BLANTYRE, 18 août (IPS) – Lorsque les premiers propriétaires d'une portion de terre de 3,5 hectares la mettaient en vente dans le sud du Malawi – parce qu'elle était trop gorgée d'eau pour être exploitée – Diana Sitima et son mari, Wilson, avaient couru pour l'acheter.

“Des gens ont dit que nous avions perdu la raison pour acheter une terre qui était inexploitable. Nous avons commencé à construire notre maison parce que nous voulions rester ici pour gérer l’endroit. Ils ont dit que la maison s'effondrerait en quelques jours. Elle a maintenant six ans”, a déclaré Diana Sitima à IPS.

Aujourd'hui, leur petite ferme est un exemple remarquable d'agriculture intégrée, qui combine la production animale et végétale, avec les deux entreprises dépendant l'une de l’autre pour leur croissance. Au cœur de cette croissance, se trouve l'eau.

Située à environ 15 kilomètres à l'extérieur de Blantyre, la capitale économique, dans le district de Chiradzulu, dans le sud du Malawi, cette ferme est un champ humide de bananes, de canne à sucre, et d’une variété de légumes. Il y a quatre barrages poissonneux, deux vaches laitières, des porcs, des chèvres et de la volaille.

La ferme est conçue de sorte que les animaux se nourrissent des produits qui y sont cultivés et le fumier animal est à son tour utilisé pour fertiliser les cultures. Les barrages fournissent de l’eau pour l'irrigation.

Le succès de la ferme a attiré des experts agricoles, de hauts cadres du gouvernement et même des ministres qui la visitent pour admirer sa productivité.

Cette ferme génère environ 700 dollars par semaine à partir de la vente des produits et du bétail – un revenu 100 fois supérieur à ce avec quoi la moitié des gens se débrouillent au Malawi, selon des chiffres du ministère des Finances. Les Sitima emploient également 10 ouvriers permanents, tandis que des dizaines d'autres travaillent sur une base temporaire durant l'année. La ferme est aujourd'hui une entreprise viable et l'équipe formée par le mari et la femme a pu obtenir des prêts bancaires pour y investir davantage.

La famille attribue son succès à l'abondance et la bonne gestion de l'eau sur ce lopin de terre qu'elle a acheté en 1994 à moins de 15 dollars. “Les propriétaires nous l'ont vendue d’une manière montrant qu’ils voulaient s’en débarrasser parce qu'elle était trop gorgée d'eau et ils ne savaient pas comment l’exploiter. Mais nous savions que l'eau, c’est la vie, et qu’avec une bonne gestion, nous tirerions beaucoup de cette portion de terre”, confie Wilson Sitima.

Morris Salifu, un agent de vulgarisation agricole que les Sitima ont consulté pour des conseils, les a aidés à concevoir le système d'agriculture intégrée qu'ils utilisent actuellement et leur a conseillé de creuser quatre barrages sur le site afin de réduire la saturation de l’eau de surface et de rendre la terre cultivable.

Les barrages recueillent également de l'eau quand il pleut, alors tout au long de l'année, il y a de l'eau pour l'irrigation.

Ce petit pays enclavé d'Afrique australe renferme plusieurs ressources en eau comprenant trois lacs intérieurs, plus de 13 fleuves intarissables et beaucoup de zones humides. En plus des sources d'eau souterraine très répandues, le système d'eau au Malawi couvre plus de 21 pour cent de la superficie territoriale du pays, selon la politique nationale de l'eau.

Cependant, cette politique stipule que les ressources en eau du pays n'ont pas été “convenablement et stratégiquement gérées” à travers l'agriculture irriguée pour la réalisation d'un maximum d'avantages sociaux et économiques.

Des registres du ministère de l'Agriculture montrent que pour la campagne agricole 2009-2010, le Malawi a produit 3,5 millions de tonnes de maïs, l’aliment de base du pays. Cela faisait un million de tonnes de plus que les besoins alimentaires nationaux. De cette récolte totale, seulement 300.000 tonnes provenaient de l'agriculture par irrigation.

Le manque de terres a été également classé parmi les principaux facteurs conduisant à la faiblesse de la productivité agricole au Malawi. La politique foncière nationale indique que les superficies des terres détenues au Malawi ont diminué, passant de 1,53 hectare en 1968 à 0,8 hectare en 2000 et 0,2 hectare en 2008 à cause de l'accroissement de la population.

Après l’occupation des zones humides, des pentes abruptes et des zones traditionnellement protégées, seulement 4,5 millions d'hectares de terre sont disponibles pour les petits fermiers qui représentent environ 80 pour cent de la production agricole totale du pays.

Le gouvernement a appelé à des pratiques agricoles productives sur les petites portions de terre disponibles puisque beaucoup de Malawites risquent de glisser davantage dans la pauvreté. Et la méthode agricole des Sitima pourrait être une solution pour bon nombre de petits agriculteurs.

“Nous ne pouvons pas continuer à nous plaindre de la petitesse des superficies des terres parce que nous ne pourrons jamais obtenir des lopins de terre plus grands. Alors, ce que nous faisons sur cette ferme, c’est de demander aux experts comment nous pouvons tirer le meilleur parti de notre terre”, souligne Diana Sitima.

Réalisant le potentiel de la ferme tôt, Wilson Sitima a abandonné un emploi bien rémunéré dans l'une des grandes banques au Malawi et Diana Sitima a démissionné d'un poste de directrice commerciale afin qu'ils puissent se concentrer sur l'agriculture.

Le coordinateur national du 'Civil Society Agriculture Network' (Réseau agricole de la société civile), Tamani Nkhono-Mvula, affirme que l'agriculture intégrée a le potentiel pour maximiser la productivité dans l'agriculture à petite échelle, en particulier sur des sites gorgés d'eau et près des sources d'eau permanentes. Le système s’auto-entretient, dit-il, parce qu’il vit de l'interdépendance des entreprises.