MBABANE, 19 août (IPS) – Malgré les 2,4 milliards d’emalangeni (342 millions de dollars) prêtés par le gouvernement sud-africain à son voisin, à court d'argent, le Swaziland, celui-ci s'enfonce davantage dans la dette.
Alors que l'argent n’est pas encore remis au Swaziland – le premier décaissement sera fait à la fin du mois d'août – diverses institutions et organisations ne s’accordent pas sur ce que le gouvernement devrait faire avec cet argent.
La plupart des créanciers du gouvernement du Swaziland estiment que l'argent devrait être utilisé pour les payer, tandis que d'autres croient qu'il devrait aller vers les institutions de l'éducation du pays. La seule université du pays et les écoles publiques ont fermé à cause d'un manque de fonds. A la fin du mois de mai, le gouvernement devait à des entreprises indépendantes 1,4 milliard d’emalangeni (200 millions de dollars). Les entreprises estiment que leur dette devrait être payée en premier lieu dès que le gouvernement recevra le premier versement d'environ 800 millions d’emalangeni (114 millions de dollars).
Le ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordhan, a déclaré que le prêt sera débloqué en trois versements – à la fin du mois d'août, en octobre et février 2012. “Beaucoup d’entreprises ferment parce que le gouvernement ne les a pas payées”, a indiqué Hezekiel Mabuza, vice-président de la 'Federation of the Swaziland Business Community' (Fédération de la communauté des entreprises du Swaziland – FESBC).
“Nous espérons que le gouvernement utilisera le prêt obtenu auprès de l'Afrique du Sud pour nous payer, autrement, d’autres entreprises fermeront”. La FESBC est composée de 500 petites et moyennes entreprises, et jusque-là, plus de 50 ont fermé parce que le gouvernement n'a pas pu les payer pour les marchandises et services fournis.
“Ce qui est pire, nous ne pouvons pas nous réapprovisionner à crédit auprès des fournisseurs sud-africains, parce que nous avons des dettes en suspens”, a souligné Mabuza.
Les problèmes de trésorerie du pays ont commencé en 2010 lorsque le Swaziland a reçu moins de 60 pour cent de ce qu'il avait l’habitude d’obtenir de l'Union douanière d'Afrique australe. Cette union douanière régionale contribuait pour plus de la moitié du budget national du Swaziland, mais les recettes ont chuté après la récession économique mondiale.
Mais le secteur de l’éducation du pays a été aussi gravement touché à cause du manque de fonds.
La réouverture de l'Université du Swaziland (UNISWA) a été mise en attente parce que le gouvernement ne dispose pas de fonds suffisants pour les bourses, qui sont accordées à tous les étudiants admis à l'université.
Selon le secrétaire général de l’UNISWA, Sipho Vilakati, le budget de l'institution pour cette année académique s’élève à 241 millions d’emalangeni (34 millions de dollars). Le gouvernement n'a pas payé un centime à l'institution jusqu'à présent et dans cette université, qui était censée rouvrir le 8 août, après les vacances, les cours n'ont pas encore commencé.
“La date de démarrage des cours cette année académique n'est pas encore fixée par le conseil de (l'université)”, a déclaré Vilakati.
Les salaires du personnel n'ont pas été payés ces derniers mois en raison du manque de fonds.
Des écoles publiques étaient également obligées de fermer prématurément le 5 août, parce que le gouvernement n'a pas payé les frais pour les orphelins et enfants vulnérables, ainsi que pour les élèves ordinaires qui sont sous le 'Free Primary Education Programme' (Programme de la gratuité de l'enseignement primaire – FPEP).
Sur les 148,5 millions emalangeni (21 millions de dollars) dus pour les orphelins et enfants vulnérables, le gouvernement n’a pu payer aux écoles que 37,7 millions d’emalangeni (5,3 millions de dollars). Pour le FPEP, qui couvre les niveaux allant du cours d’initiation au cours élémentaire première année dans toutes les écoles publiques, le gouvernement doit aux écoles environ 47,7 millions d’emalangeni (6,8 millions de dollars).
Le gouvernement n’a pas encore payé non plus à la Direction des examens les 3,7 millions d’emalangeni (528.000 dollars) pour les frais d'examen des orphelins et enfants vulnérables.
“Tant que nous n’obtenons pas d'argent pour diriger les écoles, il n'y a aucun moyen pour nous de rouvrir pour le troisième trimestre”, a déclaré le président de l'Association des directeurs d'école du Swaziland, Charles Bennett. L’éducation n’est pas le seul secteur touché par la crise économique.
Les personnes vivant avec le VIH/SIDA estiment que l'argent devrait être orienté vers le secteur de la santé, en particulier pour s'assurer que le pays dispose d’un stock suffisant d’anti-rétroviraux (ARV) et des services pour les personnes séropositives, tels que les soins à domicile.
“Le gouvernement a maintes fois dit que le secteur de la santé sera priorisé, mais nous le voyons en ruine, parce qu’il n'y a pas de médicaments dans les hôpitaux et les boycotts du personnel deviennent fréquents”, a indiqué le président du Réseau national des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Swaziland, Vusi Nxumalo.
En juillet, les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont descendues dans les rues après que le stock tampon d’ARV du pays est tombé en dessous des trois mois d'approvisionnement préconisés.
Depuis que ce prêt a été annoncé le 3 août, le gouvernement swazi est resté muet sur la façon dont l'argent sera utilisé.
Par contre, le Premier ministre, Barnabas Sibusiso Dlamini, a félicité le roi Mswati III pour l'obtention du prêt, renforçant davantage la fureur des progressistes qui avaient demandé à l'Afrique du Sud de retenir le prêt afin de forcer le Swaziland à instaurer la démocratie. Ce pays d'Afrique australe est dirigé par la monarchie, et les partis politiques ne sont pas autorisés à disputer le pouvoir.

