KIKWIT, RD Congo, 2 déc (IPS) – Les Congolais attendent les résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre dont trois des 11 candidats demandent l’annulation, alors que le principal candidat de l’opposition, Etienne Tshisekedi et le président sortant, Joseph Kabila, paraissent certains, chacun, de sa victoire à ce scrutin à un tour.
Mais, la population de la République démocratique du Congo (RDC) est finalement allée voter pendant trois jours, du 28 au 30 novembre pour élire le chef de l’Etat et les députés nationaux, au lieu d’une seule journée prévue initialement pour les deux scrutins. La raison est que ce double scrutin était émaillé de plusieurs irrégularités et incidents parfois graves ayant retardé ou empêché les opérations de vote.
Le 30 novembre 2011, au centre de vote du collège Saint Boniface de Masina, une des communes de Kinshasa, la capitale de la RDC, plusieurs dizaines d’électeurs envahissent la cour depuis 7 heures locales du matin (6H GMT). Mais, les opérations n’ont commencé qu’à 11 heures (10H GMT) suite au retard dans l’acheminement du matériel électoral, notamment les bulletins de vote. C’était pourtant la raison qui avait freiné le scrutin les deux premiers jours.
«J’ai accompli mon devoir civique vers 13 heures en présence des observateurs nationaux et internationaux ainsi que des témoins des partis politiques. Beaucoup de gens ont été découragés», déclare à IPS, Junior Mvula, un étudiant de l’Université de Kinshasa.
A Kazambangwangwa, une localité située à 110 kilomètres de Kikwit, dans la province du Bandundu (sud-ouest de la RDC), la population a voté le 29 novembre. «Tous les matériels étaient arrivés le 28 novembre vars 19 heures. Beaucoup d’électeurs des villages environnants étaient déjà rentrés lundi soir chez eux, fatigués», explique Justin Kabasa, un des formateurs de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) sur place.
Enervée, Françoise Kapita, une habitante de Kikwit, n’a pas voté le 28 novembre. «J’ai parcouru tous les bureaux de vote du centre, je n’ai pas retrouvé mon nom sur la liste électorale; pourtant, je m’étais fait enrôler dans ce centre de Wayi-wayi», indique-t-elle à IPS, sa carte d’électeur en main, rentrant chez elle.
Plusieurs électeurs en RDC ont connu cette situation pendant le déroulement des élections. Pourtant, la CENI avait, à la veille, publié un communiqué qui autorisait tous les électeurs, détenteurs de leur carte, à voter dans des centres où ils se sont fait enrôler, même si leurs noms ne figuraient pas sur les listes électorales affichées.
A Muvuma, une localité non loin de Kikwit, la police a mis la main, le 28 novembre, sur Yvone Mbani, une infirmière titulaire dans un centre de santé de la place, accusée d’organiser la fraude.
«Cette femme détenait des isoloirs, des urnes et des papiers d’administration alors qu’elle n’est pas un agent de la CENI. Ces matériels étaient destinés à un centre de vote du secteur Imbongo», déclare à IPS, Patrick Tshefu, procureur de la République au parquet de grande instance de Kikwit où la dame est détenue.
Tshefu ajoute qu’une enquête est ouverte pour faire la lumière sur ces faits et que le dossier est sous instruction.
«Au centre Bakole à Kananga (centre du pays), la population très furieuse a brûlé trois bureaux de vote et le matériel électoral», témoigne, Julienne Elameji, une religieuse qui travaille au chef-lieu de cette région, la province du Kasaï occidental.
«La colère était montée parce que le président du centre Bakole avait dit à la population que sur six bureaux de vote, trois seulement étaient équipés et que les trois autres n’avaient pas de matériels», explique Elameji à IPS.
«D’autres matériels de la CENI, y compris les bulletins de vote, ont été brûlés le 28 novembre par la population à Lwandanda, un village situé à 25 km au sud de Kananga, suite au retard avec lequel le matériel était arrivé, soit vers 15 heures locales», indique Michel Tshiyoyo, journaliste à une radio-télévision privée de Kananga.
A Lubumbashi, dans la province du Katanga (sud-est de la RDC), les gens déplorent une attaque armée. «Au centre de l’école primaire Ndjandja, dans la commune de Kampemba, des hommes armés non identifiés sont entrés dans des bureaux de vote et pris le matériel électoral et tiré sur des policiers lundi (28 novembre) lorsqu’ils voulaient résister. Bilan: trois policiers morts et une électrice tuée par une balle perdue», déclare à IPS, Sylvie Manda Kabongo, journaliste d’une radio locale. «Des gens pensent que ces assaillants peuvent être des militaires ex-katangais» (anciens rebelles de la région), ajoute-t-elle. Certains partis politiques, en particulier l’Union pour la démocratie et le progrès social du candidat opposant Tshisekedi, ont dénoncé plusieurs tentatives de fraude dans des bureaux de vote, notamment à Kananga où des gens affirment avoir vu des urnes remplies de bulletins avant le début des opérations électorales. Pour sa part, le président de la CENI, Daniel Ngoy Mulunda, a déclaré: «Nous avons fonctionné à 99,2 pour cent car sur 63.380 bureaux de vote, seulement 485 ont connu des problèmes… Là où il y a eu des problèmes, nous avons organisé des votes après. La situation n’aura pas d’incidence sur les résultats».
«Le vote a été organisé dans la précipitation. Si la CENI avait reporté le scrutin, peut-être que cette situation n’arriverait pas», estime Floribert Kiama, directeur adjoint du Centre culturel Mwinda, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Kikwit et dont certains membres ont observé les élections dans un réseau national.
Après tous ces incidents et irrégularités, Justine Kakesa, présidente de la Dynamique de la jeunesse féminine congolaise, une ONG nationale qui regroupe et encadre les jeunes filles dans toutes les provinces du pays, s’interroge: «Est-ce que les candidats accepteront facilement les résultats?»

