson est capitale pour un traitement efficace. “Le dépistage du VIH chez les nourrissons, dans les six semaines suivant la naissance, permet une initiation à temps de la thérapie anti-rétrovirale (TAR) pour les enfants de moins de deux ans et peut sauver des vies. Sans la TAR, jusqu'à 50 pour cent des enfants qui ont contracté le virus auprès de leur mère, mourraient généralement avant l'âge de deux ans”, a déclaré Dr Lucy Matu, de la 'Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation' (Fondation Elizabeth Glaser de lutte contre le SIDA pédiatrique). “Le dépistage précoce chez le nourrisson permet une intervention précoce et à temps. Si (le test) d’un enfant d'une mère séropositive s'avère négatif, alors des mesures préventives appropriées seront mises en place pour veiller à ce qu'il n'acquière pas du tout le virus”, a ajouté cette conseillère à la prévention de la transmission de la mère à l'enfant au sein de la fondation.