OUAGADOUGOU, 17 août (IPS) – Après avoir enseigné trois ans dans une école primaire privée de Ouagadougou, Issa Sawadogo comptait améliorer ses conditions de vie suite à son admission en 2010 au concours de recrutement d’enseignants à la fonction publique. Il a été ensuite affecté à Yako, dans le nord du Burkina Faso.
Victime d’une poliomyélite à six ans, Sawadogo aujourd’hui âgé de 27 ans, marié et père d’un enfant, croyait la fin de son calvaire. “Lorsque je suis allé toucher les frais d’installation, j’ai appris que j’étais convoqué à Ouagadougou”, la capitale burkinabé, explique-t-il, avec amertume, à IPS. A Ouagadougou, son admission a été annulée par le ministère de la Fonction publique sous prétexte qu’il ne pouvait pas dispenser l’éducation physique sportive à l’école, confie Sawadogo. Après plusieurs démarches, le ministère a accepté, en avril 2011, de l’intégrer, mais comme un agent de bureau.
Le refus d’autoriser Sawadogo à exercer dans l’enseignement intervient après l’adoption, par le parlement, d’une loi favorisant l’emploi des personnes handicapées. Après la ratification en 2009 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, le Burkina a adopté la Loi portant protection et promotion des droits des personnes handicapées en avril 2010 (la Loi 12).
“Il y a une volonté politique et les textes sont là pour le prouver…, la loi a été votée”, déclare Ousséni Badini, chargé de la formation et du plaidoyer à l’ONG Handicap International. “Le problème, c’est le manque de concertation entre les services étatiques chargés du développement, et cela se traduit par la non effectivité des droits dans les domaines comme l’emploi”, affirme-t-il à IPS.
De son côté, Dieudonné Kaboré a été éliminé de l’Ecole nationale des enseignants du primaire avant la formation en 2007. Pourtant, il était autorisé à participer au test en 2007 à Fada, dans l'est du pays, car aucun texte ne le lui interdit.
“J’étais 37ème sur les 350 admis au test, mais on a annulé mon admission en raison de mon infirmité, donc je n'ai pas pu prendre part à la formation. Mes démarches sont restées sans suite”, déclare Kaboré à IPS. Il a aujourd'hui 35 ans. “Pour moi, il n’y a plus d’espoir depuis 2007, le tableau est sombre…” Selon le recensement de la population de 2006, environ 1,2 pour cent des habitants au Burkina, souffre d’un handicap, soit 168.094 personnes affectées. La loi accorde à toute personne handicapée le droit à un emploi dans les secteurs public et privé, si elle possède les compétences nécessaires pour l’exercer. Dans ce cas, “le handicap ne saurait constituer un motif de discrimination ou de rejet de candidature”, indique la loi.
“Cette loi améliore les conditions de vie des personnes handicapées, car certains ministères avaient des critères discriminatoires pour l’organisation de leurs fonctions”, explique à IPS, Harouna Kafando, chargé de la promotion des droits des personnes handicapées au ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale.
La loi prévoit également un quota d’emplois dans la fonction publique et dans les services de l’Etat pour les personnes handicapées selon leur qualification conformément aux textes régissant les différents emplois. Selon Handicap International, il existe très peu de salariés parmi les personnes handicapées, le taux de salarisation se situant à seulement 12,4 pour cent. Suivant le type du handicap, on recense plus de salariés parmi les personnes handicapées motrices, soit 13,6 pour cent. En outre, 78,2 pour cent des personnes handicapées ont un revenu mensuel inférieur au salaire minimum interprofessionnel garanti estimé à 30.684 francs CFA (environ 68 dollars), constate l’ONG.
“Beaucoup ont des diplômes, mais ont des difficultés d’accès à l’emploi et cette situation les met dans le lot des indigents. Si ces personnes arrivent à avoir un emploi, elles vont sortir de cette indigence et de la mendicité”, souligne Kafando. Il dit recevoir, chaque semaine, au moins une dizaine de personnes handicapées qui pour une bourse, qui pour un fauteuil roulant ou pour une aide alimentaire.
“Même à un pour cent de recrutement par an de personnes handicapées, dans quelques années, on va finir avec ce problème car elles ne sont pas nombreuses à avoir les qualifications nécessaires”, affirme Kafando.
En effet, la majeure partie des personnes handicapées, soit 62,8 pour cent, exercent à leur propre compte, notamment dans l’artisanat ou dans le secteur informel, selon Handicap International.
Le recensement de 2006 indique que 91 pour cent de la population handicapée est analphabète dont deux-tiers n’ont aucun niveau d’instruction. La proportion de ceux ayant atteint le niveau du primaire est de 16,5 pour cent.
“Le plus grand problème, c’est l’éducation car les structures étatiques ne sont pas en mesure de les intégrer dans le système scolaire normal. Or sans éducation, pas de formation et pas d’emploi”, déclare à IPS, Michel Youma, président de l’Association des personnes handicapées du Gourma, dans l’est du pays.
Badini, qui cite l’accès aux bâtiments publics comme un autre obstacle pour les personnes handicapées, souligne la nécessité de les former sur leurs droits afin qu’elles puissent les défendre.
“On les forme sur la gouvernance inclusive afin qu’elles participent à la vie politique en toute conscience sans être manipulés car ces personnes sont vulnérables”, souligne Badini. Son ONG forme actuellement 300 jeunes, qui seront ensuite reversés dans des entreprises de la place. Ils sont notamment formés dans la couture, l’artisanat et la mécanique.

